mardi 3 juillet 2018

LA BELLE ISABELLE


Isabelle et le maréchal des logis-chef

En été, la belle Isabelle bronzait nue dans la garrigue.

— Brigadier, passez donc les menottes à cette impudente donzelle !

     — À vos ordres, maréchal des logis-chef, mais ne vaudrait-il pas mieux auparavant lui passer un
         vêtement sur les épaules ?

— Sûrement pas, bougre de couillon, ce serait effacer les traces de l'infraction.

     — Devons-nous donc la traîner en tenue d'Ève jusqu'à la gendarmerie ?

— Si fait, tête de coucourde !

     — Ce sera alors la fin de l'enquête ?

— La justice de la République passera.

     — Finie notre traque dans la garrigue ?

— On lui tranchera le cou.

     — Pour avoir seulement dévoilé sa belle anatomie ?

— La justice est la justice.

     — Peuchère, la petite ne fait de mal à personne. Ne pouvons-nous pas la laisser filer ?

— Ma foi, l'idée n'est pas mauvaise et le sous-préfet n'en saura rien.

Dans les buissons, des dizaines de voyeurs approuvèrent la décision.




Isabelle et le sous-préfet

En été, la belle Isabelle bronzait nue dans la garrigue.

Mhhh ! Voilà donc la gourgandine qui met en émoi la région tout entière !

     — C'est exactement ça, monsieur le sous-préfet.

Mhhh ! Dites-moi, maréchal des logis-chef, quelle est alors la sanction requise pour une telle
    infraction ?

     — Le code pénal préconise une peine d'emprisonnement de trois jours, assortie d'une amende
         de 50 nouveaux francs.

Mhhh ! Eh bien, pourquoi ne pas faire appliquer la loi sur-le-champ ?

     — Hélas, monsieur le sous-préfet, toutes les prisons d'ici jusqu'à Tarascon sont déjà remplies
         de voleurs, de braconniers, d'ivrognes et de Parisiens.

Mhhh ! Ma foi, si vous pouvez m'assurer que ce délit ne constitue pas un trouble majeur à l'ordre
    public, je crois que nous pouvons laisser cette demoiselle en liberté surveillée, en espérant que
    l'affaire ne soit jamais portée à la connaissance de monsieur le ministre.

Dans les buissons, des centaines de curieux décidèrent de réélire le sous-préfet aux prochaines échéances.



Isabelle et le ministre

En été, la belle Isabelle bronzait nue dans la garrigue.

Vous devez savoir, monsieur le sous-préfet, que l'affaire fait grand bruit dans tout le pays.

     — Mhhh ! Je n'en doute pas, monsieur le ministre.

Les lois fondamentales de l'État sont bafouées.

     — Mhhh ! Pour sûr, monsieur le ministre !

Les fondements même de la démocratie foulés au pied !

     — Mhhh ! Tant que ça, monsieur le ministre ?

Si fait, ça jase dans les plus hautes sphères du pouvoir... et que fait la maréchaussée ?

     — Mhhh ! Hélas, monsieur le ministre, je ne dispose que d'un valeureux maréchal des logis-chef
         et son adjoint qui sont déjà fort occupés à traquer les malfrats de tous acabits.

Les caisses de l'État sont vides.

     — Mhhh ! Depuis des lustres, monsieur le ministre ! Mais permettez-moi de vous suggérer
         d'observer attentivement ce que l'on peut apercevoir sur la fesse gauche de la demoiselle.

Saperlipopette ! Mais c'est... mais c'est... un grain de beauté... en forme de...

     — Mhhh ! Oui, monsieur le ministre, un grain de beauté en forme de bonnet phrygien !

Mazette ! Nous sommes bien là face à une affaire d'État ! Il faut que toutes les charges retenues
    contre cette demoiselle soient levées séance tenante. Et faites en sorte d'user de la plus grande
    discrétion pour que monsieur le président de la République ne soit pas éclaboussé par le
    scandale.

Dans les buissons, des milliers de badauds entonnèrent discrètement la Marseillaise.




Isabelle et le président de la République

En été, la belle Isabelle bronzait nue dans la garrigue... Mais pas ce jour-là !

Faisant fi du protocole, monsieur le président de la République avait pris la micheline jusqu'à la gare de Gonfaron. Pour l'occasion, il avait troqué son habit d'apparat pour une tenue plus appropriée au climat méditerranéen.

Maintenant, il traversait la garrigue à grandes enjambées pour s'en aller demander la main de la belle Isabelle. Elle trouva monsieur le président de la République plutôt bel homme et fort aimable de surcroît. Elle répondit donc favorablement à sa requête.

Ce jour-là, la belle Isabelle épousait le président de la République.

Désormais, en été, la belle Isabelle bronze nue dans les jardins de l'Élysée.

Dans les buissons...



L'ultime rendez-vous

La garrigue frissonne sous le soleil rosé d'un crépuscule de printemps. Une frêle silhouette est adossée à un olivier maintes fois centenaire.

— Bonsoir la Faucheuse !

     — Bonsoir belle Isabelle !

— Nous avons rendez-vous.

     — Nous avons rendez-vous depuis 83 ans. Tu es même un peu en avance.

— J'ai eu une belle et longue vie.

     — Tu n'as pas de regrets ?

— Aujourd'hui, j'ai réuni mes enfants, petits-enfants et arrières-petits-enfants. Nous avons parlé,
    nous avons bu. Nous avons ri, nous avons chanté. Je leur ai dit au revoir. Je les ai embrassés.
    Ils ont compris.

     — C'est bien. Tu es prête, alors ! Est-ce que tu as une dernière volonté ?

— Peuchère ! J'aimerais mourir nue dans la garrigue !

lundi 12 mars 2018

GOÉLAND


          Vous me voyez ?
          Levez les yeux.
          Le petit point gris dans le ciel, là, c'est moi.
          Je pars en Amérique.

— Une heure plus tôt —

« Sans chercher à mettre en doute votre intégrité mentale, il me semble que vous n'appartenez à aucune espèce de volatiles connue sur cette planète. Or, si vous persistez dans ce projet saugrenu de prendre votre essor du haut de cette falaise, vous risquez fort de vous écraser comme une fiente sur cette plage de galets blancs située à environ 80 mètres sous vos jolis escarpins. »

          Celui  qui  me  parle  ainsi est un larus argentatus, vulgairement appelé goéland argenté. Posé
          sur mon épaule, il me fixe d'un œil inquisiteur.

« Si un voyage transatlantique par la voie des airs n'était pas le but primordial de cette envolée, auriez-vous alors, mademoiselle, l'amabilité de m'en révéler la finalité ? À moins que l'objectif recherché dans cette posture ne soit pas le vol en lui-même, mais plutôt la chute… auquel cas, il s'agirait, ni plus ni moins, que d'une tentative de suicide. »

          Mamma mia ! Qu'est-ce que j'ai bien pu fumer qui me donne ainsi le pouvoir  de  comprendre
          le langage des goélands ?

« Je devine une méchante mélancolie vous ronger l'âme, et il m'insupporte qu'une si charmante jeune femme en vienne à élaborer un aussi macabre projet. Comme dit le poète-chanteur : "Un chagrin d'amour ne dure pas jusqu'à la fin des jours, il ne dure que jusqu'au prochain amour". Ici et maintenant, je vous offre le mien. Mon amour de volatile palmipède. Mon amour argenté comme la surface de l'océan. Un baiser, je ne demande qu'un baiser… et un doux mot de vous pour vous emmener à l'autre bout du monde. »

jeudi 1 mars 2018

DIX


                                                             — T'as dis 10 ?
                                                             — J'ai dis 10 !
                                                             — Dis, t'as dis 10 ?
                                                             — Je te dis que j'ai dis 10 !
                                                             — Si t'as dis 10, alors je dis 10.
                                                             — Ben, dis 10, alors.
                                                             — Ben ouaih, j'le dis : DIX !
                                                             — Fin de la discussion… disparais !

lundi 26 février 2018

MUSICIENS


Nom de Zeus ! C'est toujours pareil : après le concert, c'est encore le chanteur qui a emballé les plus chouettes groupies. Nous, les musicos, on est juste bons à se taper des thons.

Qu'est-ce qu'il a de plus que nous, le bellâtre ? Hein ? OK, il se lave les cheveux tous les jours, il porte  des  jeans slim et n'a  pas de poils sur la poitrine. C'est quand même pas ça qui excite les filles ? Si ?

Le batteur, je dis pas : il lui manque la moitié des chicots et dort avec ses santiagues. Quant au bassiste, il est affligé d'une tare incompatible avec le heavy metal : il sait lire une partition. Et moi qui aligne riff sur riff durant des heures, moi qui enfile des solos brûlants comme d'autres enfilent des suppositoires à la glycérine, moi, c'est kif-kif bourricot : pas la moindre nana pour partager mon hamac dans le tour-bus.

Décidément, nous autres, pauvres musicos, tâcherons de la scène, esclaves du showbiz, serfs modernes, ne sommes là que pour offrir un écrin harmonique propre à mettre en valeur ce crâneur de choriste. C'est trop injuste, mon petit Calimero !

Certes, je schématise un peu... je caricature même... mais grosso modo, voilà le genre de conversation qu'on entend les matins de répétition quand le chanteur du groupe n'a pas pu se lever... sans doute épuisé par ses performances sexuelles nocturnes (pfff !). À cela, les musiciens ont trouvé un remède d'une efficacité redoutable : ils ont écrit des morceaux rien que pour eux, pendant lesquels le braillard pourra toujours aller se refaire le brushing en coulisse.

Voilà comment ont été imaginés les instrumentaux dont la plupart des groupes de heavy metal ponctuent leurs concerts. 

Je vous jure que c'est vrai... aussi vrai que je suis le sosie de Robert Plant !

jeudi 22 février 2018

ROCK DU DÉSERT


« Évitez les aliments gras, salés, sucrés. Évitez de grignoter entre les repas. Consommez avec modération. Mangez 5 fruits et légumes. Prenez du Danacol contre le cholestérol. » … et pourquoi pas de la Vache qui Rit contre la connerie, pendant qu'on y est ?

J'ai l'impression qu'aujourd'hui tout le monde s'invite dans mon assiette pour me dire ce qui est bon ou mauvais pour ma santé. J'ai envie d'inviter tous les censeurs diététiques à aller se faire aimablement empapaouter chez les Hellènes.

Rien ne vaudra jamais une bonne côte de bœuf-sauce béarnaise avec des frites et un ballon de côtes-du-rhône. Rien ne remplacera un cassoulet de Castelnaudary qui a mijoté durant des heures dans la graisse d'oie, et un petit vin de Cahors pour le faire glisser. Et la choucroute… mon Dieu, la choucroute ! Croquante à souhait, enguirlandée de saucisses de Strasbourg… et un sylvaner de Vœgtlinshoffen !

En matière de musique, c'est un peu pareil : j'aime les chansons charpentées avec un peu de gras autour. C'est exactement ce que je retrouve en écoutant un disque de Desert Rock : ça tient bien au corps et ça fait du bien par où qu'ça passe !

lundi 19 février 2018

LA CHASSE AUX FANTÔMES


— Bleu 1 à bleus 2, 3 et 4 : cible en visuel à 12 heures. Début de l'opération d'encerclement. Bleu 2,
     remontez le couloir B en ligne droite. Bleus 3 et 4, prenez le couloir C jusqu'à la travée 54 et
     tentez de rabattre la cible vers le couloir central. Je vous demande un maximum de discrétion
     pour ne pas éveiller les soupçons de la cible. Top, début de mission. Bonne chance à tous. GO !

— Bleu 2 à bleu 1 : couloir B bloqué par une rangée de caddies, à la hauteur de la travée 45.
     Je bifurque vers le couloir D.

— Bleu 1 à bleu 2 : bien reçu. Empruntez la travée 49 pour contourner l'obstacle.

— Bleu 4 à bleu 1 : la cible a interrompu sa progression. Elle semble fébrile.

— Bleu 1 à bleu 4 : bien reçu, on ne change pas de position et on continue la mission comme prévu.

— Bleu 3 à bleu 1 : la cible a changé de direction. Elle remonte la travée 54 et s'avance dans ma
     direction.

— Bleu 1 à bleus 2 et 4 : point d'impact confirmé. Ralliez le lieu de rendez-vous initial. 
     Bleu 3 : prenez position au milieu de la travée.

— Bleu 1 à bleus 2, 3 et 4 : contact dans 3 secondes… 2 secondes… 1 seconde… attention…
     CONTACT !

— Bonjour, monsieur, pourriez-vous me renseigner sur la peinture à mettre sur du placo-plâtre ?

— Désolé, je suis du rayon "Luminaires". Pour la peinture, voyez avec mon collègue Michel.

— Bleu 1 à bleus 2, 3 et 4 : début de l'opération "repérer la cible Michel" !

jeudi 15 février 2018

MES DAMES


Je l'ai déjà dit, je l'ai même écrit plusieurs fois dans ces colonnes et s'il le fallait, j'escaladerais le Mont Rushmore pour gueuler à la face du monde : « J'AIME LES FEMMES ! ».

Ou plutôt « J'aime LA Femme » avec un grand FEU majuscule.

Ma bible en la matière demeure le texte — extraordinaire — de la chanson "Miss Maggie" de mon frangin, mon poteau : Renaud. En trois coups de stylo à bille, il rédige un manifeste fondamental tout à l'honneur de nos sœurs humaines.

Parce  qu'encore  aujourd'hui, il  faut  une  sacrée  paire  de  couilles  pour  être  une  femme. Viol, lapidation, humiliation, jet d'acide, main aux fesses, discrimination professionnelle, privation de parole, de réflexion, de liberté d'action, voilà ce que nos voisines de planète subissent au quotidien, au XXIème siècle. Et  nos "grands  hommes" peuvent  bien  agiter  leurs  grands  bras  mous, rien  n'y fait : la femme qui devrait être l'avenir de l'homme n'en est toujours que son défouloir à rancœurs.

Le 8 mars 1921, Lénine décrète la Journée internationale des femmes pour l'ensemble des pays du bloc de l'Est. Le 8 mars 1977, l’Organisation des Nations Unies adopte une résolution identique pour ses pays membres. Il faudra attendre 1982, pour que François Mitterrand donne un statut officiel à cette journée en France.

Modestement, je déclare ouverte la semaine de la femme sur les pages de mon petit blog à moi, juste pour vous mes amies, mes copines, mes sœurs, mes tutrices, mes confidentes, mes bien-aimées, mes galères, parfois mes souffre-douleurs… enfin, mes dames et mes demoiselles !

lundi 12 février 2018

LA VIE EN NOIR


                                                               NOIRE  COMME  SON  ÂME
                                                               OU  COMME  SES  LARMES
                                                               IMPÉTUEUSE  GUERRIÈRE
                                                               REDOUTABLE  MAÎTRESSE

jeudi 8 février 2018

15 AOÛT


J'attends.
Mon maître va venir me chercher.
Alors j'attends.

Nous sommes le 15 août et nous partons en vacances. Mon maître s'est arrêté sur une aire d'autoroute. Il m'a emmené faire pipi à l'orée d'un bois et m'a attaché à un arbre… d'habitude, il ne fait  pas  ça.  J'attends.  Il  a  sûrement  été  à  la boutique  pour  acheter  des  bonbons  aux  enfants. Et quand il viendra me chercher, il y aura une friandise pour moi aussi. 
Alors j'attends.

J'attends. 
Le soir commence à tomber. Mon maître a dû s'assoupir avant de reprendre le volant. Les enfants regardent un DVD à l'arrière du Kangoo. J'attends toujours. Maintenant, il fait nuit, j'ai un peu froid au museau. Tout le monde doit dormir dans la voiture. Je vais attendre encore un peu.

J'ai dû m'endormir. Le jour s'est levé. J'ai une de ces fringales ! J'avalerais une pleine gamelle de Frolic ! Mon maître doit être en train de ranger les bagages, les enfants boivent leur chocolat. Dans 5 minutes, je vais retrouver ma place entre eux sur la banquette arrière.

J'attends.
Mon maître va venir me chercher.
Alors j'attends…

lundi 5 février 2018

LA VIE EN ROUGE


                                              RESPIRER  LE  PARFUM  DE  TES  CHEVEUX
                                              OU  CARESSER  LE  VELOURS  DE  TES  SEINS
                                              UN  DOUX  MATIN  DE  PRINTEMPS
                                              GÉNÈRE  DES  PENSÉES  FRIPONNES
                                              ET  D'INAVOUABLES  FANTASMES

jeudi 1 février 2018

LA VIE EN BLEU


                                              BRIGITTE  BARDOT  DANS  UNE  DÉCAPOTABLE
                                              LONGE  LA  CÔTE  MÉDITERRANÉENNE
                                              EN  FUMANT  UNE  GITANE  SANS  FILTRE
                                              UN  ÉCLAIR  MALICIEUX  AU  COIN  DE  L'ŒIL

lundi 29 janvier 2018

LA VIE EN BLANC


                                              BALANCE  LE  MAGOT,  LA  VIEILLE
                                              LENTEMENT,  TRÈS  LENTEMENT
                                              ATTENTION  AUX  GESTES  BRUSQUES
                                              N'OUBLIE  SURTOUT  PAS  LES  BIJOUX
                                              C'EST  LE  CASSE  DU  SIÈCLE

jeudi 25 janvier 2018

LA VIE EN ROSE


                                                        ROMANTIQUE  ET  PERVERSE
                                                        Ô  SE  PENCHE  À  MON  OREILLE
                                                        SUSURRE  DES  MOTS  SUCRÉS
                                                        ET  S'ÉCHAPPE  DE  MA  NUIT

lundi 22 janvier 2018

L'ARAIGNÉE


En 1982, j'étais à Djibouti. À l'époque, des dizaines de petits mendiants grouillaient dans les rues pour vendre toutes sortes de marchandises : cigarettes, cartes postales, préservatifs... Parmi ces vendeurs ambulants, le plus connu s'appelait l'Araignée. Cruel sobriquet pour désigner un jeune handicapé dont les quatre membres étaient atrophiés. Cela l'obligeait à se déplacer plus ou moins en rampant, ses jambes et ses bras maigres et tordus lui donnant effectivement une vilaine apparence arachnéenne.

Ce petit gars qui devait avoir entre 12 et 14 ans, vendait des cassettes musicales qu'il transportait dans une boîte à chaussures accrochée à son cou. Aznavour, Dalida, Bob Marley, Disco italien, Bob Seger... et d'autres artistes totalement inconnus. Un jour qu'il se montrait pressant, je le mis au défi de me dégoter un AC/DC, sachant pertinemment qu'il n'en avait jamais en stock. Il me tendit alors la cassette d'un groupe inconnu et dotée une pochette hideuse... Speed Queen, le comble de la ringardise. Et  l'Araignée de rétorquer : « Pareil AC/DC, pareil, acheter, missié, pas cher. »

Après d'âpres négociations, je fis donc l'acquisition d'une immondice que je me promettais de jeter dans le premier caniveau venu. Sans le savoir, je venais d'acheter l'un des meilleurs albums de heavy metal français. Depuis, cette piteuse cassette a bien dû tourner des milliers de fois dans mon Walkman.

Je dédie cette rubrique à toutes les petites araignées qui courent les rues du monde entier à la recherche d'une piécette.

jeudi 18 janvier 2018

FRANCIS


Un matin, le bon Dieu feuilleta son journal intime pour vérifier qu'il avait tout bien fait sur la terre comme au ciel.

— Bien, se dit-il en se grattant le haut du crâne, pour ces cochons de rosbifs, j'ai créé les Beatles,
     les Stones et Bowie. Pour ces tarlouzes de yankees, j'ai fait Elvis, Dylan et Springsteen.
     Par contre, pour mes petits Français adorés, je crois que j'ai un chouia merdé.

Dans un grand plat en pyrex, il jeta quelques pincées de folk et de blues... parce que le bon Dieu aime bien le folk et le blues. Il ajouta une belle poignée de mots gorgés de soleil et d'amour, une pincée d'élégance désinvolte, et de larges extraits de la méthode à Dadi. Il enfourna pour 45 minutes à thermostat 7.

Ce qui en ressortit s'appelait Francis Cabrel.

Alors, le bon Dieu se dit que la France possédait enfin un troubadour de classe internationale et qu'il pouvait s'en retourner faire la sieste dans la cabane au fond du jardin.

lundi 15 janvier 2018

LA CHASSE AUX VAMPIRES


On est les meilleurs passqu'on est des… WINNERS !
On va gagner passqu'on est pas des… PÉDÉS !

Hey, les copains, il est temps de montrer qu'on en a dans le calfouette ! Déconnez pas, me laissez pas tout seul… pass' qu'y'a les nanas qui surveillent qu'on n'est pas des mauviettes, c'est un coup à se retrouver en première page de Trou-du-cul Magazine !

Ah bah ouaih, j'ai oublié de vous dire qu'on partait à la chasse. Ce coup-ci, on va pas dégommer de la tourterelle, même pas du sanglier ni du renard. Là, on s'attaque à du lourd, à du méchant, à du malsain, à des z'animals qui font très très mal avec leurs grosses dents qui piquent. Laissez tomber vos Opinels et vos lance-patates, et sortez plutôt les lance-flammes et les bazookas… et aussi les colliers d'ail, les crucifix et les piques en bois !

Comment, Jojo ? C'est pas possib, t'as piscine !
Hein, Jean-Pierre ? T'as rendez-vous au proctologue ! Ben merd'alors !
Et toi, Christian ? Cours de patchwork ! Ah bah OK !

Ch'uis le meilleur passque ch'uis un… WINNER !
Je vais gagner passque ch'uis pas un… PÉDÉ !
Bon bin, finalement, je vais plutôt me faire un cinoche !

jeudi 11 janvier 2018

AS TEARS GO BY


En 1964, les Rolling Stones ne sont encore qu'une bande de petits branleurs tout juste capables d'enregistrer des reprises de blues et de rock. La recette est certes payante, puisque leurs disques s'écoulent comme des pintes de pale ale dans les pubs de Liverpool, mais, sous la pression de leur manager, Mick Jagger et Keith Richards se décident enfin à écrire leur première chanson originale, ce sera As Tears Go By

Cependant, ils la jugent trop sentimentale pour être incorporée au répertoire du groupe et préfèrent la confier à une jolie petite blonde toute mignonne d'à peine 17 ans : Marianne Faithfull.

lundi 8 janvier 2018

CHAMBRE AVEC VUE


                                                Le vent souffle sur la rade
                                                Ta chemise de nuit jetée dans l'escalier
                                                Je me souviens de tous les soirs
                                                Passés dans ma prison éthylique

                                                Combien de temps y suis-je resté ?
                                                Le temps que l'hiver étouffe la lande
                                                Et toutes ces images tourmentées
                                                Sont gravées sur les murs de ma prison éthylique

                                                Ma prison est calme, stérile et blanche
                                                Elle est comme un tombeau
                                                Avec un papillon qui se débat dans la nuit

                                                Ma prison est calme, son atmosphère hantée
                                                J'ai entendu tant de cris, mais c'était mes cris
                                                Dans les affres de mon rêve étrange

                                                Ma confidente, elle sait tout de ma vie
                                                Ma prison éthylique me connait mieux que ma femme
                                                Je n'ai besoin de rien ici
                                                Je suis seul

(librement inspiré de The Quiet Room d'Alice Cooper et dédié à Renaud)

mardi 2 janvier 2018

CARTE POSTALE


Ouaih… bon… bin… euh !… Y'a pas que Paname dans l'Hexagone, merd'alors ! Y'a aussi tout ce qui a autour… un peu comme la couenne du cochon ! Et Dieu sait que tout est bon dans le cochon !

Que serait donc notre beau pays sans ses patelins paumés au fin fond de la cambrousse ?

Des trous perdus qui sentent bon l'herbe coupée et le fromage de chêvre.

Des bleds qui ne sont pas à vendre, mais qui se donnent comme un sourire.

Qui ne connait pas Peyrat-le-Château, Guémené-sur-Scorff, Vœgtlinshoffen, Saint-Affrique ou Florac ne sait rien de la vie. La vie qui s'écoule doucement au long des rivières.

Qui n'a jamais dormi au pied d'un olivier et senti le foin contre sa joue, ne sait pas que la terre raconte parfois des histoires… cri ! cri ! cri ! murmure-t-elle !

jeudi 28 décembre 2017

PETITE SŒUR


Petite sœur, petite sœur.

Tu te souviens comme on chantait quand on était enfant ? Tu étais Sheila, j'étais Claude François. Et tu te rappelles de nos petits "arrangements" scolaires ? Tu rédigeais mes rédactions, je faisais tes devoirs de techno. Et notre projet de créer une agence de détectives, dotée des instruments les plus modernes de Pif Gadget, tu t'en souviens ? 
On voulait aussi aller jouer au casino de Monaco. Finalement, j'y suis allé tout seul.

Pourquoi je suis parti ? Tu le sais bien, je te l'ai expliqué cent fois : l'océan avait besoin de moi. Tu n'as jamais aimé l'océan. Pourquoi tu es restée ? Tu me l'as dit mille fois : ailleurs te faisait peur. Je n'ai jamais aimé ici.

Petite sœur, petite sœur.

Combien de fois j'ai rêvé que tu venais en vacances chez moi, avec ton mari et tes trois enfants. Oui, tu voulais un mari et trois enfants. Tu voulais aussi des chiens, des chats, des poules et des lapins. J'ai eu des lapins que tu aurais sûrement aimés. Et j'aurais tellement aimé te montrer comment on attrape les étrilles à marée basse.

Petite sœur, petite sœur.

Ce fameux jour, on devait se retrouver au buffet de la gare de Metz. Pourquoi j'ai su dès le départ que tu ne serais pas au rendez-vous ? Pourquoi je n'ai rien fait pour te persuader ? Et pourquoi je n'ai jamais cru à ce "stupide" accident de la route. Tu étais toujours si prudente au volant.

Petite sœur, petite sœur.

Tu étais si timide. Fragile, effacée, blanche, évanescente... si transparente que je me demande si tu as jamais vraiment existé.

Petite sœur, petite sœur..