lundi 19 février 2018

LA CHASSE AUX FANTÔMES


— Bleu 1 à bleus 2, 3 et 4 : cible en visuel à 12 heures. Début de l'opération d'encerclement. Bleu 2,
     remontez le couloir B en ligne droite. Bleus 3 et 4, prenez le couloir C jusqu'à la travée 54 et
     tentez de rabattre la cible vers le couloir central. Je vous demande un maximum de discrétion
     pour ne pas éveiller les soupçons de la cible. Top, début de mission. Bonne chance à tous. GO !

— Bleu 2 à bleu 1 : couloir B bloqué par une rangée de caddies, à la hauteur de la travée 45.
     Je bifurque vers le couloir D.

— Bleu 1 à bleu 2 : bien reçu. Empruntez la travée 49 pour contourner l'obstacle.

— Bleu 4 à bleu 1 : la cible a interrompu sa progression. Elle semble fébrile.

— Bleu 1 à bleu 4 : bien reçu, on ne change pas de position et on continue la mission comme prévu.

— Bleu 3 à bleu 1 : la cible a changé de direction. Elle remonte la travée 54 et s'avance dans ma
     direction.

— Bleu 1 à bleus 2 et 4 : point d'impact confirmé. Ralliez le lieu de rendez-vous initial. 
     Bleu 3 : prenez position au milieu de la travée.

— Bleu 1 à bleus 2, 3 et 4 : contact dans 3 secondes… 2 secondes… 1 seconde… attention…
     CONTACT !

— Bonjour, monsieur, pourriez-vous me renseigner sur la peinture à mettre sur du placo-plâtre ?

— Désolé, je suis du rayon "Luminaires". Pour la peinture, voyez avec mon collègue Michel.

— Bleu 1 à bleus 2, 3 et 4 : début de l'opération "repérer la cible Michel" !

jeudi 15 février 2018

MES DAMES


Je l'ai déjà dit, je l'ai même écrit plusieurs fois dans ces colonnes et s'il le fallait, j'escaladerais le Mont Rushmore pour gueuler à la face du monde : « J'AIME LES FEMMES ! ».

Ou plutôt « J'aime LA Femme » avec un grand FEU majuscule.

Ma bible en la matière demeure le texte — extraordinaire — de la chanson "Miss Maggie" de mon frangin, mon poteau : Renaud. En trois coups de stylo à bille, il rédige un manifeste fondamental tout à l'honneur de nos sœurs humaines.

Parce  qu'encore  aujourd'hui, il  faut  une  sacrée  paire  de  couilles  pour  être  une  femme. Viol, lapidation, humiliation, jet d'acide, main aux fesses, discrimination professionnelle, privation de parole, de réflexion, de liberté d'action, voilà ce que nos voisines de planète subissent au quotidien, au XXIème siècle. Et  nos "grands  hommes" peuvent  bien  agiter  leurs  grands  bras  mous, rien  n'y fait : la femme qui devrait être l'avenir de l'homme n'en est toujours que son défouloir à rancœurs.

Le 8 mars 1921, Lénine décrète la Journée internationale des femmes pour l'ensemble des pays du bloc de l'Est. Le 8 mars 1977, l’Organisation des Nations Unies adopte une résolution identique pour ses pays membres. Il faudra attendre 1982, pour que François Mitterrand donne un statut officiel à cette journée en France.

Modestement, je déclare ouverte la semaine de la femme sur les pages de mon petit blog à moi, juste pour vous mes amies, mes copines, mes sœurs, mes tutrices, mes confidentes, mes bien-aimées, mes galères, parfois mes souffre-douleurs… enfin, mes dames et mes demoiselles !

lundi 12 février 2018

LA VIE EN NOIR


                                                               NOIRE  COMME  SON  ÂME
                                                               OU  COMME  SES  LARMES
                                                               IMPÉTUEUSE  GUERRIÈRE
                                                               REDOUTABLE  MAÎTRESSE

jeudi 8 février 2018

15 AOÛT


J'attends.
Mon maître va venir me chercher.
Alors j'attends.

Nous sommes le 15 août et nous partons en vacances. Mon maître s'est arrêté sur une aire d'autoroute. Il m'a emmené faire pipi à l'orée d'un bois et m'a attaché à un arbre… d'habitude, il ne fait  pas  ça.  J'attends.  Il  a  sûrement  été  à  la boutique  pour  acheter  des  bonbons  aux  enfants. Et quand il viendra me chercher, il y aura une friandise pour moi aussi. 
Alors j'attends.

J'attends. 
Le soir commence à tomber. Mon maître a dû s'assoupir avant de reprendre le volant. Les enfants regardent un DVD à l'arrière du Kangoo. J'attends toujours. Maintenant, il fait nuit, j'ai un peu froid au museau. Tout le monde doit dormir dans la voiture. Je vais attendre encore un peu.

J'ai dû m'endormir. Le jour s'est levé. J'ai une de ces fringales ! J'avalerais une pleine gamelle de Frolic ! Mon maître doit être en train de ranger les bagages, les enfants boivent leur chocolat. Dans 5 minutes, je vais retrouver ma place entre eux sur la banquette arrière.

J'attends.
Mon maître va venir me chercher.
Alors j'attends…

lundi 5 février 2018

LA VIE EN ROUGE


                                              RESPIRER  LE  PARFUM  DE  TES  CHEVEUX
                                              OU  CARESSER  LE  VELOURS  DE  TES  SEINS
                                              UN  DOUX  MATIN  DE  PRINTEMPS
                                              GÉNÈRE  DES  PENSÉES  FRIPONNES
                                              ET  D'INAVOUABLES  FANTASMES

jeudi 1 février 2018

LA VIE EN BLEU


                                              BRIGITTE  BARDOT  DANS  UNE  DÉCAPOTABLE
                                              LONGE  LA  CÔTE  MÉDITERRANÉENNE
                                              EN  FUMANT  UNE  GITANE  SANS  FILTRE
                                              UN  ÉCLAIR  MALICIEUX  AU  COIN  DE  L'ŒIL

lundi 29 janvier 2018

LA VIE EN BLANC


                                              BALANCE  LE  MAGOT,  LA  VIEILLE
                                              LENTEMENT,  TRÈS  LENTEMENT
                                              ATTENTION  AUX  GESTES  BRUSQUES
                                              N'OUBLIE  SURTOUT  PAS  LES  BIJOUX
                                              C'EST  LE  CASSE  DU  SIÈCLE

jeudi 25 janvier 2018

LA VIE EN ROSE


                                                        ROMANTIQUE  ET  PERVERSE
                                                        Ô  SE  PENCHE  À  MON  OREILLE
                                                        SUSURRE  DES  MOTS  SUCRÉS
                                                        ET  S'ÉCHAPPE  DE  MA  NUIT

lundi 22 janvier 2018

L'ARAIGNÉE


En 1982, j'étais à Djibouti. À l'époque, des dizaines de petits mendiants grouillaient dans les rues pour vendre toutes sortes de marchandises : cigarettes, cartes postales, préservatifs... Parmi ces vendeurs ambulants, le plus connu s'appelait l'Araignée. Cruel sobriquet pour désigner un jeune handicapé dont les quatre membres étaient atrophiés. Cela l'obligeait à se déplacer plus ou moins en rampant, ses jambes et ses bras maigres et tordus lui donnant effectivement une vilaine apparence arachnéenne.

Ce petit gars qui devait avoir entre 12 et 14 ans, vendait des cassettes musicales qu'il transportait dans une boîte à chaussures accrochée à son cou. Aznavour, Dalida, Bob Marley, Disco italien, Bob Seger... et d'autres artistes totalement inconnus. Un jour qu'il se montrait pressant, je le mis au défi de me dégoter un AC/DC, sachant pertinemment qu'il n'en avait jamais en stock. Il me tendit alors la cassette d'un groupe inconnu et dotée une pochette hideuse... Speed Queen, le comble de la ringardise. Et  l'Araignée de rétorquer : « Pareil AC/DC, pareil, acheter, missié, pas cher. »

Après d'âpres négociations, je fis donc l'acquisition d'une immondice que je me promettais de jeter dans le premier caniveau venu. Sans le savoir, je venais d'acheter l'un des meilleurs albums de heavy metal français. Depuis, cette piteuse cassette a bien dû tourner des milliers de fois dans mon Walkman.

Je dédie cette rubrique à toutes les petites araignées qui courent les rues du monde entier à la recherche d'une piécette.

jeudi 18 janvier 2018

FRANCIS


Un matin, le bon Dieu feuilleta son journal intime pour vérifier qu'il avait tout bien fait sur la terre comme au ciel.

— Bien, se dit-il en se grattant le haut du crâne, pour ces cochons de rosbifs, j'ai créé les Beatles,
     les Stones et Bowie. Pour ces tarlouzes de yankees, j'ai fait Elvis, Dylan et Springsteen.
     Par contre, pour mes petits Français adorés, je crois que j'ai un chouia merdé.

Dans un grand plat en pyrex, il jeta quelques pincées de folk et de blues... parce que le bon Dieu aime bien le folk et le blues. Il ajouta une belle poignée de mots gorgés de soleil et d'amour, une pincée d'élégance désinvolte, et de larges extraits de la méthode à Dadi. Il enfourna pour 45 minutes à thermostat 7.

Ce qui en ressortit s'appelait Francis Cabrel.

Alors, le bon Dieu se dit que la France possédait enfin un troubadour de classe internationale et qu'il pouvait s'en retourner faire la sieste dans la cabane au fond du jardin.

lundi 15 janvier 2018

LA CHASSE AUX VAMPIRES


On est les meilleurs passqu'on est des… WINNERS !
On va gagner passqu'on est pas des… PÉDÉS !

Hey, les copains, il est temps de montrer qu'on en a dans le calfouette ! Déconnez pas, me laissez pas tout seul… pass' qu'y'a les nanas qui surveillent qu'on n'est pas des mauviettes, c'est un coup à se retrouver en première page de Trou-du-cul Magazine !

Ah bah ouaih, j'ai oublié de vous dire qu'on partait à la chasse. Ce coup-ci, on va pas dégommer de la tourterelle, même pas du sanglier ni du renard. Là, on s'attaque à du lourd, à du méchant, à du malsain, à des z'animals qui font très très mal avec leurs grosses dents qui piquent. Laissez tomber vos Opinels et vos lance-patates, et sortez plutôt les lance-flammes et les bazookas… et aussi les colliers d'ail, les crucifix et les piques en bois !

Comment, Jojo ? C'est pas possib, t'as piscine !
Hein, Jean-Pierre ? T'as rendez-vous au proctologue ! Ben merd'alors !
Et toi, Christian ? Cours de patchwork ! Ah bah OK !

Ch'uis le meilleur passque ch'uis un… WINNER !
Je vais gagner passque ch'uis pas un… PÉDÉ !
Bon bin, finalement, je vais plutôt me faire un cinoche !

jeudi 11 janvier 2018

AS TEARS GO BY


En 1964, les Rolling Stones ne sont encore qu'une bande de petits branleurs tout juste capables d'enregistrer des reprises de blues et de rock. La recette est certes payante, puisque leurs disques s'écoulent comme des pintes de pale ale dans les pubs de Liverpool, mais, sous la pression de leur manager, Mick Jagger et Keith Richards se décident enfin à écrire leur première chanson originale, ce sera As Tears Go By

Cependant, ils la jugent trop sentimentale pour être incorporée au répertoire du groupe et préfèrent la confier à une jolie petite blonde toute mignonne d'à peine 17 ans : Marianne Faithfull.

lundi 8 janvier 2018

CHAMBRE AVEC VUE


                                                Le vent souffle sur la rade
                                                Ta chemise de nuit jetée dans l'escalier
                                                Je me souviens de tous les soirs
                                                Passés dans ma prison éthylique

                                                Combien de temps y suis-je resté ?
                                                Le temps que l'hiver étouffe la lande
                                                Et toutes ces images tourmentées
                                                Sont gravées sur les murs de ma prison éthylique

                                                Ma prison est calme, stérile et blanche
                                                Elle est comme un tombeau
                                                Avec un papillon qui se débat dans la nuit

                                                Ma prison est calme, son atmosphère hantée
                                                J'ai entendu tant de cris, mais c'était mes cris
                                                Dans les affres de mon rêve étrange

                                                Ma confidente, elle sait tout de ma vie
                                                Ma prison éthylique me connait mieux que ma femme
                                                Je n'ai besoin de rien ici
                                                Je suis seul

(librement inspiré de The Quiet Room d'Alice Cooper et dédié à Renaud)

mardi 2 janvier 2018

CARTE POSTALE


Ouaih… bon… bin… euh !… Y'a pas que Paname dans l'Hexagone, merd'alors ! Y'a aussi tout ce qui a autour… un peu comme la couenne du cochon ! Et Dieu sait que tout est bon dans le cochon !

Que serait donc notre beau pays sans ses patelins paumés au fin fond de la cambrousse ?

Des trous perdus qui sentent bon l'herbe coupée et le fromage de chêvre.

Des bleds qui ne sont pas à vendre, mais qui se donnent comme un sourire.

Qui ne connait pas Peyrat-le-Château, Guémené-sur-Scorff, Vœgtlinshoffen, Saint-Affrique ou Florac ne sait rien de la vie. La vie qui s'écoule doucement au long des rivières.

Qui n'a jamais dormi au pied d'un olivier et senti le foin contre sa joue, ne sait pas que la terre raconte parfois des histoires… cri ! cri ! cri ! murmure-t-elle !

jeudi 28 décembre 2017

PETITE SŒUR


Petite sœur, petite sœur.

Tu te souviens comme on chantait quand on était enfant ? Tu étais Sheila, j'étais Claude François. Et tu te rappelles de nos petits "arrangements" scolaires ? Tu rédigeais mes rédactions, je faisais tes devoirs de techno. Et notre projet de créer une agence de détectives, dotée des instruments les plus modernes de Pif Gadget, tu t'en souviens ? 
On voulait aussi aller jouer au casino de Monaco. Finalement, j'y suis allé tout seul.

Pourquoi je suis parti ? Tu le sais bien, je te l'ai expliqué cent fois : l'océan avait besoin de moi. Tu n'as jamais aimé l'océan. Pourquoi tu es restée ? Tu me l'as dit mille fois : ailleurs te faisait peur. Je n'ai jamais aimé ici.

Petite sœur, petite sœur.

Combien de fois j'ai rêvé que tu venais en vacances chez moi, avec ton mari et tes trois enfants. Oui, tu voulais un mari et trois enfants. Tu voulais aussi des chiens, des chats, des poules et des lapins. J'ai eu des lapins que tu aurais sûrement aimés. Et j'aurais tellement aimé te montrer comment on attrape les étrilles à marée basse.

Petite sœur, petite sœur.

Ce fameux jour, on devait se retrouver au buffet de la gare de Metz. Pourquoi j'ai su dès le départ que tu ne serais pas au rendez-vous ? Pourquoi je n'ai rien fait pour te persuader ? Et pourquoi je n'ai jamais cru à ce "stupide" accident de la route. Tu étais toujours si prudente au volant.

Petite sœur, petite sœur.

Tu étais si timide. Fragile, effacée, blanche, évanescente... si transparente que je me demande si tu as jamais vraiment existé.

Petite sœur, petite sœur..

mardi 26 décembre 2017

ZÈBRE


On sait désormais pourquoi les zèbres sont rayés !

C'est l'hebdomadaire Le Point qui révèle qu'une équipe de chercheurs hongrois et suédois vient de lever un coin du voile. Certes, je mesure l'importance que revêt cette information capitale pour l'avenir de l'humanité, mais je me demande encore comment une idée aussi saugrenue a bien pu germer dans le cerveau de gars qui doivent avoir au moins bac plus 25.

Imaginons : un savant qui se lève le matin avec cette idée en tête. Il téléphone à ses potes savants en leur disant : « Yoh ! Les copains, je me lance dans des recherches pour savoir pourquoi les zèbres sont rayés ».

— Cool, Raymond, mais c'est quand même dommage parce que tu étais bien avancé dans tes
     travaux pour trouver un vaccin contre le sida !
— Bof ! Moi, le sida ça m'a toujours fait chier. Maintenant, je vais pouvoir m'éclater grave au cul
     des zèbres !

À moins que le sujet des recherches ne soit tiré au sort entre tous les chercheurs :

— Pouf ! Pouf ! Ça - se - ra - toi - qui - cher - chera - pourquoi - les - zèbres - ont - des - rayures !
— Merde ! Fait chier, les gars, j'étais pas loin de découvrir une nouvelle énergie pour remplacer
     le nucléaire.
— Désolé, Jean-Pierre, c'est toi qui t'y colle, c'est toi qui t'y colle !

Ou alors, ça arrive à la fin d'une soirée bien arrosée :

— Beuhrrr ! 'coutez-moi, les co… les co-copains, j'va… je va chéché… cherché pourquoâââ
     qu'les zèb… les zèbreuh y z'ont des traits noirs et pis… et pis des traits… pas noirs aussi !
     Wouaih ! J'vais fair… faire ça… rien à fouttt !!!
— Tu déconne, Gérard, t'étais sur le point de prouver l'existence d'autres êtres vivants dans la
     galaxie.
— Beuâââhrrr ! J'me troche… j'me torche le cul 'vec les Mar… les Martiens… tiens !

Et si vous voulez vraiment savoir pourquoi les zèbres sont rayés, achetez Le Point !

vendredi 22 décembre 2017

TATTOO


                                                             Des tattoos, toujours des tattoos
                                                             Des tattoos tout partout
                                                             Des tatouages à tout âge

                                                             Sur un pied, deux grues
                                                             L'autre pied, des stalles
                                                             Des joujoux, des bijoux, sur la joue
                                                             Dans le cou, des cailloux, des z'hiboux
                                                             Sur les genoux, des choux, des poux
                                                             Des fleurs d'oseille, dans les oreilles
                                                             De la farine, sous les narines
                                                             Sur un mollet, des œufs mollets
                                                             Sur l'aut' mollet, la mimolette
                                                             Sur le nombril, poisson d'avril
                                                             Sous les aisselles, l'essaim d'abeilles
                                                             Sur les orteils, les seins de la belle
                                                             Sur le menton, y'a l'téléphon qui son
                                                             Et y'a jamais person, sur les tétons
                                                             Qui y répond, sur le front

                                                             À poil devant ma glace 
                                                             J'ai l'impression de lire
                                                             Le catalogue de La Redoute !

lundi 18 décembre 2017

MISS MARY


Après un concert épique de presque deux heures, Mary revient sur scène pour saluer son public. Un public exigeant, généreux, enthousiaste, qui ne l'a jamais lâchée.

Elle s'empare de sa légendaire Fender T-Bucket bleue et balance l'intro de son plus gros tube : On the Road Tonight.  Une chanson qu'elle a écrite en 10 minutes sur un coin de table.  C'était !…  C'était ?… Oui, c'était en 1978, lors de la tournée européenne en première partie d'Alice Cooper. Les musicos l'avaient d'ailleurs vannée en disant que ça ne marcherait jamais. Fuck you ! Le single s'est arraché à plus de 4 millions d'exemplaires. Alors, les gars, on la ramène moins ?!?

Elle égrène les accords de l'intro avec aisance. Le public s'égosille : « The show is over… to- niiiiiight… Don't be so sad… ba- byyy ! ». Elle reprend la main : « It's time to say… good- byyye… And see you soon… ba- byyy ! ». C'est l'instant qu'attendait Keith Michards, le vieux grognard qui la suit depuis 40 ans, pour plaquer un solo dont il a le secret. La foule est aux anges, 50.000 gorges chauffées à blanc libèrent un « On the road… tooo- niiiiiight ! » qui s'envole tout droit dans le ciel étoilé de Saint-Denis. Le final est dantesque, le son des guitares déchire la nuit avant de s'évaporer dans des volutes d'arpèges cristallins.

Mary aura le dernier mot : « The show is over… tonight… It's time to say… goodbye… On the road… tonight… tooooo- night  ! »

Le tour-bus est déjà en bout de piste. Une douche, une bière et demain… Toulouse !

mercredi 13 décembre 2017

18 ANS


J'ai encore du mal à me remémorer mon 18è anniversaire. Tout ce que je peux vous dire, c'est que je me suis réveillé le lendemain matin au milieu d'un champ, dans une voiture avec ma prof de dessin.

Je me rappelle aussi que mon copain Claude avait mis la maison de son père à ma disposition. Nous étions une bonne quarantaine de soiffards, dont mademoiselle Wirtz (prof de dessin), réunis sous les mirabelliers en fleur.

Dire que l'alcool a coulé à flot est un doux euphémisme, disons plutôt que nous avons surfé sur un océan à 40° ! Parallèlement, le taux de décibels délivrés par la chaîne hifi devait friser celui d'un Breguet Atlantic en phase de décollage. Or, il semblerait que ces nuisances festives aient fortement irrité le voisinage, qui s'est senti obligé d'envoyer la maréchaussée à nos trousses. 

Aux premières lueurs des gyrophares, nous n'avons écouté que notre courage : nous avons fui !

Tel un envol d'étourneaux à l'approche de l'épervier, la meute avinée s'est dispersée. Qui filant à travers champs, qui remontant la rue principale du village, qui se cachant bêtement dans la serre potagère au fond du jardin.

Pour ma part, je ne sais toujours pas comment j'ai bien pu me retrouver dans la Renault 12 TS de mademoiselle Wirtz filant à toute allure dans la nuit.

Le jour d'après, 6 heures du matin, je me réveille avec un troupeau de percherons faisant des claquettes dans ma caboche. Analyse rapide de la situation : je suis dans la voiture de ma prof de dessin, elle ronfle sur la banquette arrière, je me les caille sévère et j'ai envie de vomir… pour le reste, c'est le grand vide intersidéral !

lundi 11 décembre 2017

SERPENT


Le destin est parfois fort taquin !

Rappelez-vous le début de l'histoire : un mec, une nana — chabadabada, chabadabada — à poil dans un jardin ! Ils ont le droit de faire tout ce qu'ils veulent… sauf becqueter une foutue pomme accrochée à un arbre. Sinon, tout le reste, ils peuvent : se lever à midi, se bâfrer de pizzas, se biturer au beaujolais nouveau, jouer au flipper, se trimballer la zigounette à l'air… franchement, la belle vie, quoi !

C'était trop bien pour durer. V'là t'y pas qu'un beau matin, la nénette se prélassait sous le pommier… toujours à poil, j'te rappelle. En levant les yeux, elle vit un boa constrictor (ou une vipère, ou une couleuvre, en fait, le compte-rendu n'est pas très explicite sur ce détail) qui lui tint à peu près ce langage :

— Ouèche, ouèche, la meuf, zi'va, fais pas ta zarbi, sur la têt' de ma mère, j'te r'file ma golden ! Qu'on pourrait traduire par « Oyez ! Gente dame, ne soyez point si hautaine et acceptez derechef que je vous offre un fruit doré tout droit venu de la pommeraie prospère de ma chère maman. »

À ces mots, la greluche ne se sent plus pisser, et pour montrer qu'elle n'est pas creuse du ciboulot, elle ouvre un large clapet et boulotte illico presto le fruit défendu, inventant par la même le péché originel dont on nous rebat les oreilles encore aujourd'hui.

Résultat des courses : grosse colère du Grand Barbu qui colla, séance tenante, un gage à toutes les gonzesses du monde : vaisselle, ménage, enfantement dans la douleur, incapacité à conduire correctement un véhicule motorisé et les seins qui tombent après la quarantaine… la galère, mémère ! 
Le pire, et il serait bon ne pas l'oublier, c'est que désormais le serpent devenait un animal anxiogène. Alors qu'au départ son geste était plein de bienveillance, le voilà maintenant classé parmi les bestioles qui collent les miquettes dès qu'on les croise… vraiment pôôô juste !

Et je ne peux pas m'empêcher d'imaginer quel aurait été le sort du monde si, en lieu et place d'un vilain reptile, c'eût été un gentil petit écureuil qui soudoya la belle.