lundi 25 septembre 2017

INCH ALLAH


Franchement, ça fait même pas mal ! Disons qu'au début, ça picote un peu, mais le temps que la douleur monte au cerveau, il a été déchiqueté par des éclats de métal.

Mon score : 19 morts et 52 blessés ! J'ai pulvérisé le record de mon copain Mahmoud !

Arrivé au paradis, je suis accueilli par Allah himself. Il est très différent de ce qu'on imagine. Plutôt rondouillard, chauve avec de petites lunettes en écaille et un costard Armani… les affaires ont l'air de plutôt bien marcher en ce moment, inch Allah !

— Je suis fier de toi, dit-il en tirant sur un havane Montecristo Edmundo, tu as sacrifié ta vie au
     nom de l'Islam, inch mézigue !
— Tout le plaisir est pour moi, inch toi !
— Par contre, on va avoir un petit problème de logistique concernant les 72 vierges attribuées aux
     martyres. Ces derniers temps, vous avez été si nombreux à vous faire péter la tronche, que le
     stock a fondu comme la cote de popularité de François Hollande après 3 mois à l'Élysée. Il me
     reste bien quelques biquettes en réserve et on attend une livraison de chez Dorcel Store.

Me voilà donc, pour l'éternité, à la tête d'un cheptel de chèvres et de poupées gonflables… si c'est pas l'arnaque du siècle, ça y ressemble quand même pas mal ! Inch motherfucker !

vendredi 22 septembre 2017

SUR LES QUAIS


— Vous êtes fatigués ?

— ON N'EST PAS FATIGUÉS !

Si vous avez encore la pêche, la banane, la patate, je vous propose une balade le long des quais brumeux d'un port malfamé. Le cri des goélands nous accompagnera tout au long de ce périple aux senteurs océanes. À la sortie des bars, nous rencontrerons des cortèges houleux de marins généreusement imbibés, cheminant à grand-peine sur le pavé luisant de bruine. Au détour d'une ruelle sombre, nous croiserons sans doute quelques jolies demoiselles fort avenantes qui nous offriront un peu de chaleur au creux de leurs cuisses.

Rangez vos bonnes manières et vos préjugés poussiéreux, mettez un mouchoir sur votre dignité… ici, pas de nom, pas de grade et surtout pas de religion. Celui qui gagne n'est pas toujours le plus baraqué, mais celui qui tient debout après d'imposantes libations. Celui qui dormira près de la pulpeuse Jocelyne n'est pas forcément le plus beau, ni le plus propre, mais celui qui la fera danser jusqu'à l'aube.

La nuit risque d'être longue… alors, vous êtes fatigués ?

mercredi 20 septembre 2017

ANIMALE


                                         On  dirait  une  femme,  mais  c'est  un  animal
                                         Je  le  sens,  je  le  sais,  elle  pourrait  mourir  pour  moi

                                         Elle  allume  des  brasiers  quand  le  froid  m'étreint
                                         Elle  se  couche  à  mes  pieds  quand  mon  cœur  se noie
                                         Elle  lèche  mes  plaies  quand  mon  corps  s'abîme
                                         Elle  tient  mon  visage  dans  ses  mains  quand  il  pleure
                                         Elle  embrasse  mes  yeux  quand  le  soleil  s'endort
                                         Elle  boit  l'écume  à  ma  bouche  enragée
                                         Elle  solderait  son  âme  pour  sauver  la  mienne
                                         Elle  vendrait  son  corps  pour  racheter  le  mien

                                         Je  le  crois, je  le  crains,  elle  pourrait  tuer  pour  moi
                                         On  dirait  une  femme,  mais  c'est  un  animal

lundi 18 septembre 2017

FRANCKY


J'ai entendu dire que Franck Ribéry envisageait d'adopter la nationalité allemande. Il explique sa décision par le désamour que lui porte son pays d'origine, la France.

C'est vrai que le petit Francky de Boulogne s'en prend régulièrement plein la gueule dans les médias qui lui reprochent son caractère abrupt et une syntaxe rudimentaire. Beaucoup lui collent même sur le dos la débâcle sud-africaine de 2010. Certes, le gaillard a les épaules larges mais le costard me semble bien ample !

Franck, toi qui ne liras jamais cette chronique, je te dédie ces quelques mots. Parce que moi je t'aime bien, mon petit Francky !

Bien sûr, j'aime le joueur, et j'aime aussi le bonhomme à la gueule cabossée. Un gars sorti du rang, qui a gravi les échelons un à un, à force de travail et d'abnégation. Et je me fous de savoir s'il maîtrise ou pas le subjonctif du plus-qu'imparfait de l'indicatif de mes couilles. Francky, il est cash, il parle avec son cœur et ses tripes. Et là où il s'exprime le mieux, c'est sur la pelouse, un ballon entre les pattes.

Franck Ribéry est un peu comme l'albatros de Baudelaire, survolant avec majesté les océans de verdure, ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

vendredi 15 septembre 2017

L'AMIE BIDASSE


                                               J'aime les femmes en général… en générales aussi
                                               Oui, j'aime les femmes galonnées en costume
                                               Et talonnées, haut perchées, du haut de leurs stilettos
                                               J'aime les femmes bien faites… les préfètes aussi
                                               Je préfère les préfètes bien faites en talons aiguilles
                                               Les aiguilleuses du ciel et les cosmonautes aussi
                                               Nues dans leur combinaison de survie aérienne
                                               Pris en flag par une jolie fliquette rousse
                                               Me voici menotté, fouetté par ma geôlière
                                               J'avoue, je vous veux, c'est mon vœu le plus cher
                                               Je vous veux, ma chère, attachée dans mes rêves
                                               Galonnée en stilettos cloutés au bord des routes

vendredi 8 septembre 2017

JE SUIS MORT


L'avantage, quand on connait la date de sa mort, c'est qu'on peut s'y préparer en toute sérénité. Moi, par exemple, je mourrai à 73 ans. Ça ne m'effraie pas particulièrement… même  si  je  sais  que  de légitimes angoisses naîtront à l'approche de la fatale échéance.

Pour  la  cérémonie  d'adieu,  je  ne  veux  pas  de  fleurs,  pas  de  discours et surtout pas de curés. Ah ! plutôt crever que d'imaginer un corbeau penché sur ma carcasse dont l'afflux sanguin vers les organes génitaux vient à peine de se tarir ! Ensuite, pas de chichis : un cercueil en bois de cageot ou un carton des déménageurs bretons pour y déposer la viande froide. Mettre au four, thermostat 12 pendant une heure et demie. Balancer ce qui reste à la mer. Pour dédramatiser un peu l'événement, je veux bien qu'on me fourre une gousse d'ail dans le cul !

J'accepte qu'on chipote sur certains détails techniques, mais il y a un domaine sur lequel je serai intransigeant : la musique qui m'accompagnera de l'autre côté du miroir. Et comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, j'ai préparé la liste des chansons qui tourneront durant le temps de la cuisson.

Je vous invite donc aujourd'hui à ce qu'on pourrait considérer comme une répétition de ma crémation. Pas la peine de mettre les beaux habits du dimanche, on fait ça entre potes, à la bonne franquette et après on va boire un coup. Comme ça, je saurai de mon vivant ce que vous avez pensé de mes funérailles.

vendredi 7 juillet 2017

VOYELLES


                                          — Que fais-tu là, l'A ? dit l'E bileux.
                                          — C'est Lazare qui m'a mis là ! râla l'A.
                                          — Le hasard a bon dos ! pesta l'O.
                                          — Oh ! fait l'I, c'est pas un peu fini tout ce rififi ?
                                          — J'en ai plein le cul ! dit l'U à l'O, allez tous vous faire voir chez l'I grec !

mercredi 5 juillet 2017

ROBERT PLANT


Franchement, les amis, vous pouvez pas me demander ça… vous ne pouvez pas me demander qui est Robert Plant !

Et même si je répondais, vous savez bien que je ne serais pas totalement intègre. Vous savez aussi que je pourrais utiliser des tournures de phrases empanachées d'épithètes ronflants, assaisonnées d'un (énorme) soupçon de mauvaise foi.

Tiens, je me vois bien dire que Robert Plant est le plus grand chanteur de rock de tous les temps… ouaih, je me vois bien dire ça. Sans complexe, je pourrais même dire qu'il est l'archétype du frontman moderne, à la fois hautain, sauvage et effrontément sexy… même pas peur ! Au risque de titiller le cercle des pinailleurs opiniâtres, je serais aussi capable d'affirmer qu'il a inventé le heavy metal, avec ses petits copains de Led Zeppelin… fuck, les pinailleurs ! Et puis, j'ajouterais qu'après la disparition du dirigeable, il a su creuser son propre sillon, mêlant ses acquis électriques à des sonorités plus exotiques.

Vous voyez tout ce que je pourrais dire si vous me demandiez qui est Robert Plant !

lundi 3 juillet 2017

9/11


Un quart d'heure ! Ça fait un quart d'heure que je suis comme un crétin devant ma glace pour choisir une cravate. La bleue ? La rose ? La rose ou la bleue ? Bien sûr, la bleue fait plus classe, mais la rose est plus cool. Aller, ce sera la rose !

Franchement, la tenue c'est hyper important… surtout, aujourd'hui ! Parce qu'aujourd'hui je vais demander la main de Lily, ma collègue de bureau. Elle est jolie, Lily, avec son petit nez pointu et ses fossettes qui se creusent quand elle sourit. Deux ans qu'on se fréquente, il est temps de lui passer la bague au doigt. J'ai envie de vivre auprès d'elle jusqu'au dernier jour de ma vie et je sais qu'elle en rêve aussi.

Je remonte Broadway en sifflotant, il fait beau sur New York en cette fin d'été. Le ciel est si limpide qu'on distingue aisément le panache des long-courriers en partance pour des îles paradisiaques.

À 08h30, je pénètre dans la tour Nord et me faufile dans l'ascenseur le plus proche. J'appuie sur la touche du 87è étage, dans 5 minutes, je serai dans les bras de ma bien-aimée.

Je suis sûr que ce 11 septembre 2001 restera gravé dans les mémoires à tout jamais.

vendredi 23 juin 2017

D'HAWAÏ À MACQUARIE


Qui a-t-il tout au bout
Au bout de tout
Au bout du bout
Et loin de tout ?

Pas de sioux, pas de zoulous
Pas de bisons et pas de gnous
Mais des kiwis, oui, partout
Et des kangourous itou

Il n'y a pas d'igloos
Encore moins de poux
Mais des papous, surtout
Et aussi Rose Tattoo

L'Océanie est un gigantesque continent éclaté
qui ressemble à une tache d'encre sur un cahier d'écolier

mercredi 21 juin 2017

BRASSENS


Le bonhomme est satisfait. Il vient de coucher sur la partition une mélodie qui le hantait depuis des semaines. Il la tient, sa chanson… une chouette chanson, nom de nom ! Gaillarde et bien troussée, comme il les aime. De celles qui font danser les jolies demoiselles à Saint-Germain. Ne reste plus qu'à y poser des paroles.

Maintenant, il s'installe dans un vieux fauteuil en cuir craquelé, juste en face de la cheminée où frétille un feu guilleret. Il bourre sa pipe, sa vieille pipe en bois et l'allume à un tison. Un gros siamois paresseux vient se lover à ses pieds. Le musicien se lisse la moustache, le chat aussi. Le chat ronronne, le musicien aussi.

Au départ, il voulait dédier sa chanson à une vieille connaissance, mais il ne trouve pas de rime à Fernande. Il se dit qu'il va décrire les jeunes gens qu'il voit s'embrasser dans les squares. « Les jeunes gens qui s'embrassent dans les parcs publics, parcs publics… ». Il n'est pas satisfait. Il lui revient alors en mémoire l'histoire du gorille exhibé dans un zoo que rigoureusement sa mère lui a défendu de nommer ici. Et l'Auvergnat qui lui tendit la main quand d'autres l'auraient jeté aux chiens, et les sabots d'Hélène qui étaient tout crottés… il faudra bien qu'il leur trouve une place dans son répertoire. Il pourrait également chanter la plage de Sète où il voudrait reposer après sa mort. Tant de sujets qui lui tiennent à cœur.

Pour l'heure, il doit trouver des rimes pertinentes. Mille mots dansent sous son crâne, pas un ne colle à la mélodie. D'habitude, les phrases coulent comme l'eau d'une claire fontaine. Les alexandrins s'alignent sans peine, comme de petits soldats de plomb. Mais à cet endroit de l'histoire, il est sec comme un tabellion en panne d'encre bleue.

Le téléphone sonne. Le chat tend l'oreille, le musicien tend la main pour attraper le combiné.

— Allô ?

Au bout du fil, il reconnait les voix de Jean, Pierre, Paul et compagnie, les vieux amis avec lesquels il a l'habitude de faire la bringue dans un bistrot tenu par un gros dégueulasse.

— Qu'est-ce que tu fais encore chez toi ? On est tous là à t'attendre depuis des heures !

— Je sais, je sais, mais il faut absolument que je finisse ma chanson, répond-il un peu gêné.

— Ah ! Non, Georges… les copains d'abord !

lundi 19 juin 2017

MIAOU !


                                               Pussy !  Pussy ! Où  est  passé,  mon  petit  Pussy ?
                                               C'est  la  mère  Michel  qui  a  perdu  son  Pussy
                                               Mais  où  est  donc  perché  le  Persan
                                               Je  l'ai  vu  hier  dans  la  gouttière
                                               Arrivée  la  nuit, il  était  tout  gris
                                               Aujourd'hui,  je  l'ai  dans  la  gorge
                                               Il  n'y  a  pas  de  quoi  le  fouetter
                                               Tu  n'es  pas  là,  je  vais  danser
                                               Pussy  ronronne  sous  mes  doigts
                                               Je  le  caresse, il  frémit

vendredi 16 juin 2017

COUPABLE


Je l'ai pas loupé, ce connard. Je l'ai chopé à la gorge et j'ai serré jusqu'à ce que mes crocs lui déchirent la carotide. Là enfin, il a fini de gueuler.

Je sais, ça ne se fait pas, mais dès que je l'ai vu empoigner sa femme, j'ai su qu'elle allait encore méchamment dérouiller. Et après, il allait aussi s'en prendre aux enfants. Ça se passe toujours comme ça quand il rentre bourré. Moi aussi, j'ai déjà pris des coups de savate dans les côtes, mais c'est pas grave :  je ne suis qu'un vieux corniaud plein de puces.

Et puis je me suis assis à côté de ce salaud. Il gisait dans une mare de sang.

Il fallait que je le fasse, je n'avais pas le choix. Mais à qui pourrais-je le dire ? Et qui voudra comprendre ? Et puis je connais le sort réservé aux chiens qui agressent leur maître : l'euthanasie… directe, sans procès, sans passer par la case prison. 

Mais qui se soucie d'un vieux corniaud plein de puces ?

mercredi 14 juin 2017

LE LANGAGE DES FLEURS


                              Qu'elles soient renonculacées, crucifères ou papilionacées
                              Les fleurs ont un message à faire passer
                              Quand la corolle s'affole et le calice bruisse
                              L'androcée cabriole et le gynécée s'esquisse

                              Une tulipe à la lippe d'Œdipe participe au stéréotype
                              Le muguet dansait le reggae dans les prés camarguais
                              Le jasmin tend sa main aux gamins le long du chemin
                              L'œillet grassouillet frétillait dans le vent d'été
                              Coquelicot, abricot, haricot dans des bocaux verticaux
                              La violette est à la fête sous la houlette d'Henriette
                              Le rhododendron est au moinillon, ce que le liseron est au moussaillon
                              Le bouton d'or dort au pied des sémaphores des Côtes d'Armor
                              L'arum a un arôme qui sent le rhum et le mercurochrome
                              La renoncule et la campanule sont nulles et archi-nulles
                              Une feuille de glaïeul sur le fauteuil de l'écureuil
                              À Lisbonne les anémones jouent du saxophone en carbone
                              La primevère fait des vers à Vancouver et la rose de la prose à Formose
                              Revoilà le lilas sous les pas d'Attila, le roi renégat
                              Jacinthe boit la sacrosainte absinthe dans une pinte

                              Poum ! Poum ! Poum ! Poum !
                              Les Français parlent aux Français
                              Poum ! Poum ! Poum ! Poum !
                              Les fleurs parlent aux fleurs

lundi 12 juin 2017

ROSE


Je vais voir Rose tous les ans. Le 1er août.

Je la rejoins dans le jardin d'hiver qui jouxte la grande bâtisse couleur brique. Elle est là mais elle ne m'attend pas. Menue, recroquevillée dans un fauteuil en rotin, un châle mauve sur ses épaules, elle ne change pas d'une année à l'autre. Seules quelques petites rides au coin des lèvres me disent que le temps passe. Avec ses cheveux blancs, son teint pâle et ses grands yeux clairs, elle ressemble à ces poupées qui ornaient les étagères des fillettes d'antan.

Depuis 17 ans, le rituel est immuable, nous buvons du thé avec du miel et des speculoos. Je lui parle du chat Zouzou qui est mort il y a des lustres, mais que je ressuscite à chaque visite. Je crois qu'elle sourit. Puis, nous faisons le tour du potager, à tout petits pas, comme si le film passait au ralenti. Vers 14 heures, ses mains commencent à trembler, ses jambes la soutiennent à peine. Il est temps de rentrer.

Madame Martin a pris sa retraite au mois de juin, c'est désormais Émilie qui est en charge des locataires du rez-de-chaussée. Elle est jeune, belle et gaie. Elle adore Rose. D'ailleurs, tout le monde aime Rose, elle est si calme, si fragile. Avant qu'elle ne s'endorme, je dépose un baiser sur le front tiède de Rose et je laisse sur son chevet un bouquet de roses.

Maintenant, Rose est dans ses rêves. Je remonte l'allée bordée de peupliers gigantesques jusqu'à la grille en fer forgé. Je réintègre le monde des vivants, du moins de ceux qui savent qu'ils sont vivants.

vendredi 9 juin 2017

LE MUR


Natacha Léna n'était jamais à l'heure à nos rendez-vous. Ce jour-là, elle n'avait que deux heures de retard !

J'en avais profité pour siroter quelques Penderyn Madeira en grignotant des bretzels faits maison par Hakan, un ami turc qui tenait une élégante auberge sur les hauteurs d'Istanbul. La lune était rose, la vue sur le Bosphore imprenable.

Peu après 23h00, la belle Natacha daigna enfin m'honorer de sa présence. Grande et fine, la peau claire et des cheveux sombres coupés courts, elle portait son éternel ciré rouge, sur un pantalon fuseau noir. D'un pas vif, elle traversa la salle vide, posa son écharpe à pois sur le canapé et sur mes lèvres un baiser carmin. Elle sentait bon le cuir. Dans ses yeux saphir, j'ai cru déceler une réelle angoisse.

— Tu n'as pas écouté les infos ? me reprocha-t-elle, le mur de Berlin est tombé ce soir.
— Sorry, darling, j'étais obnubilé par le bruit des glaçons dans mon single malt.
— Décidément, tu n'es qu'un sauvage comme tous tes frères capitalistes !

Je la connaissais douce et féline, la violence de l'invective me laissa pour le moins déconcerté.

— Le mur est tombé ? La belle affaire ! Admets au moins que je n'y suis pour rien.
— Tu ne comprends donc pas, l'Union Soviétique se fissure de toutes parts, elle  est  au  bord  de
     l'implosion.
— Je te jure que ça me fend le cœur, mais que puis-je y faire ?…
— Mon pays rapatrie tous ses agents, je dois rentrer… maintenant.

Je l'ai alors sentie submergée par une profonde tristesse. Je l'ai serrée très fort contre moi. De nouveau, elle frissonnait comme quand nous faisions l'amour entre deux escales. Bien sûr, j'avais envisagé mille fois cette rupture, elle était inéluctable… mais pas si vite, pas si violemment, pas sans une ultime caresse.

Je l'ai aidée à entasser quelques affaires au fond d'un grand sac de marin. À 06h00 du matin, je l'ai déposée devant la gare de Sirkeci. Elle n'a pas voulu que je l'accompagne sur le quai.

Le dernier baiser à mon espionne russe fut comme un éclair. 25 ans plus tard, il me brûle encore les lèvres.

mercredi 7 juin 2017

ORIGAMI


                                      Au creux de sa chambre blanche, elle faisait des origamis
                                      Des fleurs vénéneuses, des araignées jaune et noir
                                      Et des oiseaux aux ailes pointues
                                      Elle a vu cent chevaux blancs…
                                      Lasse au creux de sa chambre blanche, elle froissa les origamis
                                      Les grenouilles bleues, les poissons-clowns
                                      Et s'envola sur le dos d'un oiseau aux ailes pointues

lundi 5 juin 2017

L'ORIGINE DU MONDE


Quelle que soit notre foi, il faut bien admettre que nous sommes tous les descendants d'une mère originelle. Qu'elle s'appelle Brigitte, Marilyn ou Aïcha importe peu, puisque nous lui sommes redevables d'être ici aujourd'hui.

Tiens, pour l'occasion, appelons-la Ève !
Oui, Ève, comme Adam et Ève.
Oui, cette Ève qui s'était régalée d'une savoureuse pomme, condamnant par la même toutes les femmes à assumer le péché originel.

Que serait-il advenu si ce crétin d'Adam avait commis la faute ? 
Serions-nous, pauvres mâles, lapidés en place public, au moindre écart ? Serions-nous déshabillés du regard dans les rues sombres ? Verrions-nous nos salaires amputés de 20 % par rapport aux travailleurs du sexe opposé ? Nos sœurs nous auraient-elles jeté de l'acide au visage, pour avoir seulement osé porter le regard sur une autre ? Et serions-nous aussi obligés d'exposer nos poitrines nues pour manifester notre colère ?

« Ève  lève-toi  et  danse  avec  la  vie, l´écho  de  ta  voix  est  venu  jusqu´à  moi. »

mercredi 31 mai 2017

FEMMES ( * )


J'aime les femmes qui maudissent le vent en sortant de chez le coiffeur. Et aussi celles qui se remaquillent au feu rouge. J'aime celles qui font allègrement craquer la boîte de vitesses, mais qui pestent quand elles ont filé un bas. 

J'aime les femmes qui zappent les films de guerre et celles qui pleurent à la fin de Pretty Woman. Sans oublier celles qui vont au lit avec des chaussettes de flanelle et celles qui ne dorment qu'avec une goutte de Chanel. 

J'aime les femmes parce qu'elles ne rotent pas après avoir bu une bière et parce qu'elles ne comprendront jamais la règle du hors-jeu. 

J'aime les rockeuses, les rôdeuses, les rappeuses, les rameuses, les râleuses, les rieuses, les rêveuses et les suffragettes de la City. Les lionnes et les cougars. Les chiennes de garde et les chattes sur un toit brûlant. Les putes et les députées. 

J'aime les femmes nues et les ingénues. J'aime la femme de Lennon, mais pas les nonnes. J'aime ma petite sœur, mais pas les bonnes sœurs. J'aime les femmes qui luttent, qui crient, qui frappent et qui mordent les salauds. J'aime autant celles qui donnent la vie que celles qui la reprennent. 

Alors oui, j'aime les femmes. Ou plutôt LA Femme à qui j'attribue une majuscule que l'homme ne mérite plus depuis la nuit des temps. 

Et s'il est vrai que sur le corps d'une femme, le chemin le plus court d'un point à un autre est toujours la courbe, je ne prendrai pas de raccourci pour vous offrir un bouquet de mots fleuris dédiés à ces jolis petits animaux tendres et moelleux.
( * ) dédié à Jacqueline Sauvage

mercredi 24 mai 2017

ROUGE NUIT


                                                Une toile sombre, mais apaisante
                                                Une image à la fois tendre et crépusculaire
                                                Brumeuse, mais rassurante
                                                Comme un doux cauchemar accueillant
                                                Un paysage lisse, caressé par un vent gris
                                                Un vent ami, un vent fripon, un vent qui décoiffe
                                                Et, comme un œil espiègle
                                                La Lune qui mate les amants champêtres
                                                Il fait nuit, mais il fait bon se promener
                                                Loup, y es-tu ?
                                                Le loup n'y est pas !
                                                S'il y est, il lutine itou !
                                                Et bonne nuit, les petits !