vendredi 23 juin 2017

D'HAWAÏ À MACQUARIE


Qui a-t-il tout au bout
Au bout de tout
Au bout du bout
Et loin de tout ?

Pas de sioux, pas de zoulous
Pas de bisons et pas de gnous
Mais des kiwis, oui, partout
Et des kangourous itou

Il n'y a pas d'igloos
Encore moins de poux
Mais des papous, surtout
Et aussi Rose Tattoo

L'Océanie est un gigantesque continent éclaté
qui ressemble à une tache d'encre sur un cahier d'écolier

mercredi 21 juin 2017

BRASSENS


Le bonhomme est satisfait. Il vient de coucher sur la partition une mélodie qui le hantait depuis des semaines. Il la tient, sa chanson… une chouette chanson, nom de nom ! Gaillarde et bien troussée, comme il les aime. De celles qui font danser les jolies demoiselles à Saint-Germain. Ne reste plus qu'à y poser des paroles.

Maintenant, il s'installe dans un vieux fauteuil en cuir craquelé, juste en face de la cheminée où frétille un feu guilleret. Il bourre sa pipe, sa vieille pipe en bois et l'allume à un tison. Un gros siamois paresseux vient se lover à ses pieds. Le musicien se lisse la moustache, le chat aussi. Le chat ronronne, le musicien aussi.

Au départ, il voulait dédier sa chanson à une vieille connaissance, mais il ne trouve pas de rime à Fernande. Il se dit qu'il va décrire les jeunes gens qu'il voit s'embrasser dans les squares. « Les jeunes gens qui s'embrassent dans les parcs publics, parcs publics… ». Il n'est pas satisfait. Il lui revient alors en mémoire l'histoire du gorille exhibé dans un zoo que rigoureusement sa mère lui a défendu de nommer ici. Et l'Auvergnat qui lui tendit la main quand d'autres l'auraient jeté aux chiens, et les sabots d'Hélène qui étaient tout crottés… il faudra bien qu'il leur trouve une place dans son répertoire. Il pourrait également chanter la plage de Sète où il voudrait reposer après sa mort. Tant de sujets qui lui tiennent à cœur.

Pour l'heure, il doit trouver des rimes pertinentes. Mille mots dansent sous son crâne, pas un ne colle à la mélodie. D'habitude, les phrases coulent comme l'eau d'une claire fontaine. Les alexandrins s'alignent sans peine, comme de petits soldats de plomb. Mais à cet endroit de l'histoire, il est sec comme un tabellion en panne d'encre bleue.

Le téléphone sonne. Le chat tend l'oreille, le musicien tend la main pour attraper le combiné.

— Allô ?

Au bout du fil, il reconnait les voix de Jean, Pierre, Paul et compagnie, les vieux amis avec lesquels il a l'habitude de faire la bringue dans un bistrot tenu par un gros dégueulasse.

— Qu'est-ce que tu fais encore chez toi ? On est tous là à t'attendre depuis des heures !

— Je sais, je sais, mais il faut absolument que je finisse ma chanson, répond-il un peu gêné.

— Ah ! Non, Georges… les copains d'abord !

lundi 19 juin 2017

MIAOU !


                                               Pussy !  Pussy ! Où  est  passé,  mon  petit  Pussy ?
                                               C'est  la  mère  Michel  qui  a  perdu  son  Pussy
                                               Mais  où  est  donc  perché  le  Persan
                                               Je  l'ai  vu  hier  dans  la  gouttière
                                               Arrivée  la  nuit, il  était  tout  gris
                                               Aujourd'hui,  je  l'ai  dans  la  gorge
                                               Il  n'y  a  pas  de  quoi  le  fouetter
                                               Tu  n'es  pas  là,  je  vais  danser
                                               Pussy  ronronne  sous  mes  doigts
                                               Je  le  caresse, il  frémit

vendredi 16 juin 2017

COUPABLE


Je l'ai pas loupé, ce connard. Je l'ai chopé à la gorge et j'ai serré jusqu'à ce que mes crocs lui déchirent la carotide. Là enfin, il a fini de gueuler.

Je sais, ça ne se fait pas, mais dès que je l'ai vu empoigner sa femme, j'ai su qu'elle allait encore méchamment dérouiller. Et après, il allait aussi s'en prendre aux enfants. Ça se passe toujours comme ça quand il rentre bourré. Moi aussi, j'ai déjà pris des coups de savate dans les côtes, mais c'est pas grave :  je ne suis qu'un vieux corniaud plein de puces.

Et puis je me suis assis à côté de ce salaud. Il gisait dans une mare de sang.

Il fallait que je le fasse, je n'avais pas le choix. Mais à qui pourrais-je le dire ? Et qui voudra comprendre ? Et puis je connais le sort réservé aux chiens qui agressent leur maître : l'euthanasie… directe, sans procès, sans passer par la case prison. 

Mais qui se soucie d'un vieux corniaud plein de puces ?

mercredi 14 juin 2017

LE LANGAGE DES FLEURS


                              Qu'elles soient renonculacées, crucifères ou papilionacées
                              Les fleurs ont un message à faire passer
                              Quand la corolle s'affole et le calice bruisse
                              L'androcée cabriole et le gynécée s'esquisse

                              Une tulipe à la lippe d'Œdipe participe au stéréotype
                              Le muguet dansait le reggae dans les prés camarguais
                              Le jasmin tend sa main aux gamins le long du chemin
                              L'œillet grassouillet frétillait dans le vent d'été
                              Coquelicot, abricot, haricot dans des bocaux verticaux
                              La violette est à la fête sous la houlette d'Henriette
                              Le rhododendron est au moinillon, ce que le liseron est au moussaillon
                              Le bouton d'or dort au pied des sémaphores des Côtes d'Armor
                              L'arum a un arôme qui sent le rhum et le mercurochrome
                              La renoncule et la campanule sont nulles et archi-nulles
                              Une feuille de glaïeul sur le fauteuil de l'écureuil
                              À Lisbonne les anémones jouent du saxophone en carbone
                              La primevère fait des vers à Vancouver et la rose de la prose à Formose
                              Revoilà le lilas sous les pas d'Attila, le roi renégat
                              Jacinthe boit la sacrosainte absinthe dans une pinte

                              Poum ! Poum ! Poum ! Poum !
                              Les Français parlent aux Français
                              Poum ! Poum ! Poum ! Poum !
                              Les fleurs parlent aux fleurs

lundi 12 juin 2017

ROSE


Je vais voir Rose tous les ans. Le 1er août.

Je la rejoins dans le jardin d'hiver qui jouxte la grande bâtisse couleur brique. Elle est là mais elle ne m'attend pas. Menue, recroquevillée dans un fauteuil en rotin, un châle mauve sur ses épaules, elle ne change pas d'une année à l'autre. Seules quelques petites rides au coin des lèvres me disent que le temps passe. Avec ses cheveux blancs, son teint pâle et ses grands yeux clairs, elle ressemble à ces poupées qui ornaient les étagères des fillettes d'antan.

Depuis 17 ans, le rituel est immuable, nous buvons du thé avec du miel et des speculoos. Je lui parle du chat Zouzou qui est mort il y a des lustres, mais que je ressuscite à chaque visite. Je crois qu'elle sourit. Puis, nous faisons le tour du potager, à tout petits pas, comme si le film passait au ralenti. Vers 14 heures, ses mains commencent à trembler, ses jambes la soutiennent à peine. Il est temps de rentrer.

Madame Martin a pris sa retraite au mois de juin, c'est désormais Émilie qui est en charge des locataires du rez-de-chaussée. Elle est jeune, belle et gaie. Elle adore Rose. D'ailleurs, tout le monde aime Rose, elle est si calme, si fragile. Avant qu'elle ne s'endorme, je dépose un baiser sur le front tiède de Rose et je laisse sur son chevet un bouquet de roses.

Maintenant, Rose est dans ses rêves. Je remonte l'allée bordée de peupliers gigantesques jusqu'à la grille en fer forgé. Je réintègre le monde des vivants, du moins de ceux qui savent qu'ils sont vivants.

vendredi 9 juin 2017

LE MUR


Natacha Léna n'était jamais à l'heure à nos rendez-vous. Ce jour-là, elle n'avait que deux heures de retard !

J'en avais profité pour siroter quelques Penderyn Madeira en grignotant des bretzels faits maison par Hakan, un ami turc qui tenait une élégante auberge sur les hauteurs d'Istanbul. La lune était rose, la vue sur le Bosphore imprenable.

Peu après 23h00, la belle Natacha daigna enfin m'honorer de sa présence. Grande et fine, la peau claire et des cheveux sombres coupés courts, elle portait son éternel ciré rouge, sur un pantalon fuseau noir. D'un pas vif, elle traversa la salle vide, posa son écharpe à pois sur le canapé et sur mes lèvres un baiser carmin. Elle sentait bon le cuir. Dans ses yeux saphir, j'ai cru déceler une réelle angoisse.

— Tu n'as pas écouté les infos ? me reprocha-t-elle, le mur de Berlin est tombé ce soir.
— Sorry, darling, j'étais obnubilé par le bruit des glaçons dans mon single malt.
— Décidément, tu n'es qu'un sauvage comme tous tes frères capitalistes !

Je la connaissais douce et féline, la violence de l'invective me laissa pour le moins déconcerté.

— Le mur est tombé ? La belle affaire ! Admets au moins que je n'y suis pour rien.
— Tu ne comprends donc pas, l'Union Soviétique se fissure de toutes parts, elle  est  au  bord  de
     l'implosion.
— Je te jure que ça me fend le cœur, mais que puis-je y faire ?…
— Mon pays rapatrie tous ses agents, je dois rentrer… maintenant.

Je l'ai alors sentie submergée par une profonde tristesse. Je l'ai serrée très fort contre moi. De nouveau, elle frissonnait comme quand nous faisions l'amour entre deux escales. Bien sûr, j'avais envisagé mille fois cette rupture, elle était inéluctable… mais pas si vite, pas si violemment, pas sans une ultime caresse.

Je l'ai aidée à entasser quelques affaires au fond d'un grand sac de marin. À 06h00 du matin, je l'ai déposée devant la gare de Sirkeci. Elle n'a pas voulu que je l'accompagne sur le quai.

Le dernier baiser à mon espionne russe fut comme un éclair. 25 ans plus tard, il me brûle encore les lèvres.

mercredi 7 juin 2017

ORIGAMI


                                      Au creux de sa chambre blanche, elle faisait des origamis
                                      Des fleurs vénéneuses, des araignées jaune et noir
                                      Et des oiseaux aux ailes pointues
                                      Elle a vu cent chevaux blancs…
                                      Lasse au creux de sa chambre blanche, elle froissa les origamis
                                      Les grenouilles bleues, les poissons-clowns
                                      Et s'envola sur le dos d'un oiseau aux ailes pointues

lundi 5 juin 2017

L'ORIGINE DU MONDE


Quelle que soit notre foi, il faut bien admettre que nous sommes tous les descendants d'une mère originelle. Qu'elle s'appelle Brigitte, Marilyn ou Aïcha importe peu, puisque nous lui sommes redevables d'être ici aujourd'hui.

Tiens, pour l'occasion, appelons-la Ève !
Oui, Ève, comme Adam et Ève.
Oui, cette Ève qui s'était régalée d'une savoureuse pomme, condamnant par la même toutes les femmes à assumer le péché originel.

Que serait-il advenu si ce crétin d'Adam avait commis la faute ? 
Serions-nous, pauvres mâles, lapidés en place public, au moindre écart ? Serions-nous déshabillés du regard dans les rues sombres ? Verrions-nous nos salaires amputés de 20 % par rapport aux travailleurs du sexe opposé ? Nos sœurs nous auraient-elles jeté de l'acide au visage, pour avoir seulement osé porter le regard sur une autre ? Et serions-nous aussi obligés d'exposer nos poitrines nues pour manifester notre colère ?

« Ève  lève-toi  et  danse  avec  la  vie, l´écho  de  ta  voix  est  venu  jusqu´à  moi. »

vendredi 2 juin 2017

C'EST SEULEMENT…


                                                       Ce n'est qu'un matin qui s'éveille
                                                       Ce n'est qu'un oiseau qui s'envole
                                                       Ce n'est qu'une fleur qui renaît
                                                       Ce n'est que le vent dans tes cheveux

                                                       Le soleil irise la colline
                                                       Une hirondelle taquine les nuages
                                                       Une fille sourit au bord du chemin
                                                       IT ' S  ONLY  LOVE

mercredi 31 mai 2017

FEMMES ( * )


J'aime les femmes qui maudissent le vent en sortant de chez le coiffeur. Et aussi celles qui se remaquillent au feu rouge. J'aime celles qui font allègrement craquer la boîte de vitesses, mais qui pestent quand elles ont filé un bas. 

J'aime les femmes qui zappent les films de guerre et celles qui pleurent à la fin de Pretty Woman. Sans oublier celles qui vont au lit avec des chaussettes de flanelle et celles qui ne dorment qu'avec une goutte de Chanel. 

J'aime les femmes parce qu'elles ne rotent pas après avoir bu une bière et parce qu'elles ne comprendront jamais la règle du hors-jeu. 

J'aime les rockeuses, les rôdeuses, les rappeuses, les rameuses, les râleuses, les rieuses, les rêveuses et les suffragettes de la City. Les lionnes et les cougars. Les chiennes de garde et les chattes sur un toit brûlant. Les putes et les députées. 

J'aime les femmes nues et les ingénues. J'aime la femme de Lennon, mais pas les nonnes. J'aime ma petite sœur, mais pas les bonnes sœurs. J'aime les femmes qui luttent, qui crient, qui frappent et qui mordent les salauds. J'aime autant celles qui donnent la vie que celles qui la reprennent. 

Alors oui, j'aime les femmes. Ou plutôt LA Femme à qui j'attribue une majuscule que l'homme ne mérite plus depuis la nuit des temps. 

Et s'il est vrai que sur le corps d'une femme, le chemin le plus court d'un point à un autre est toujours la courbe, je ne prendrai pas de raccourci pour vous offrir un bouquet de mots fleuris dédiés à ces jolis petits animaux tendres et moelleux.
( * ) dédié à Jacqueline Sauvage

mercredi 24 mai 2017

ROUGE NUIT


                                                Une toile sombre, mais apaisante
                                                Une image à la fois tendre et crépusculaire
                                                Brumeuse, mais rassurante
                                                Comme un doux cauchemar accueillant
                                                Un paysage lisse, caressé par un vent gris
                                                Un vent ami, un vent fripon, un vent qui décoiffe
                                                Et, comme un œil espiègle
                                                La Lune qui mate les amants champêtres
                                                Il fait nuit, mais il fait bon se promener
                                                Loup, y es-tu ?
                                                Le loup n'y est pas !
                                                S'il y est, il lutine itou !
                                                Et bonne nuit, les petits !

lundi 22 mai 2017

BLANCHE


On se souvient toujours de son premier amour. Le mien portait le joli prénom de Blanche.

On s'est connu en sixième. Le prof principal avait eu la généreuse idée de créer des binômes entre les bons élèves et les cancres… devinez dans quel camp je me situais ! Voilà comment je me suis retrouvé au premier rang, à côté de la plus jolie nana du collège… et sans doute du monde entier. Soyons clairs, je n'étais pas plus idiot que la moyenne… simplement, j'avais des préoccupations plus importantes que de connaitre le carré de l'hypoténuse et l'accord du participe passé avec l'auxiliaire "avoir".

À l'époque, la majeure partie de mes pensées était accaparée par la cabane que je construisais dans un arbre, le long du canal. J'avais entamé les travaux en été et j'y passais matin et soir, sur le chemin de l'école.

Logiquement le projet devait rester secret. C'était compter sans la curiosité de ma voisine de classe (normal : c'était une fille !). Elle s'étonna un jour d'apercevoir un marteau et une scie au fond de mon cartable. Il fallut bien que je lui raconte mes périples extra-scolaires, et je fus étonné de l'enthousiasme qu'elle leur manifesta. Dès lors, Blanche devenait ma complice et par la même ma principale alliée dans cette entreprise pharaonique.

D'un point de vue purement ouvrier, elle ne m'était d'aucun secours — la seule fois qu'elle utilisa la scie, elle faillit se couper un bras ! Par contre, sur le plan logistique, elle se montrait d'une efficacité redoutable. Je n'avais plus besoin d'aller chaparder des palettes pourries chez le ferrailleur du coin, au risque de perdre mes mollets dans la gueule de son chien enragé. Mon assistante zélée me ravitaillait régulièrement en belles lattes bien lisses. J'ai appris, quelques années plus tard, qu'il s'agissait de véritable plancher en chêne massif, initialement destiné à la salle à manger de ses parents.

Chaque jour, à la sortie des cours, nous passions sur le chantier pour scier du bois, planter quelques clous, consolider l'ensemble. Le samedi, nous y consacrions plusieurs heures… elle, écourtant ses cours de danse et moi, ratant inopinément l'entraînement de football. C'est la raison pour laquelle elle n'intégra jamais le Bolchoï, ni moi, l'équipe de France !

Les travaux avançaient si bien que nous nous étions jurés de passer une nuit entière dans notre palais, l'été suivant (en tout bien, tout honneur !). L'été est venu… pas Blanche. Je ne connaitrai la raison de sa désertion qu'à la rentrée suivante : ses parents étaient partis pour l'Outremer, emportant avec eux mon premier amour.

vendredi 19 mai 2017

AMI-AMIE


Si  vous  me  demandez  si  l'amitié  entre  un  homme et une femme est possible, je réponds oui : mon meilleur pote s'appelle Maria.

Maria est espagnole. J'ai fait sa connaissance en juillet 1986, lors d'un périple à Malaga. Elle est sans conteste la plus belle fille que j'ai jamais fréquentée. Grande, brune, un regard noir et profond, elle possède l'élégance naturelle des Méditerranéennes.

Un an plus tard, quand elle est venue s'installer en France, c'est avec un plaisir infini que je l'ai accueillie dans mon petit appartement. Comme le dernier des imbéciles, j'étais persuadé qu'elle avait fait le déplacement pour moi. C'est donc avec une lourdeur pachydermique que j'ai tenté de la séduire... jusqu'au jour où elle m'a avoué qu'elle n'aimait pas les hommes. Ce à quoi, j'avais répondu : « Ça tombe bien, moi non plus ! ». Je sais, quand je veux, je peux être un véritable boulet !

Il a bien fallu que je me fasse à l'idée que nous ne pourront jamais être autre chose que des amis. Cependant, je me consolais à la seule pensée de la savoir toujours dans mon entourage. Pour être des amis, nous le sommes vraiment, sincèrement, obstinément… et sans arrière-pensées. Si vous saviez le nombre de fois que j'ai chialé dans ses bras quand j'avais des peines de cœur. Elle-même n'a pas été épargnée par ce genre de mésaventures et je l'ai réconfortée de la même manière. Vous n'imaginez pas le nombre de fois qu'elle m'a ramené sur son dos quand je ne tenais plus debout en fin de soirée. Et le nombre de coups de boule que j'ai distribués quand elle avait des embrouilles avec des sales types. Et la fois où elle a pris un coup de couteau qui m'était destiné. Et celle où je l'ai empêché de sauter du haut d'un immeuble... après qu'une jolie poupée blonde l'ait entraînée dans une méchante soirée durant laquelle elle a senti le souffle brûlant de plusieurs hommes sur son corps.

Aujourd'hui, nous avons fait nos vies chacun de notre côté, mais nous restons en contact permanent et c'est toujours avec bonheur que nous nous retrouvons pour de joyeuses virées. Il y a trois ans, pour mon anniversaire, elle m'a offert un pass 3 jours pour le Hellfest qui recevait Alice Cooper. Et la cerise sur le gâteau, c'est qu'elle venait avec moi. Par souci de logistique, nous avions décidé de voyager léger : durant deux nuits, nous allions donc partager la même tente. Ça faisait de nombreuses années que nous n'avions plus dormi sous le même toit et je pensais être vacciné de mes pensées grivoises. Mais quand je l'ai vue en petite culotte et soutien-gorge, si proche de moi, toujours aussi désirable, j'ai bien cru défaillir cent fois.

Alors, si vous me demandez si l'amitié entre un homme et une femme est possible, je réponds oui… mais des fois qu'est-ce que j'en chie !

mercredi 17 mai 2017

50 NUANCES DE ROUGE


                                              La mer est rouge ce soir, c'est la faute au soleil
                                              Des flancs du vaisseau griffé par le corail
                                              Suinte un long magma sanguinolent
                                              « Nous sommes encore loin des Grenadines »
                                              Dis-je à la belle capitaine aux cheveux pourpres
                                              Rubis sur l'ongle et paupières carmin
                                              « Hissez la voile écarlate dans l'ocre du ciel ! »
                                              Rugit-elle aux quarantièmes
                                              Quand l'eau de rose tourne à l'incarnat
                                              Roule et tangue l'esquif rouillé
                                              Puis s'enfonce dans des bulles vermillon
                                              Emportant le roi cramoisi et sa dame Coquelicot

lundi 15 mai 2017

DES FEMMES & DES GUITARES


Qui a-t-il de plus beau qu'une femme, sinon une guitare.
Qui a-t-il de plus beau qu'une guitare, sinon une femme.

Voyez ces formes gourmandes, ces courbes océanes, ces vagues exquises qui nourrissent les fantasmes les plus dissolus.

Ah ! Caresser ces textures veloutées. C'est chaud, c'est soyeux, ça fleure bon la nacre et le santal. Laisser ses doigts arpenter les pleins douillets et les vertigineux déliés. Frôler la corde sensible qui génère l'extase et fait rugir l'impétueux torrent de volupté.

Puis, brancher l'électricité. Soudain, ça grésille, ça ronronne, ça rage et ça tempête. Les sillets se crispent, les frettes se hérissent, les cordes se tendent… il y a de l'orage dans les airs. Il faut alors un ongle d'écaille vernissée pour mâter cette fougue titanesque et ramener l'instrument de tous les désirs vers les berges froissées d'une rivière diamantine.

Et succomber de fatigue dans un ultime riff viscéral !

vendredi 12 mai 2017

FEU


Il faisait sombre dans cette ruelle d'Édimbourg. Une pluie fine me cinglait le visage. Les pubs avaient fermé leurs portes depuis longtemps, me jetant sur le pavé froid, un méchant goût de stout au fond du gosier et du crachin plein les chaussettes. 

Au détour d'un sinistre porche me parvint une voix féminine  : « Give me a light, please ». 

Illico presto, je rassemblai les maigres souvenirs  qui  me  restaient  des  cours d'Anglais de monsieur Chauveau (« Chauveau est un chameau ! ». Ah ! On savait rire en ce temps-là !!!). "Give me", donne-moi... "a light", une lumière. "Donne-moi une lumière", ça me parait clair. 

Je tendis la petite lampe Maglite qui me suivait dans toutes mes virées nocturnes. 

La voix se mua alors en un rire cristallin. « Oh ! You are French, sorry : tiou donné moâ feuw por mon cigueuwette ? ». Encore une fois, je passai pour un crétin de Froggy auprès d'un sujet de sa gracieuse majesté. 

Vif comme le naja, je dégainai mon Zippo Motörhead et offris ma flamme. 

Le visage de la jeune femme s'alluma. Je découvris un minois limpide, cerné de longues boucles rousses qui dégoulinaient comme une cascade flamboyante. Je vis aussi d'immenses yeux comme des bonbons au miel dans lesquels dansait le feu du briquet. Elle tira une rapide bouffée et lâcha de longues volutes grises dans le ciel sans lune. Puis elle posa ses lèvres sur ma joue hirsute. « Thank you, mister French Lemmy ! ». 

Elle s'est éloignée dans la nuit, laissant derrière elle un délicat parfum de tabac californien et de fleurs fanées.

Encore une fois, je maudissais monsieur Chauveau (... qui est un chameau !!!) de m'avoir appris que "the dog is in the garden" et que "the cat is on the roof"... va caser ça dans une conversation en territoire hostile  !!!

mercredi 10 mai 2017

BANANE


J'a dascendu â d'mon arb' pour ôller la ville. J'a pris l'ôtocar à coin d'lô rue d'là côté du bistrot du Jânot. Â m'dit : « At'vô prende l'ôtocar ? ». Bah, j'a dis : « Bah, oué ! ». 

Eul' chauffeur y m'ô j'té un bizôrre d'œil, y m'a pô pris mes sous… c'est bizôrre ! Dâ l'ôtocar, j'm'a posé à l'côté d'la Jônine. J'la dis : « J'vâ la ville ! ». Â m'dit : « Pourquô tiô vas la ville ? ». « Bah, pôr gôgner des sous, quoâ ! », j'la dis. « Mâââ, gôgne pô d'sous à l'ville ! », âl dit. J'crô qu'âl est un piô zinzin !

A qu'arrive la ville, lô gôrs y m'ôppelle : « Et tiô, tô connais Lô Ride ? ».

— Bô nô, j'cônnais pô Lô Ride !

— Bôh ! Lô Ride l'ô fait un dixe et l'â veut al'pochette !

— Bâ, t'es bêt', j'tiô pô an' pochette môôô !

— Hin ! Hin ! C'est tô qu'est bêt', l'â veut just' tô phôtô !

— Âh, t'a fou toâ, j'mô fous pô à poâl, môôô !

— Bâ nâ, c'est sûr ! Tâ rest' côm' t'es, c'est coul !

Eul' gôrs l'a fait mô phôtô, lô donné à Lô Ride, lô fait un dixe ! Mâââ, gôgne pô d'sous à l'ville !

lundi 8 mai 2017

MONSIEUR SERGE ET LES DAMES


                                                       Monsieur Serge est un dégueu… lasse
                                                       Aux nuits des femmes, il se pré… lasse
                                                       Toujours prêt pour un fesse-à… face
                                                       Il en a fait tanguer des blon… dasses
                                                       Démonter, remonter des cu… lasses
                                                       Dans le cockpit de son bi… place
                                                       Au réveil, pas besoin de lave… glace
                                                       Pour son whisky, un cube de… glace
                                                       Rousses, brunes et blondes, hé… las
                                                       Les a quittées un mois de… mars
                               
                                                       Pour s'envoyer au septième ciel avec une gi… tane

vendredi 5 mai 2017

JOUR APRÈS JOUR


                                                Lundi, c'est raviolis et Pizzarelli
                                                Mardi, c'est moussaka et Moustaki
                                                Mercredi, jour des enfants
                                                Et Slayer aime les enfants... en kebab
                                                Jeudi... ah ! que je dis wok and rollmops !
                                                Vendredi, jour du poisson et Hot Tuna
                                                Samedi, c'est sabbath et c'est noir... désir, désir
                                                Dimanche, jour du Seigneur et du grand Jacques
                                                Je me frotte la panse sur la panse des femmes
                                                Et le huitième jour, Keith Michards se reposa !