mercredi 31 mai 2017

FEMMES ( * )


J'aime les femmes qui maudissent le vent en sortant de chez le coiffeur. Et aussi celles qui se remaquillent au feu rouge. J'aime celles qui font allègrement craquer la boîte de vitesses, mais qui pestent quand elles ont filé un bas. 

J'aime les femmes qui zappent les films de guerre et celles qui pleurent à la fin de Pretty Woman. Sans oublier celles qui vont au lit avec des chaussettes de flanelle et celles qui ne dorment qu'avec une goutte de Chanel. 

J'aime les femmes parce qu'elles ne rotent pas après avoir bu une bière et parce qu'elles ne comprendront jamais la règle du hors-jeu. 

J'aime les rockeuses, les rôdeuses, les rappeuses, les rameuses, les râleuses, les rieuses, les rêveuses et les suffragettes de la City. Les lionnes et les cougars. Les chiennes de garde et les chattes sur un toit brûlant. Les putes et les députées. 

J'aime les femmes nues et les ingénues. J'aime la femme de Lennon, mais pas les nonnes. J'aime ma petite sœur, mais pas les bonnes sœurs. J'aime les femmes qui luttent, qui crient, qui frappent et qui mordent les salauds. J'aime autant celles qui donnent la vie que celles qui la reprennent. 

Alors oui, j'aime les femmes. Ou plutôt LA Femme à qui j'attribue une majuscule que l'homme ne mérite plus depuis la nuit des temps. 

Et s'il est vrai que sur le corps d'une femme, le chemin le plus court d'un point à un autre est toujours la courbe, je ne prendrai pas de raccourci pour vous offrir un bouquet de mots fleuris dédiés à ces jolis petits animaux tendres et moelleux.
( * ) dédié à Jacqueline Sauvage

mercredi 24 mai 2017

ROUGE NUIT


                                                Une toile sombre, mais apaisante
                                                Une image à la fois tendre et crépusculaire
                                                Brumeuse, mais rassurante
                                                Comme un doux cauchemar accueillant
                                                Un paysage lisse, caressé par un vent gris
                                                Un vent ami, un vent fripon, un vent qui décoiffe
                                                Et, comme un œil espiègle
                                                La Lune qui mate les amants champêtres
                                                Il fait nuit, mais il fait bon se promener
                                                Loup, y es-tu ?
                                                Le loup n'y est pas !
                                                S'il y est, il lutine itou !
                                                Et bonne nuit, les petits !

lundi 22 mai 2017

BLANCHE


On se souvient toujours de son premier amour. Le mien portait le joli prénom de Blanche.

On s'est connu en sixième. Le prof principal avait eu la généreuse idée de créer des binômes entre les bons élèves et les cancres… devinez dans quel camp je me situais ! Voilà comment je me suis retrouvé au premier rang, à côté de la plus jolie nana du collège… et sans doute du monde entier. Soyons clairs, je n'étais pas plus idiot que la moyenne… simplement, j'avais des préoccupations plus importantes que de connaitre le carré de l'hypoténuse et l'accord du participe passé avec l'auxiliaire "avoir".

À l'époque, la majeure partie de mes pensées était accaparée par la cabane que je construisais dans un arbre, le long du canal. J'avais entamé les travaux en été et j'y passais matin et soir, sur le chemin de l'école.

Logiquement le projet devait rester secret. C'était compter sans la curiosité de ma voisine de classe (normal : c'était une fille !). Elle s'étonna un jour d'apercevoir un marteau et une scie au fond de mon cartable. Il fallut bien que je lui raconte mes périples extra-scolaires, et je fus étonné de l'enthousiasme qu'elle leur manifesta. Dès lors, Blanche devenait ma complice et par la même ma principale alliée dans cette entreprise pharaonique.

D'un point de vue purement ouvrier, elle ne m'était d'aucun secours — la seule fois qu'elle utilisa la scie, elle faillit se couper un bras ! Par contre, sur le plan logistique, elle se montrait d'une efficacité redoutable. Je n'avais plus besoin d'aller chaparder des palettes pourries chez le ferrailleur du coin, au risque de perdre mes mollets dans la gueule de son chien enragé. Mon assistante zélée me ravitaillait régulièrement en belles lattes bien lisses. J'ai appris, quelques années plus tard, qu'il s'agissait de véritable plancher en chêne massif, initialement destiné à la salle à manger de ses parents.

Chaque jour, à la sortie des cours, nous passions sur le chantier pour scier du bois, planter quelques clous, consolider l'ensemble. Le samedi, nous y consacrions plusieurs heures… elle, écourtant ses cours de danse et moi, ratant inopinément l'entraînement de football. C'est la raison pour laquelle elle n'intégra jamais le Bolchoï, ni moi, l'équipe de France !

Les travaux avançaient si bien que nous nous étions jurés de passer une nuit entière dans notre palais, l'été suivant (en tout bien, tout honneur !). L'été est venu… pas Blanche. Je ne connaitrai la raison de sa désertion qu'à la rentrée suivante : ses parents étaient partis pour l'Outremer, emportant avec eux mon premier amour.

vendredi 19 mai 2017

AMI-AMIE


Si  vous  me  demandez  si  l'amitié  entre  un  homme et une femme est possible, je réponds oui : mon meilleur pote s'appelle Maria.

Maria est espagnole. J'ai fait sa connaissance en juillet 1986, lors d'un périple à Malaga. Elle est sans conteste la plus belle fille que j'ai jamais fréquentée. Grande, brune, un regard noir et profond, elle possède l'élégance naturelle des Méditerranéennes.

Un an plus tard, quand elle est venue s'installer en France, c'est avec un plaisir infini que je l'ai accueillie dans mon petit appartement. Comme le dernier des imbéciles, j'étais persuadé qu'elle avait fait le déplacement pour moi. C'est donc avec une lourdeur pachydermique que j'ai tenté de la séduire... jusqu'au jour où elle m'a avoué qu'elle n'aimait pas les hommes. Ce à quoi, j'avais répondu : « Ça tombe bien, moi non plus ! ». Je sais, quand je veux, je peux être un véritable boulet !

Il a bien fallu que je me fasse à l'idée que nous ne pourront jamais être autre chose que des amis. Cependant, je me consolais à la seule pensée de la savoir toujours dans mon entourage. Pour être des amis, nous le sommes vraiment, sincèrement, obstinément… et sans arrière-pensées. Si vous saviez le nombre de fois que j'ai chialé dans ses bras quand j'avais des peines de cœur. Elle-même n'a pas été épargnée par ce genre de mésaventures et je l'ai réconfortée de la même manière. Vous n'imaginez pas le nombre de fois qu'elle m'a ramené sur son dos quand je ne tenais plus debout en fin de soirée. Et le nombre de coups de boule que j'ai distribués quand elle avait des embrouilles avec des sales types. Et la fois où elle a pris un coup de couteau qui m'était destiné. Et celle où je l'ai empêché de sauter du haut d'un immeuble... après qu'une jolie poupée blonde l'ait entraînée dans une méchante soirée durant laquelle elle a senti le souffle brûlant de plusieurs hommes sur son corps.

Aujourd'hui, nous avons fait nos vies chacun de notre côté, mais nous restons en contact permanent et c'est toujours avec bonheur que nous nous retrouvons pour de joyeuses virées. Il y a trois ans, pour mon anniversaire, elle m'a offert un pass 3 jours pour le Hellfest qui recevait Alice Cooper. Et la cerise sur le gâteau, c'est qu'elle venait avec moi. Par souci de logistique, nous avions décidé de voyager léger : durant deux nuits, nous allions donc partager la même tente. Ça faisait de nombreuses années que nous n'avions plus dormi sous le même toit et je pensais être vacciné de mes pensées grivoises. Mais quand je l'ai vue en petite culotte et soutien-gorge, si proche de moi, toujours aussi désirable, j'ai bien cru défaillir cent fois.

Alors, si vous me demandez si l'amitié entre un homme et une femme est possible, je réponds oui… mais des fois qu'est-ce que j'en chie !

mercredi 17 mai 2017

50 NUANCES DE ROUGE


                                              La mer est rouge ce soir, c'est la faute au soleil
                                              Des flancs du vaisseau griffé par le corail
                                              Suinte un long magma sanguinolent
                                              « Nous sommes encore loin des Grenadines »
                                              Dis-je à la belle capitaine aux cheveux pourpres
                                              Rubis sur l'ongle et paupières carmin
                                              « Hissez la voile écarlate dans l'ocre du ciel ! »
                                              Rugit-elle aux quarantièmes
                                              Quand l'eau de rose tourne à l'incarnat
                                              Roule et tangue l'esquif rouillé
                                              Puis s'enfonce dans des bulles vermillon
                                              Emportant le roi cramoisi et sa dame Coquelicot

lundi 15 mai 2017

DES FEMMES & DES GUITARES


Qui a-t-il de plus beau qu'une femme, sinon une guitare.
Qui a-t-il de plus beau qu'une guitare, sinon une femme.

Voyez ces formes gourmandes, ces courbes océanes, ces vagues exquises qui nourrissent les fantasmes les plus dissolus.

Ah ! Caresser ces textures veloutées. C'est chaud, c'est soyeux, ça fleure bon la nacre et le santal. Laisser ses doigts arpenter les pleins douillets et les vertigineux déliés. Frôler la corde sensible qui génère l'extase et fait rugir l'impétueux torrent de volupté.

Puis, brancher l'électricité. Soudain, ça grésille, ça ronronne, ça rage et ça tempête. Les sillets se crispent, les frettes se hérissent, les cordes se tendent… il y a de l'orage dans les airs. Il faut alors un ongle d'écaille vernissée pour mâter cette fougue titanesque et ramener l'instrument de tous les désirs vers les berges froissées d'une rivière diamantine.

Et succomber de fatigue dans un ultime riff viscéral !

vendredi 12 mai 2017

FEU


Il faisait sombre dans cette ruelle d'Édimbourg. Une pluie fine me cinglait le visage. Les pubs avaient fermé leurs portes depuis longtemps, me jetant sur le pavé froid, un méchant goût de stout au fond du gosier et du crachin plein les chaussettes. 

Au détour d'un sinistre porche me parvint une voix féminine  : « Give me a light, please ». 

Illico presto, je rassemblai les maigres souvenirs qui me restaient des cours d'Anglais de monsieur Chauveau (« Chauveau est un chameau ! ». Ah ! On savait rire en ce temps-là !!!). "Give me", donne-moi... "a light", une lumière. "Donne-moi une lumière", ça me parait clair. 

Je tendis la petite lampe Maglite qui me suivait dans toutes mes virées nocturnes. 

La voix se mua alors en un rire cristallin. « Oh ! You are French, sorry : tiou donné moâ feuw por mon cigueuwette ? ». Encore une fois, je passai pour un crétin de Froggy auprès d'un sujet de sa gracieuse majesté. 

Vif comme le naja, je dégainai mon Zippo Motörhead et offris ma flamme. 

Le visage de la jeune femme s'alluma. Je découvris un minois limpide, cerné de longues boucles rousses qui dégoulinaient comme une cascade flamboyante. Je vis aussi d'immenses yeux comme des bonbons au miel dans lesquels dansait le feu du briquet. Elle tira une rapide bouffée et lâcha de longues volutes grises dans le ciel sans lune. Puis elle posa ses lèvres sur ma joue hirsute. « Thank you, mister French Lemmy ! ». 

Elle s'est éloignée dans la nuit, laissant derrière elle un délicat parfum de tabac californien et de fleurs fanées.

Encore une fois, je maudissais monsieur Chauveau (... qui est un chameau !!!) de m'avoir appris que "the dog is in the garden" et que "the cat is on the roof"... va caser ça dans une conversation en territoire hostile  !!!

mercredi 10 mai 2017

BANANE


J'a dascendu â d'mon arb' pour ôller la ville. J'a pris l'ôtocar à coin d'lô rue d'là côté du bistrot du Jânot. Â m'dit : « At'vô prende l'ôtocar ? ». Bah, j'a dis : « Bah, oué ! ». 

Eul' chauffeur y m'ô j'té un bizôrre d'œil, y m'a pô pris mes sous… c'est bizôrre ! Dâ l'ôtocar, j'm'a posé à l'côté d'la Jônine. J'la dis : « J'vâ la ville ! ». Â m'dit : « Pourquô tiô vas la ville ? ». « Bah, pôr gôgner des sous, quoâ ! », j'la dis. « Mâââ, gôgne pô d'sous à l'ville ! », âl dit. J'crô qu'âl est un piô zinzin !

A qu'arrive la ville, lô gôrs y m'ôppelle : « Et tiô, tô connais Lô Ride ? ».

— Bô nô, j'cônnais pô Lô Ride !

— Bôh ! Lô Ride l'ô fait un dixe et l'â veut al'pochette !

— Bâ, t'es bêt', j'tiô pô an' pochette môôô !

— Hin ! Hin ! C'est tô qu'est bêt', l'â veut just' tô phôtô !

— Âh, t'a fou toâ, j'mô fous pô à poâl, môôô !

— Bâ nâ, c'est sûr ! Tâ rest' côm' t'es, c'est coul !

Eul' gôrs l'a fait mô phôtô, lô donné à Lô Ride, lô fait un dixe ! Mâââ, gôgne pô d'sous à l'ville !

lundi 8 mai 2017

MONSIEUR SERGE ET LES DAMES


                                                       Monsieur Serge est un dégueu… lasse
                                                       Aux nuits des femmes, il se pré… lasse
                                                       Toujours prêt pour un fesse-à… face
                                                       Il en a fait tanguer des blon… dasses
                                                       Démonter, remonter des cu… lasses
                                                       Dans le cockpit de son bi… place
                                                       Au réveil, pas besoin de lave… glace
                                                       Pour son whisky, un cube de… glace
                                                       Rousses, brunes et blondes, hé… las
                                                       Les a quittées un mois de… mars
                               
                                                       Pour s'envoyer au septième ciel avec une gi… tane

vendredi 5 mai 2017

JOUR APRÈS JOUR


                                                Lundi, c'est raviolis et Pizzarelli
                                                Mardi, c'est moussaka et Moustaki
                                                Mercredi, jour des enfants
                                                Et Slayer aime les enfants... en kebab
                                                Jeudi... ah ! que je dis wok and rollmops !
                                                Vendredi, jour du poisson et Hot Tuna
                                                Samedi, c'est sabbath et c'est noir... désir, désir
                                                Dimanche, jour du Seigneur et du grand Jacques
                                                Je me frotte la panse sur la panse des femmes
                                                Et le huitième jour, Keith Michards se reposa !

mercredi 3 mai 2017

JAUNE


Ça y est, c'est fait... le printemps est là.
La chaleur n'est pas encore tropicale, mais des bourgeons commencent à pointer le bout de leur nez.
Dans les champs et les prés, la vie reprend son cours.
La libellule lisse ses ailes, le campagnol se frise la moustache.
Le pinson frigotte, le geai cajole, la mésange zinzinule.
La jonquille jette ses petits bras clairs à travers la mousse.
Le ciel se teinte de pastel. Le ruisseau joue du flûtiau.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, le printemps me fait immanquablement penser à la couleur jaune.
Jaune comme le soleil au-dessus du lac. Jaune comme le cœur de la pâquerette et le bouton d'or.
Jaune aussi comme les bottes en caoutchouc qu'on met au rebut jusqu'à l'automne.
Et puis jaune comme le bec du merle qui n'en finit pas de gratter la terre.
Jaune comme les pages qu'on consulte pour réserver un week-end en amoureux.

Et surtout jaune comme les rubans que tu mettras dans tes cheveux, quand nous irons nous rouler dans l'herbe tendre.

lundi 1 mai 2017

SOUL MUSIC


A-t-on jamais vu un animal plus stupide que l'homme ?

Avant, tout était simple : il y avait des prairies, des ruisseaux, des petits oiseaux. L'homme pouvait jouir de tout ce que la nature mettait à sa disposition. Il pouvait se balader tout nu dans les champs de fraises pour toujours et traverser des ponts au-dessus de l'eau trouble.

Mais il devait trouver cette vie trop douce. Il s'est alors inventé des dogmes imbéciles pour régenter chacun de ses actes. Fini la quéquette à l'air dans les champs de fraises, interdiction de pisser du haut des ponts. On se met à genou pour parler au ciel et on écarte bien les fesses pour se laisser pénétrer par la foi. Attention, un œil malin te surveille de là-haut et saura te faire payer tes forfaitures le temps venu.

Avant, il y avait des artistes qui mettait leur âme dans des chansons et ça te faisait monter au paradis sans avoir à lécher le cul de personne !