vendredi 23 juin 2017

D'HAWAÏ À MACQUARIE


Qui a-t-il tout au bout
Au bout de tout
Au bout du bout
Et loin de tout ?

Pas de sioux, pas de zoulous
Pas de bisons et pas de gnous
Mais des kiwis, oui, partout
Et des kangourous itou

Il n'y a pas d'igloos
Encore moins de poux
Mais des papous, surtout
Et aussi Rose Tattoo

L'Océanie est un gigantesque continent éclaté
qui ressemble à une tache d'encre sur un cahier d'écolier

mercredi 21 juin 2017

BRASSENS


Le bonhomme est satisfait. Il vient de coucher sur la partition une mélodie qui le hantait depuis des semaines. Il la tient, sa chanson… une chouette chanson, nom de nom ! Gaillarde et bien troussée, comme il les aime. De celles qui font danser les jolies demoiselles à Saint-Germain. Ne reste plus qu'à y poser des paroles.

Maintenant, il s'installe dans un vieux fauteuil en cuir craquelé, juste en face de la cheminée où frétille un feu guilleret. Il bourre sa pipe, sa vieille pipe en bois et l'allume à un tison. Un gros siamois paresseux vient se lover à ses pieds. Le musicien se lisse la moustache, le chat aussi. Le chat ronronne, le musicien aussi.

Au départ, il voulait dédier sa chanson à une vieille connaissance, mais il ne trouve pas de rime à Fernande. Il se dit qu'il va décrire les jeunes gens qu'il voit s'embrasser dans les squares. « Les jeunes gens qui s'embrassent dans les parcs publics, parcs publics… ». Il n'est pas satisfait. Il lui revient alors en mémoire l'histoire du gorille exhibé dans un zoo que rigoureusement sa mère lui a défendu de nommer ici. Et l'Auvergnat qui lui tendit la main quand d'autres l'auraient jeté aux chiens, et les sabots d'Hélène qui étaient tout crottés… il faudra bien qu'il leur trouve une place dans son répertoire. Il pourrait également chanter la plage de Sète où il voudrait reposer après sa mort. Tant de sujets qui lui tiennent à cœur.

Pour l'heure, il doit trouver des rimes pertinentes. Mille mots dansent sous son crâne, pas un ne colle à la mélodie. D'habitude, les phrases coulent comme l'eau d'une claire fontaine. Les alexandrins s'alignent sans peine, comme de petits soldats de plomb. Mais à cet endroit de l'histoire, il est sec comme un tabellion en panne d'encre bleue.

Le téléphone sonne. Le chat tend l'oreille, le musicien tend la main pour attraper le combiné.

— Allô ?

Au bout du fil, il reconnait les voix de Jean, Pierre, Paul et compagnie, les vieux amis avec lesquels il a l'habitude de faire la bringue dans un bistrot tenu par un gros dégueulasse.

— Qu'est-ce que tu fais encore chez toi ? On est tous là à t'attendre depuis des heures !

— Je sais, je sais, mais il faut absolument que je finisse ma chanson, répond-il un peu gêné.

— Ah ! Non, Georges… les copains d'abord !

lundi 19 juin 2017

MIAOU !


                                               Pussy !  Pussy ! Où  est  passé,  mon  petit  Pussy ?
                                               C'est  la  mère  Michel  qui  a  perdu  son  Pussy
                                               Mais  où  est  donc  perché  le  Persan
                                               Je  l'ai  vu  hier  dans  la  gouttière
                                               Arrivée  la  nuit, il  était  tout  gris
                                               Aujourd'hui,  je  l'ai  dans  la  gorge
                                               Il  n'y  a  pas  de  quoi  le  fouetter
                                               Tu  n'es  pas  là,  je  vais  danser
                                               Pussy  ronronne  sous  mes  doigts
                                               Je  le  caresse, il  frémit

vendredi 16 juin 2017

COUPABLE


Je l'ai pas loupé, ce connard. Je l'ai chopé à la gorge et j'ai serré jusqu'à ce que mes crocs lui déchirent la carotide. Là enfin, il a fini de gueuler.

Je sais, ça ne se fait pas, mais dès que je l'ai vu empoigner sa femme, j'ai su qu'elle allait encore méchamment dérouiller. Et après, il allait aussi s'en prendre aux enfants. Ça se passe toujours comme ça quand il rentre bourré. Moi aussi, j'ai déjà pris des coups de savate dans les côtes, mais c'est pas grave :  je ne suis qu'un vieux corniaud plein de puces.

Et puis je me suis assis à côté de ce salaud. Il gisait dans une mare de sang.

Il fallait que je le fasse, je n'avais pas le choix. Mais à qui pourrais-je le dire ? Et qui voudra comprendre ? Et puis je connais le sort réservé aux chiens qui agressent leur maître : l'euthanasie… directe, sans procès, sans passer par la case prison. 

Mais qui se soucie d'un vieux corniaud plein de puces ?

mercredi 14 juin 2017

LE LANGAGE DES FLEURS


                              Qu'elles soient renonculacées, crucifères ou papilionacées
                              Les fleurs ont un message à faire passer
                              Quand la corolle s'affole et le calice bruisse
                              L'androcée cabriole et le gynécée s'esquisse

                              Une tulipe à la lippe d'Œdipe participe au stéréotype
                              Le muguet dansait le reggae dans les prés camarguais
                              Le jasmin tend sa main aux gamins le long du chemin
                              L'œillet grassouillet frétillait dans le vent d'été
                              Coquelicot, abricot, haricot dans des bocaux verticaux
                              La violette est à la fête sous la houlette d'Henriette
                              Le rhododendron est au moinillon, ce que le liseron est au moussaillon
                              Le bouton d'or dort au pied des sémaphores des Côtes d'Armor
                              L'arum a un arôme qui sent le rhum et le mercurochrome
                              La renoncule et la campanule sont nulles et archi-nulles
                              Une feuille de glaïeul sur le fauteuil de l'écureuil
                              À Lisbonne les anémones jouent du saxophone en carbone
                              La primevère fait des vers à Vancouver et la rose de la prose à Formose
                              Revoilà le lilas sous les pas d'Attila, le roi renégat
                              Jacinthe boit la sacrosainte absinthe dans une pinte

                              Poum ! Poum ! Poum ! Poum !
                              Les Français parlent aux Français
                              Poum ! Poum ! Poum ! Poum !
                              Les fleurs parlent aux fleurs

lundi 12 juin 2017

ROSE


Je vais voir Rose tous les ans. Le 1er août.

Je la rejoins dans le jardin d'hiver qui jouxte la grande bâtisse couleur brique. Elle est là mais elle ne m'attend pas. Menue, recroquevillée dans un fauteuil en rotin, un châle mauve sur ses épaules, elle ne change pas d'une année à l'autre. Seules quelques petites rides au coin des lèvres me disent que le temps passe. Avec ses cheveux blancs, son teint pâle et ses grands yeux clairs, elle ressemble à ces poupées qui ornaient les étagères des fillettes d'antan.

Depuis 17 ans, le rituel est immuable, nous buvons du thé avec du miel et des speculoos. Je lui parle du chat Zouzou qui est mort il y a des lustres, mais que je ressuscite à chaque visite. Je crois qu'elle sourit. Puis, nous faisons le tour du potager, à tout petits pas, comme si le film passait au ralenti. Vers 14 heures, ses mains commencent à trembler, ses jambes la soutiennent à peine. Il est temps de rentrer.

Madame Martin a pris sa retraite au mois de juin, c'est désormais Émilie qui est en charge des locataires du rez-de-chaussée. Elle est jeune, belle et gaie. Elle adore Rose. D'ailleurs, tout le monde aime Rose, elle est si calme, si fragile. Avant qu'elle ne s'endorme, je dépose un baiser sur le front tiède de Rose et je laisse sur son chevet un bouquet de roses.

Maintenant, Rose est dans ses rêves. Je remonte l'allée bordée de peupliers gigantesques jusqu'à la grille en fer forgé. Je réintègre le monde des vivants, du moins de ceux qui savent qu'ils sont vivants.

vendredi 9 juin 2017

LE MUR


Natacha Léna n'était jamais à l'heure à nos rendez-vous. Ce jour-là, elle n'avait que deux heures de retard !

J'en avais profité pour siroter quelques Penderyn Madeira en grignotant des bretzels faits maison par Hakan, un ami turc qui tenait une élégante auberge sur les hauteurs d'Istanbul. La lune était rose, la vue sur le Bosphore imprenable.

Peu après 23h00, la belle Natacha daigna enfin m'honorer de sa présence. Grande et fine, la peau claire et des cheveux sombres coupés courts, elle portait son éternel ciré rouge, sur un pantalon fuseau noir. D'un pas vif, elle traversa la salle vide, posa son écharpe à pois sur le canapé et sur mes lèvres un baiser carmin. Elle sentait bon le cuir. Dans ses yeux saphir, j'ai cru déceler une réelle angoisse.

— Tu n'as pas écouté les infos ? me reprocha-t-elle, le mur de Berlin est tombé ce soir.
— Sorry, darling, j'étais obnubilé par le bruit des glaçons dans mon single malt.
— Décidément, tu n'es qu'un sauvage comme tous tes frères capitalistes !

Je la connaissais douce et féline, la violence de l'invective me laissa pour le moins déconcerté.

— Le mur est tombé ? La belle affaire ! Admets au moins que je n'y suis pour rien.
— Tu ne comprends donc pas, l'Union Soviétique se fissure de toutes parts, elle  est  au  bord  de
     l'implosion.
— Je te jure que ça me fend le cœur, mais que puis-je y faire ?…
— Mon pays rapatrie tous ses agents, je dois rentrer… maintenant.

Je l'ai alors sentie submergée par une profonde tristesse. Je l'ai serrée très fort contre moi. De nouveau, elle frissonnait comme quand nous faisions l'amour entre deux escales. Bien sûr, j'avais envisagé mille fois cette rupture, elle était inéluctable… mais pas si vite, pas si violemment, pas sans une ultime caresse.

Je l'ai aidée à entasser quelques affaires au fond d'un grand sac de marin. À 06h00 du matin, je l'ai déposée devant la gare de Sirkeci. Elle n'a pas voulu que je l'accompagne sur le quai.

Le dernier baiser à mon espionne russe fut comme un éclair. 25 ans plus tard, il me brûle encore les lèvres.

mercredi 7 juin 2017

ORIGAMI


                                      Au creux de sa chambre blanche, elle faisait des origamis
                                      Des fleurs vénéneuses, des araignées jaune et noir
                                      Et des oiseaux aux ailes pointues
                                      Elle a vu cent chevaux blancs…
                                      Lasse au creux de sa chambre blanche, elle froissa les origamis
                                      Les grenouilles bleues, les poissons-clowns
                                      Et s'envola sur le dos d'un oiseau aux ailes pointues

lundi 5 juin 2017

L'ORIGINE DU MONDE


Quelle que soit notre foi, il faut bien admettre que nous sommes tous les descendants d'une mère originelle. Qu'elle s'appelle Brigitte, Marilyn ou Aïcha importe peu, puisque nous lui sommes redevables d'être ici aujourd'hui.

Tiens, pour l'occasion, appelons-la Ève !
Oui, Ève, comme Adam et Ève.
Oui, cette Ève qui s'était régalée d'une savoureuse pomme, condamnant par la même toutes les femmes à assumer le péché originel.

Que serait-il advenu si ce crétin d'Adam avait commis la faute ? 
Serions-nous, pauvres mâles, lapidés en place public, au moindre écart ? Serions-nous déshabillés du regard dans les rues sombres ? Verrions-nous nos salaires amputés de 20 % par rapport aux travailleurs du sexe opposé ? Nos sœurs nous auraient-elles jeté de l'acide au visage, pour avoir seulement osé porter le regard sur une autre ? Et serions-nous aussi obligés d'exposer nos poitrines nues pour manifester notre colère ?

« Ève  lève-toi  et  danse  avec  la  vie, l´écho  de  ta  voix  est  venu  jusqu´à  moi. »