jeudi 28 décembre 2017

PETITE SŒUR


Petite sœur, petite sœur.

Tu te souviens comme on chantait quand on était enfant ? Tu étais Sheila, j'étais Claude François. Et tu te rappelles de nos petits "arrangements" scolaires ? Tu rédigeais mes rédactions, je faisais tes devoirs de techno. Et notre projet de créer une agence de détectives, dotée des instruments les plus modernes de Pif Gadget, tu t'en souviens ? 
On voulait aussi aller jouer au casino de Monaco. Finalement, j'y suis allé tout seul.

Pourquoi je suis parti ? Tu le sais bien, je te l'ai expliqué cent fois : l'océan avait besoin de moi. Tu n'as jamais aimé l'océan. Pourquoi tu es restée ? Tu me l'as dit mille fois : ailleurs te faisait peur. Je n'ai jamais aimé ici.

Petite sœur, petite sœur.

Combien de fois j'ai rêvé que tu venais en vacances chez moi, avec ton mari et tes trois enfants. Oui, tu voulais un mari et trois enfants. Tu voulais aussi des chiens, des chats, des poules et des lapins. J'ai eu des lapins que tu aurais sûrement aimés. Et j'aurais tellement aimé te montrer comment on attrape les étrilles à marée basse.

Petite sœur, petite sœur.

Ce fameux jour, on devait se retrouver au buffet de la gare de Metz. Pourquoi j'ai su dès le départ que tu ne serais pas au rendez-vous ? Pourquoi je n'ai rien fait pour te persuader ? Et pourquoi je n'ai jamais cru à ce "stupide" accident de la route. Tu étais toujours si prudente au volant.

Petite sœur, petite sœur.

Tu étais si timide. Fragile, effacée, blanche, évanescente... si transparente que je me demande si tu as jamais vraiment existé.

Petite sœur, petite sœur..

mardi 26 décembre 2017

ZÈBRE


On sait désormais pourquoi les zèbres sont rayés !

C'est l'hebdomadaire Le Point qui révèle qu'une équipe de chercheurs hongrois et suédois vient de lever un coin du voile. Certes, je mesure l'importance que revêt cette information capitale pour l'avenir de l'humanité, mais je me demande encore comment une idée aussi saugrenue a bien pu germer dans le cerveau de gars qui doivent avoir au moins bac plus 25.

Imaginons : un savant qui se lève le matin avec cette idée en tête. Il téléphone à ses potes savants en leur disant : « Yoh ! Les copains, je me lance dans des recherches pour savoir pourquoi les zèbres sont rayés ».

— Cool, Raymond, mais c'est quand même dommage parce que tu étais bien avancé dans tes
     travaux pour trouver un vaccin contre le sida !
— Bof ! Moi, le sida ça m'a toujours fait chier. Maintenant, je vais pouvoir m'éclater grave au cul
     des zèbres !

À moins que le sujet des recherches ne soit tiré au sort entre tous les chercheurs :

— Pouf ! Pouf ! Ça - se - ra - toi - qui - cher - chera - pourquoi - les - zèbres - ont - des - rayures !
— Merde ! Fait chier, les gars, j'étais pas loin de découvrir une nouvelle énergie pour remplacer
     le nucléaire.
— Désolé, Jean-Pierre, c'est toi qui t'y colle, c'est toi qui t'y colle !

Ou alors, ça arrive à la fin d'une soirée bien arrosée :

— Beuhrrr ! 'coutez-moi, les co… les co-copains, j'va… je va chéché… cherché pourquoâââ
     qu'les zèb… les zèbreuh y z'ont des traits noirs et pis… et pis des traits… pas noirs aussi !
     Wouaih ! J'vais fair… faire ça… rien à fouttt !!!
— Tu déconne, Gérard, t'étais sur le point de prouver l'existence d'autres êtres vivants dans la
     galaxie.
— Beuâââhrrr ! J'me troche… j'me torche le cul 'vec les Mar… les Martiens… tiens !

Et si vous voulez vraiment savoir pourquoi les zèbres sont rayés, achetez Le Point !

vendredi 22 décembre 2017

TATTOO


                                                             Des tattoos, toujours des tattoos
                                                             Des tattoos tout partout
                                                             Des tatouages à tout âge

                                                             Sur un pied, deux grues
                                                             L'autre pied, des stalles
                                                             Des joujoux, des bijoux, sur la joue
                                                             Dans le cou, des cailloux, des z'hiboux
                                                             Sur les genoux, des choux, des poux
                                                             Des fleurs d'oseille, dans les oreilles
                                                             De la farine, sous les narines
                                                             Sur un mollet, des œufs mollets
                                                             Sur l'aut' mollet, la mimolette
                                                             Sur le nombril, poisson d'avril
                                                             Sous les aisselles, l'essaim d'abeilles
                                                             Sur les orteils, les seins de la belle
                                                             Sur le menton, y'a l'téléphon qui son
                                                             Et y'a jamais person, sur les tétons
                                                             Qui y répond, sur le front

                                                             À poil devant ma glace 
                                                             J'ai l'impression de lire
                                                             Le catalogue de La Redoute !

lundi 18 décembre 2017

MISS MARY


Après un concert épique de presque deux heures, Mary revient sur scène pour saluer son public. Un public exigeant, généreux, enthousiaste, qui ne l'a jamais lâchée.

Elle s'empare de sa légendaire Fender T-Bucket bleue et balance l'intro de son plus gros tube : On the Road Tonight.  Une chanson qu'elle a écrite en 10 minutes sur un coin de table.  C'était !…  C'était ?… Oui, c'était en 1978, lors de la tournée européenne en première partie d'Alice Cooper. Les musicos l'avaient d'ailleurs vannée en disant que ça ne marcherait jamais. Fuck you ! Le single s'est arraché à plus de 4 millions d'exemplaires. Alors, les gars, on la ramène moins ?!?

Elle égrène les accords de l'intro avec aisance. Le public s'égosille : « The show is over… to- niiiiiight… Don't be so sad… ba- byyy ! ». Elle reprend la main : « It's time to say… good- byyye… And see you soon… ba- byyy ! ». C'est l'instant qu'attendait Keith Michards, le vieux grognard qui la suit depuis 40 ans, pour plaquer un solo dont il a le secret. La foule est aux anges, 50.000 gorges chauffées à blanc libèrent un « On the road… tooo- niiiiiight ! » qui s'envole tout droit dans le ciel étoilé de Saint-Denis. Le final est dantesque, le son des guitares déchire la nuit avant de s'évaporer dans des volutes d'arpèges cristallins.

Mary aura le dernier mot : « The show is over… tonight… It's time to say… goodbye… On the road… tonight… tooooo- night  ! »

Le tour-bus est déjà en bout de piste. Une douche, une bière et demain… Toulouse !

mercredi 13 décembre 2017

18 ANS


J'ai encore du mal à me remémorer mon 18è anniversaire. Tout ce que je peux vous dire, c'est que je me suis réveillé le lendemain matin au milieu d'un champ, dans une voiture avec ma prof de dessin.

Je me rappelle aussi que mon copain Claude avait mis la maison de son père à ma disposition. Nous étions une bonne quarantaine de soiffards, dont mademoiselle Wirtz (prof de dessin), réunis sous les mirabelliers en fleur.

Dire que l'alcool a coulé à flot est un doux euphémisme, disons plutôt que nous avons surfé sur un océan à 40° ! Parallèlement, le taux de décibels délivrés par la chaîne hifi devait friser celui d'un Breguet Atlantic en phase de décollage. Or, il semblerait que ces nuisances festives aient fortement irrité le voisinage, qui s'est senti obligé d'envoyer la maréchaussée à nos trousses. 

Aux premières lueurs des gyrophares, nous n'avons écouté que notre courage : nous avons fui !

Tel un envol d'étourneaux à l'approche de l'épervier, la meute avinée s'est dispersée. Qui filant à travers champs, qui remontant la rue principale du village, qui se cachant bêtement dans la serre potagère au fond du jardin.

Pour ma part, je ne sais toujours pas comment j'ai bien pu me retrouver dans la Renault 12 TS de mademoiselle Wirtz filant à toute allure dans la nuit.

Le jour d'après, 6 heures du matin, je me réveille avec un troupeau de percherons faisant des claquettes dans ma caboche. Analyse rapide de la situation : je suis dans la voiture de ma prof de dessin, elle ronfle sur la banquette arrière, je me les caille sévère et j'ai envie de vomir… pour le reste, c'est le grand vide intersidéral !

lundi 11 décembre 2017

SERPENT


Le destin est parfois fort taquin !

Rappelez-vous le début de l'histoire : un mec, une nana — chabadabada, chabadabada — à poil dans un jardin ! Ils ont le droit de faire tout ce qu'ils veulent… sauf becqueter une foutue pomme accrochée à un arbre. Sinon, tout le reste, ils peuvent : se lever à midi, se bâfrer de pizzas, se biturer au beaujolais nouveau, jouer au flipper, se trimballer la zigounette à l'air… franchement, la belle vie, quoi !

C'était trop bien pour durer. V'là t'y pas qu'un beau matin, la nénette se prélassait sous le pommier… toujours à poil, j'te rappelle. En levant les yeux, elle vit un boa constrictor (ou une vipère, ou une couleuvre, en fait, le compte-rendu n'est pas très explicite sur ce détail) qui lui tint à peu près ce langage :

— Ouèche, ouèche, la meuf, zi'va, fais pas ta zarbi, sur la têt' de ma mère, j'te r'file ma golden ! Qu'on pourrait traduire par « Oyez ! Gente dame, ne soyez point si hautaine et acceptez derechef que je vous offre un fruit doré tout droit venu de la pommeraie prospère de ma chère maman. »

À ces mots, la greluche ne se sent plus pisser, et pour montrer qu'elle n'est pas creuse du ciboulot, elle ouvre un large clapet et boulotte illico presto le fruit défendu, inventant par la même le péché originel dont on nous rebat les oreilles encore aujourd'hui.

Résultat des courses : grosse colère du Grand Barbu qui colla, séance tenante, un gage à toutes les gonzesses du monde : vaisselle, ménage, enfantement dans la douleur, incapacité à conduire correctement un véhicule motorisé et les seins qui tombent après la quarantaine… la galère, mémère ! 
Le pire, et il serait bon ne pas l'oublier, c'est que désormais le serpent devenait un animal anxiogène. Alors qu'au départ son geste était plein de bienveillance, le voilà maintenant classé parmi les bestioles qui collent les miquettes dès qu'on les croise… vraiment pôôô juste !

Et je ne peux pas m'empêcher d'imaginer quel aurait été le sort du monde si, en lieu et place d'un vilain reptile, c'eût été un gentil petit écureuil qui soudoya la belle.

samedi 9 décembre 2017

REQUIEM POUR UN FOU


Donne-moi ton corps
Pour y vivre et pour y mourir
Aime-moi plus fort
Empêche-moi de me détruire

mercredi 6 décembre 2017

LED ZEP


Comment vous dites : Laide Zépline ? Et vous écrivez ça comme Lénine ou Staline… alors, c'est un orchestre russe ?

Quoi, anglais ? Ohhh ! Moi je me méfie des Anglais ! Déjà, ils ne roulent pas du bon côté de la route… c'est louche, non ? Et puis, ils font cuire des bœufs dans du sirop avec de la menthe et ils sont tous un peu, mmhhh… joyeux… gay, comme ils disent là-bas. Des gens bizarres, quoi ! En plus, il pleut tout le temps en Anglaisie !

Et puis vous avez vu le chanteur avec ses cheveux de fille et sa chemise débraillée. S'il attrape une pneumonie, faudra pas qu'il vienne se plaindre. Enfin, moi, ce que j'en dis ! Et quand je dis chanteur, c'est pour ne pas dire de gros mots. Vous voyez ce que je veux dire ! Celui-là, il doit être très, très joyeux ! Je ne vous fais pas un dessin ! 
Et celui qui joue du tambour, vous avez vu sa dégaine ? Ne dirait-on pas un ours qui sort de sa caverne ? Et mal rasé avec ça. M'étonnerait pas qu'il ait des poux, c't'homme-là ! Même le pianiste a les cheveux longs. D'habitude, les pianistes sont des gens sérieux. Enfin, les pianistes anglais, je ne sais pas !

Vous voulez que je vous dise : avec tout le tintamarre qu'ils font avec leur musique de sauvage, ces gens-là ne sont pas près de vendre des disques… c'est moi qui vous le dis !

lundi 4 décembre 2017

THE WHO


                                               Rendez-vous dans un wagon avec les Who !
                                               Où vont les Who ? Que veulent les Who ?
                                               Quatre garçons dans le vent, les Who ? Non !
                                               Des veaux, les Who, non plus !
                                               Ou alors des veaux d'or, les Who !
                                               Comme dit Léo : « les Who, parce que je le vaux bien ! »
                                               Et il est où Léo ? Loin des Who, Léo !
                                               Les Who à vélo.
                                               Les Who vont vite.
                                               Les Who  devant. 
                                               Les Who de Hurlevent !
                                               Des tours de roue pour les Who.
                                               De vins doux pour les divins Who.
                                               Je veux voir les Who. 
                                               As-tu vu les Who ?
                                               Et où t'as vu les Who, toi ?
                                               Les Who dans le Who's Who.
                                               Les Qui dans le Qui Est Qui !
                                               Oui, mais quid des Who ?

vendredi 1 décembre 2017

TÉTON


J'ai sillonné les océans, j'ai traversé des continents, j'ai parfois risqué ma vie. J'ai pris d'innombrables mesures, établi des relevés topographiques précis, collecté de précieux témoignages. J'ai également rencontré des experts de renommée mondiale et consulté des documents ultra secrets.

Après des années de recherche, d'observation, d'investigation, je suis arrivé à une conclusion imparable et définitive. J'ai beau faire et refaire mes calculs, les comparer avec les études déjà publiées par les savants les plus réputés, tout me ramène à ce résultat : le corps de la femme ne présente aucun angle saillant. Tout est lisse, rond, gracieux, harmonieux.

Toutefois, mon esprit cartésien ne se satisfait pas et j'ai fini par déceler une parcelle féminine mettant en défaut la si brillante théorie. Ce petit bout de femme se situe très exactement au sommet de ses seins, entouré d'une auréole dont la couleur varie entre caramel et chocolat. En temps normal, il se présente sous une forme hémisphérique d'un centimètre à un centimètre et demi de diamètre. Son toucher est doux et moelleux, mais une excitation manuelle ou buccale suffit à le raffermir durablement.

Je n'irai pas jusqu'à prétendre que ce délicat bouton érectile pourrait briser la coquille d'un œuf… mais mon cœur d'artichaut sûrement !

mercredi 29 novembre 2017

CHRISTOPHE


— Nom, prénom ?
Bevilacqua,  Daniel.
— Date et lieu de naissance ?
13  octobre  1945,  Juvisy-sur-Orge.

— Alors m'sieur Christophe, tu la ramènes moins maintenant qu'on t'a chopé ?
Je  ne  sais  pas  ce  que  je  fais  là,  monsieur  le  commissaire.
— C'est ça, fais le malin, mon bonhomme !
Mais  enfin,  qu'est-ce  que  vous  me  reprochez ?

— Ce qu'on te reproche, tu vas le savoir fissa !
Je  nie  tout  en  bloc.
— Ah ouaih ! Tu nies aussi avoir écrit la chanson Aline  en 1965 ?
OK,  ça  j'avoue.

— Tu avoues aussi que cette rengaine ne nous lâche plus depuis ce temps-là ?
Je  n'ai  fait  qu'aligner  des  mots  et  des  arpèges  sur  un  bout  de  papier.
— Et 50 piges plus tard, ça dégouline toujours de bons sentiments !
J'étais  jeune,  je  ne  savais  pas.

— Et Les  Mots  bleus, tu savais pas ? Et Succès  fous ? Et Les  paradis  perdus ?
Encore  des  mots,  toujours  des  mots…
— Et Señorita ? Et Dolce  vita ? Et Petite  fille  du  soleil ? Et Macadam ? Et L'Italie ?
… et  des  petites  notes.

— Aller, avoue que tu fais partie d'une secte !
Une  secte  ?  Oui…
— Yesssss ! J'te tiens, mon salaud !
… la  secte  des  gens  heureux !

lundi 27 novembre 2017

BOB


                                                Hey, 'tit Bob ! Qu'est-ce que tu fais là ?
                                                Tu devrais plutôt rentrer chez ta mère
                                                Et apprendre les tables de multiplication
                                                Si tu veux avoir un bon métier comme ton père
                                                Qui est pharmacien, comme son père
                                                Qui était pharmacien, comme son père…
                                                La nuit va bientôt tomber à la croisée des chemins
                                                Plus personne ne viendra ce soir.

                                                Hey, 'tit Bob ! Qu'est-ce que tu dis ?
                                                Tu veux chanter et faire de la guitare ?
                                                Tu es complètement fou, mon gars !
                                                Ce monde est plein de requins qui te boufferont le cœur
                                                Tu seras sur la route avec des camés
                                                Et un matin, on trouvera ta carcasse dans le caniveau
                                                La nuit est tombée à la croisée des chemins
                                                Au loin, là-bas, une silhouette noire s'avance.

jeudi 23 novembre 2017

LONDRES


Vous voulez que je vous dise un secret ?
Il arrive parfois qu'il pleuve à Londres pendant plusieurs jours d'affilée !

C'est exactement ce qui s'est passé en janvier 1972, quand la classe de 4ème D du collège du Breuil à Talange a débarqué dans la capitale anglaise pour approfondir son angliche spikine.

Lily, ma correspondante, m'accueille sous son petit parapluie rouge à pois noirs. Pendant deux jours, nous sillonnons les rues de la City sous le frêle abri de nylon, tapis comme des oisillons effarouchés par l'averse. Nous ne parlons pas beaucoup, nous rions surtout. Elle s'amuse de mon accent, je me moque de ses bottes fleuries en caoutchouc. Nous mangeons des pâtisseries multicolores et j'achète un Big Ben dans une boule à neige.

Mon plus beau souvenir de Londres ?
La pluie ! La pluie et les yeux dorés de Lily !

lundi 20 novembre 2017

ESPAGNE


Mon amour pour l'Espagne pourrait être total et indéfectible si ce pays ne se rendait pas coupable d'une inqualifiable barbarie envers certains animaux.

Au même titre que la paella et le flamenco, la tauromachie fait partie du folklore espagnol. Spectacle immonde de la mise à mort d'un animal majestueux, affaibli par une série de sévices plus cruels les uns que les autres, sous l'œil admiratif d'une populasse imbibée de sangria.

Pire encore, à la fin de chaque saison de chasse, ce sont des milliers de chiens qui sont abandonnés, mutilés, pendus, brûlés vifs. Cette maltraitance est justifiée par le déshonneur subi par un propriétaire dont le chien aurait mal chassé. Cet affront se doit d'être lavé dans le sang… celui de l'animal, bien entendu.

Je vomis sur ces traditions et ceux qui les perpétuent… et je verse une larme.

dimanche 19 novembre 2017

vendredi 17 novembre 2017

BLACK & WHITE


                                                  Un homme noir aux dents blanches
                                                  Regarde une fille blanche aux yeux noirs
                                                  Deux cœurs rouges passent au vert
                                                  L'ivoire et l'ébène dans un ciel safran
                                                  Se frôlent au soleil de l'hiver
                                                  Neige sur le terril, charbon sous le glacier
                                                  Le cœur noir voit la vie en rose
                                                  Le cœur blanc papillonne
                                                  Un ruisseau glisse dans la vallée
                                                  Profonde et chaude comme un baiser
                                                  Demain verra l'arc-en-ciel
                                                  Colorier le désert

                                                  Le noir et le blanc, c'est l'histoire du monde

mercredi 15 novembre 2017

L'ENFER


Je suis mort ! Vous le croyez ça ?
C'est arrivé cette nuit. 4 heures du mat. Dans mon lit.
Rupture d'anévrisme. Foudroyant. Fatal. Définitif.
Je vous écris de l'Enfer.
Qu'est-ce qui vous étonne ?
Bien sûr qu'on a internet ici-bas !
On n'est pas chez les ploucs !

Dès mon arrivée, j'ai bien compris qu'on nous avait bourré le mou avec toutes ces bondieuseries flippantes. En vérité, j'ai été accueilli par Amy Winehouse et John Bonham. Pour fêter mon arrivée, on est allé dans un troquet tenu par Bon Scott. Georges Brassens et Jim Morrison chantaient des chansons paillardes, pendant qu'Elvis et Marilyn se déhanchaient sur la piste de danse. Puis James Dean a voulu nous emmener dans sa Porsche 550 Spyder, mais nous avons préféré l'hélico de Balavoine. Direction la villa que se partagent Gainsbourg et Bashung... et je peux vous garantir qu'il y a de la meuf au mètre carré ! Ensuite, on a été rejoint par Jimi Hendrix, Phil Lynott, Keith Moon et Janis Joplin qui ont tapé un petit bœuf sympa.

Lucifer en personne s'est occupé du barbecue. Vraiment cool, le mec... pas du tout ce qu'on nous raconte au catéchisme. Et pas prétentieux avec ça. Il nous a chanté une reprise des Stones qu'il a malicieusement intitulée Sympathy for Myself. Marrant, le gars ! Par contre, je vais vous dire un secret... vous le racontez à personne : il ne tient pas l'alcool. Deux shots de vodka, il était rétamé... il s'est endormi dans les bras de Lolo Ferrari !

Bon, après, on a quand même été un peu emmerdé, parce que Mike Brant et Dalida ont essayé de se taper l'incruste. On a beau être en Enfer, c'est des trucs qui se font pas ! Merde, alors ! Heureusement, une bande de Hell's Angels qui avaient fait Altamont sont venus remettre un peu d'ordre dans la carrée. À coups de battes de baseball qu'ils les ont dégagés. Z'étaient pas beaux à voir... déjà qu'avant ils s'étaient pas beaux !

Non, franchement, je ne regrette pas d'être arrivé underground et la seule chose que je peux dire c'est que l'Enfer... c'est le Paradis ! Je vous garde une petite place au chaud ?

lundi 13 novembre 2017

CHIEN ERRANT


Putain, qu'est-ce que je fous au petit matin sur les marches de l'église San Sebastian de Ponta Delgada avec un troupeau de mammouths en rut qui me piétine l'hypothalamus ?

L'œil qui me scrute n'a rien d'humain. Il appartient à un chien pelé qui semble fort désappointé de me trouver vautré sur son territoire.

— Hola ! Como estas, amigo ? me dit-il en se grattant l'oreille.
— BLLLrrofffff, répondis-je en tentant vainement d'amadouer les mammouths.
— Madre de dios, vous n'aviez pas fière allure, hier soir, en sortant de chez la señora Rosie.
— Rosie ? La señora Rosie ? Le bordel au coin de la rue ? Je me rappelle maintenant : des filles
     à gogo, des torrents de sangria… mais après ?…
— … vous vous êtes écrasé comme une merde de goéland sur les marches de mon église !
— Nâ did'jiou ! Vous étiez là, vous avez tout vu ?
— Je vous ai même veillé toute la nuit, montrant parfois les crocs quand quelques malandrins
     lorgnaient sournoisement votre MasterCard.
— Je vous dois donc une fière chandelle !
— Disons que c'est le devoir de solidarité d'un chien errant envers un autre chien errant !

Nous nous sommes séparés dans le petit matin frisquet, reprenant chacun notre hasardeux périple. Depuis, quand je croise un chien miteux dans un port, je lui réserve toujours un petit bout de mon casse-croûte.

Je sais que personne ne va croire cette histoire, pourtant, je vous jure que sur la Terre, tous les chiens parlent la même langue.

vendredi 10 novembre 2017

Hạ LONG


                                      Beauté étoilée de rosée salée, Đào dort                                                                                             Allongée mouillée, après la pêche aux poissons d'or
                                                Alanguie en sari sur le pont d'un sampan
                                                Au fil de l'histoire d'eau dans la baie de Hạ Long
                                                L'ombre des embruns au pied du mât de beaupré
                                                Cheveux noirs dégoulinent sur le teck usé

mercredi 8 novembre 2017

KAWASAKI


Qui n'a jamais fait Newport-Providence (et retour) sur la Kawasaki 125 de Michelle Myers ne sait pas ce qu'est le paradis.

J'ai rencontré Michelle sur les quais de Newport (Rhode Island) en juillet 1980. Rapidement, nous avons sympathisé. Elle m'a trainé dans des salons de thé très chics et fait visiter des mansions huppées. Nous avons assisté à la victoire des Gulls sur les Red Socks et participé à un barbecue de l'U.S. Navy. Nous avons mangé des Donuts sur la pelouse de King Park et des sandwiches à Griswold's Tavern. Nous avons aussi pris un bain de minuit à Nelson Pond et visité le voilier d'Eugène Riguidel.

Et surtout, surtout, nous avons fait Newport-Providence (et retour) sur la Kawasaki 125 de Michelle Myers. Elle tient le guidon, je tiens ses hanches. C'est l'été, il fait chaud, son débardeur en coton moulant est comme une pochette-surprise qui ne demande qu'à dévoiler ses secrets. Et ces secrets-là,  monsieur,  crèvent l'écran !  Newport-Providence,  c'est une soixantaine de kilomètres, collé à une fille toute en courbes exquises. Une petite heure, amarré à un corps tiède, émouvant et mouvant. Ses cheveux bouclés me fouettent le visage. Son parfum fleuri, mêlé à l'odeur du macadam, forment le plus  charmant  des  aphrodisiaques. J'aurais fait cent fois le tour de la Terre (et retour !) sur la Kawasaki 125 de Michelle Myers.

Mais quelle est donc la raison de ce Newport-Providence (et retour) sur la Kawasaki 125 de Michelle Myers, me direz-vous ? Eh bien, nous avions entrepris cette odyssée pour aller nous recueillir sur la tombe de H.P. Lovecraft enterré au Swan Point Cemetery. Elle et moi étions amateurs de littérature fantastique et particulièrement de ce grand auteur américain.

Pour tout souvenir palpable de cette expédition merveilleuse, je garde au cœur de ma bibliothèque la version en anglais de Dagon offerte par mon amie américaine, avec le plus beau des marque-pages : un Polaroid d'elle et de sa Kawasaki 125.

lundi 6 novembre 2017

Q


Bite, couille, zob, nichon, robert, miche, chatte, craquette,  minou,  fion,  derche,  pétard,  joufflu… en dehors du français, existe-t-il d'autres langues proposant un vocabulaire aussi fourni pour désigner les différents attributs sexuels ?

Ne tournons pas autour du pot, chers amis : aujourd'hui, on va parler cul ! Je sais, c'est plus de notre âge, mais ça ne peut pas faire de mal… sauf à ceux qui sont équipés d'une sonde urinaire !

Le cul donc, qui s'affiche en pleine page et en CMJN pour vendre des yaourts au bifidus actif. Le cul qui squatte nos avenues pour vanter des canapés en véritable peau de vaches sacrifiées sur l'autel de notre confort postérieur. Le cul encore, qui dégouline de nos écrans de télévision, servi par des gourdasses botoxées et des crétins à casquette, dont les QI cumulés ne dépasseront jamais celui d'une seule des vaches sus citées .

Le cul omnipotent, le cul omniscient, le cul élevé au rang de dogme universel par les marchands de viande télévisuelle. Le cul vendu comme des mottes de saindoux à une populasse prépubère en mal de reconnaissance médiatique.

Du cul, on en bouffe à toutes les sauces ! Même sur les pochettes de disques… oui, mais  ça c'est de l'art !

vendredi 3 novembre 2017

VIVA LA MUERTE


Ah ! La mort, ça c'est autre chose ! C'est propre, c'est rapide, ça prend à peine un quart de seconde. Couic ! Tu passes du jour à la nuit. Du chaud au froid. Je ne dis pas que c'est toujours marrant... des fois, on en bave. Surtout quand les trous-du-cul de médecins te refusent l'accès à l'au-delà. Et que je te refile une dose de fortifiant, et que je t'électrochoque, et que je te masse le poitrail ! « Oooh ! Tu vas me lâcher les baskets, Ducon, mon heure est arrivée, laisse-moi me barrer peinard ! ». Et l'autre qui me remet un tuyau dans le cul !!!

Finalement, la naissance pourrait être le plus beau jour de la vie... si on pouvait mourir tout de suite après !

mercredi 1 novembre 2017

MUERA LA VIDA


J'ai toujours pensé que la naissance était le pire moment de la vie.

Avant, on est dans un état semi-végétatif confortable. On n'a pas de soucis. On nage dans un océan de douceur. Nourri, logé, blanchi. Cool Raoul, pépère Norbert ! C'est après que les problèmes commencent : d'abord l'école, puis le chômage. Les factures à payer, l'hiver qui n'en finit pas, la bagnole en panne... les autres qui ne sont nés que pour te faire regretter de l'être toi aussi. Et si par bonheur, tu trouves un bon job, alors là, c'est le FISC qui te tombe sur le râble. Et madame qui n'a jamais assez de vêtements dans sa garde-robe. Et les gosses qui n'arrêtent pas de te taper pour le MacDo, la Playstation, le cinoche. Et le chien qui a toujours envie de sortir à l'heure de Téléfoot. Sans oublier les envieux, les aigris, les bas-de-plafond qui convoitent ta femme, tes gosses... et même ton chien.

Non, franchement plutôt mourir que de naître !

lundi 30 octobre 2017

GARÇONS


                                                 Les  garcons  c'est  tous  des  çons
                                                 Qui  pensent  qu'à  nous  mater  les  nissons
                                                 C'est  aussi  des  gros  trous  du  fût
                                                 Quand  ils  nous  pincent  le  cululu
                                                 Ainsi  parlait  madame  Zarathoustra !


Aux yeux des nanas, nous, les garçons, sommes affublés des pires maux de la Terre. On fume, on boit, on pète, on fait la fête, on ne pense qu'à notre compteur-filles. On est tous persuadés d'être des pilotes de Formule 1. On mange la pizza avec les doigts et on boit les bières au goulot.

On glande comme des ramiers. On se vautre sur le canapé pour voir 22 pédales en short courir après la baballe. On a un avis sur tout... on a surtout un avis et on a toujours raison. Aux films intellos comme Pretty Woman on préfère les drames sociologiques comme Rambo. On a une bite à la place du cerveau et, bien souvent, une coquillette au fond du slip. On ne comprend pas que les filles ne comprennent pas la règle du hors-jeu (... pourtant simple, merde !). On maîtrise mieux la scie sauteuse que l'aspirateur. On râle, on pue des pieds, on pisse dans le lavabo, on laisse des poils dans la baignoire...

OK, les filles, pour une fois vous avez raison ! Oui mais, qui change la roue de secours ? Qui vous offre de jolis dessous affriolants ?  Qui  vous  réchauffe  les  pieds au lit ? Qui vous prête sa carte bleue pour aller faire les soldes ? Qui vous amène voir votre mère tous les week-ends ? Qui change la tapisserie  du  salon ? Qui  repeint  les  volets ? Qui promène le chien ? Qui nourrit le poisson rouge ? Hein ???

Donc, s'il vous plait, mesdames et mesdemoiselles, accordez-nous un peu d'indulgence et surtout arrêtez avec votre mauvaise foi permanente !

vendredi 27 octobre 2017

# BALANCE TON PORC


Je les vois d'ici, tous ces culs-bénis qui implorent le ciel à la simple évocation du Hellfest — le festival qui sent le soufre à cent lieues à la ronde. Ils vocifèrent, ils s'époumonent, ils s'égosillent avant de se précipiter vers la chapelle la plus proche pour s'humecter les tympans d'eau bénite, en priant la vierge Marie qu'elle foudroie tous ces hérétiques chevelus.

Puis ils se plongent dans la Bible afin d'y trouver un verset absolvant cette petite gaule qui les chatouille au passage d'un gamin potelé et la main aux fesses de cette allumeuse en minijupe qui n'a finalement que ce qu'elle mérite. Dieu n'a dit-il pas dit qu'il fallait s'aimer les uns les autres ?

Sombres fumiers encravatés, vous grillerez en enfer avant même que le plus humble metalleux n'y pose ses santiagues. Les succubes vous couperont les couilles pour s'en faire des colliers de perles. Puis vous serez livrés à des troupeaux de boucs priapiques qui vous feront subir les mêmes affronts que ceux que vous infligiez à cette gentille petite stagiaire pas très futée qui fondait en larmes dès que vous lui arrachiez sa culotte.

Les porcs finiront en enfer. Ainsi soit-il !

mercredi 25 octobre 2017

VENTÔSE


J'habite en Bretagne.

Cette jolie région présente deux atouts majeurs : les Bretonnes et les fruits de mer… et deux inconvénients : la pluie et le vent. La pluie me fait profondément chier.

Par contre, quand Éole est furax, j'aime aller dans un coin près de chez moi qui s'appelle le Bois de Sapins. Comme son nom l'indique, c'est un lieu piqué d'interminables résineux sur une falaise qui nargue l'océan. Quand le vent du large s'engouffre dans la rade de Brest, il balaie méchamment ce caillou vertigineux.

Je me plante alors face au précipice, les yeux rivés sur l'horizon et les naseaux braqués plein Ouest. Je suis le roi du monde.

                                Je n'm'enfuis pas,  je vole
                                Comprenez bien,  je vole
                                Sans fumée, sans alcool
                                Je vole,  je vole


Peut-être qu'un jour, je ferai un pas de plus. Juste pour voir jusqu'où le vent peut m'emporter…

lundi 23 octobre 2017

BREL


L'inspecteur Colombo entre dans la pièce.

« Ah ! M'sieur Brel, je suis content de vous rencontrer. C'est ma femme qui parle toujours de vous. Elle dit que vous êtes un grand artiste en Belgique. »

Tout en mâchonnant un bout de cigare éteint, il époussette les manches de son pardessus mastic.

« Au fait, vous êtes au courant pour la pauvre Fanette... et son amant ? C'était au mois de juillet, la plage était déserte, ils ont nagé si loin, ils ont nagé si bien qu'on ne les revit pas. Mmmh ! Triste histoire, quand même. Vous connaissiez la Fanette, n'est-ce pas ? Vous étiez amis, c'est ça ? Et vous avez dû en chanter des chansons pour elle. »

Il s'approche d'un guéridon sur lequel est alignée une série de photos.

« Mmmh ! C'est bien le portrait de Fanette ? Faut dire qu'elle était belle et vous n'êtes pas beau. C'est ma femme qui vous trouve beau. On peut dire que vous étiez amoureux d'elle, non ? Euh ! Je veux dire de la Fanette, pas de ma femme ! Hin ! Hin ! »

Maintenant, il regarde l'impressionnante collection de disques d'or accrochés au mur.

« Excusez-moi de vous poser toutes ces questions, m'sieur. Vous comprenez, c'est surtout ma femme que ça intéresse. Et oui, comment expliquer qu'un jeune couple, en pleine santé, ait pu se laisser surprendre par la marée ? C'est étrange, tout de même ? Comme dit ma femme : on ne nous apprend pas à se méfier de tout. »

Il constate alors que des valises sont prêtes.

« Mais je vois que vous partez en voyage. Les Marquises ? Ma femme me dit beaucoup de bien des Marquises. La mer est calme là-bas, on ne risque pas de se noyer. Et puis, il n'y a pas de mauvaises langues pour dire que la Fanette et son amant ont ri quand ils vous ont vu pleurer. Oui, c'est ma femme qui l'a entendu au drugstore. D'autres disent même qu'ils ont chanté quand vous les avez maudits. Mais tout ça, c'est des ragots, n'est-ce pas, m'sieur ? »

Le chauffeur emporte les bagages.

« Ne partez pas si vite, m'sieur Brel. On dirait que vous fuyez. Vous et moi savons que vous n'avez rien à voir dans ce terrible accident, n'est-ce pas ? C'est bien ce que je pensais. C'est ma femme qui va être rassurée. Je vous ai dit que ma femme vous aimait beaucoup ? Mais j'y pense : j'ai oublié de vous demander ce que vous faisiez ce fameux jour de juillet. Mmmh ! Vous étiez à Amsterdam. Mais bien sûr ! Ma femme me parle souvent d'Amsterdam.»

Désormais, la pièce est vide. L'inspecteur Colombo tente vainement d'allumer son bout de cigare. Il feuillette son carnet de notes, se gratte la tête avec perplexité. Un éclair de lucidité vient de traverser son cerveau. Il se précipite dans le couloir, dévale les escaliers et parvient à rattraper Jacques Brel avant qu'il ne monte dans un taxi.

« Au fait, m'sieur, je crois que nous sommes appelés à nous revoir très bientôt. Oui, j'ai l'intention de visiter les Marquises avec ma femme. Peut-être que nous pourrions passer vous voir, à l'occasion ? Elle serait si contente de vous rencontrer. »

vendredi 20 octobre 2017

LUCY IN THE SKY WITH DIAMONDS


Posons nos flingues, nos couteaux, nos tronçonneuses et nos nunchakus. Asseyons-nous dans un champ de fraises, à l'ombre des cerisiers en fleur.

Sortons les bouteilles de Pschitt et les Chupa Chups au caramel. Les filles porteront de longues robes légères et des corsages fleuris. Les garçons, des pantalons de flanelle et des boléros fleuris eux aussi. Laissons nos cheveux (ou ce qui l'en reste !) flotter dans le vent guilleret d'un début de printemps.

Dans le ciel, pas un nuage, mais Lucy avec des diamants. 

mercredi 18 octobre 2017

ÉTOILES


En fin de bringue, il m'arrivait parfois d'aller jeter mon corps plein d'alcool sur le sable de Mtsanga Fany. Les doigts enfoncés dans l'océan Indien, je plongeai mes yeux dans les étoiles.

Une nuit plus chaude que d'habitude, sous un ciel plus clair, une jolie Mahoraise vint se glisser au creux de ma plage. Son corps était fin comme la coque d'un prao et sa peau 100 % cacao. Des perles multicolores ornaient ses cheveux. Elle a dit « Oukou mwema ! » et a posé ses lèvres sur mon ventre. J'ai dit « Bonsoir ! » aussi et j'ai posé mes yeux sur ses petits seins pointus.

Elle m'a monté à cru. Elle était jeune, mais experte. Je l'ai laissée me prendre. Elle était l'amazone, j'étais le pur-sang... plutôt le Percheron dont elle labourait la carcasse usée à coups de griffes perfides. Le spectacle que j'avais sous les yeux était digne d'une production hollywoodienne : vision en contre-plongée d'une fille, belle comme un rouleau de réglisse, sur fond bleu-nuit d'un ciel des tropiques.

Et je vous jure que cette nuit-là, j'ai vu quelques étoiles me faire des clins d'œil...

lundi 16 octobre 2017

TRISTEZA ENEMIGO


                                                              C'est  un  chemin  que  j'ai  suivi
                                                              Bordé  de  ronces  et  d'orties
                                                              Je  l'ai  cloué  sur  mes  bras  
                                                              Je  l'ai  tatoué  dans  le  cœur

                                                              Des  fois  je  l'appelle  mélancolie
                                                              Et  encore  blues  et  spleen
                                                              Mon  âme  sœur,  ma  belle  amie
                                                              Je  suis  bien  dans  tes  draps

                                                              Je  ne  suis  heureux  que  triste
                                                              Et  triste  plutôt  que  mort
                                                              Mon  soleil  s'est  éclipsé
                                                              Depuis  l'aube,  je  suis  en  deuil

vendredi 13 octobre 2017

… ROCK 'N' ROLL


Sur scène, le groupe égrenait les standards de Johnny Cash et Kris Kristofferson.

Je l'ai regardée longtemps danser dans la fumée.

Ses lèvres écarlates étaient comme des sémaphores dans le brouillard, attirant les cœurs égarés vers de troublants écueils.

Quand elle s'est accoudée près de moi au bar, j'ai dit : « Goudeuh dand-sseur ! ».

« Thanks lil' Frenchy ! » m'a-t-elle répondu. Sacré vind'jiou, comment avait-elle deviné ?!?

Je lui ai payé une Bud. Elle m'a payé une Bud. Je lui ai payé une Bud…

On a parlé… peu. On a ri… beaucoup.

On a bu. On a pissé. On a rebu. On a repissé…

Finalement, on a dormi dans son pick-up.

Au petit matin, devant les œufs brouillés, elle m'a proposé de la suivre jusqu'à son ranch du Colorado. Impossible, on m'attendait à Memphis, Tennessee.

On s'est donc quitté comme on s'était rencontré : par hasard.

Quand le Dodge Dakota s'est évaporé dans la poussière du lointain, je me suis rendu compte que je ne lui avais même pas demandé son nom.

Bah ! Je l'appellerai simplement Miss Rock and Roll !

mercredi 11 octobre 2017

… DRUGS &…


                                                               Amphétamine, tu me mines
                                                               Et mescaline, tu me ruines
                                                               Héroïne plus cocaïne
                                                               C'est assurée une mort fine
                                
                                                               La souris déglingue
                                                               Et l'ecsta rend dingue
                                                               Le cannabis dépeuple
                                                               Comme l'opium du peuple

                                                               — Moi  ma  drogue,  c'est  l'alcool
                                                                   Je  suis  d'la  vieille  école
                                                                   Quand  j'fume  du  hasch
                                                                   Ça  m'donne  pas  d'flash
(Luc Plamondon)

lundi 9 octobre 2017

SEX &…


                                                               Ce soir, volerons vers Alex…
                                                               Andrie, ma chère Alex…
                                                               Andra, dans un duplex
                                                               Sur votre corps convexe
                                                               Corseté de latex
                                                               Glisserai sans complexe
                                                               Un inquisiteur index
                                                               Sans que cela vous vexe
                                                               Et par un prompt réflexe
                                                               Emboîter mon apex
                                                               Ferme comme un silex          
                                                               En votre doux vortex
                                                               Si nos amours annexes
                                                               Vous rendent perplexe
                                                               Demain, câline Alex
                                                               Pleurez sur un Kleenex

vendredi 6 octobre 2017

LIKE


Aujourd'hui, j'ai envie d'aimer tout le monde : les gros, les petits, les poilus, ceux qui pètent dans l'ascenseur. Ceux qui parlent pour ne rien dire à ceux qui ne disent rien quand ils parlent. Les golfeurs, les gaffeurs, les surfeurs, les sniffeurs, les hommes politiques qui trimbalent des valises de billets, les enculeurs de coccinelles. Les batteurs manchots, les bassistes culs-de-jatte, les chanteurs asthmatiques et les cantatrices chauves. Les buveurs d'eau, les mangeurs de crottes de nez, les vomisseurs de pizzas. Ceux qui ont des carottes dans les cheveux, les Flamandes, les marins qui se mouchent dans les étoiles. Ceux qui ont toujours oublié de peser leurs légumes, arrivés à la caisse, ceux qui passent devant tout le monde à la boulangerie, ceux qui sont sur Facebook, les accros du portable, les drogués de la télé-réalité, ceux qui flatulent plus haut que leur rectum... et même ceux qui écoutent du jazz !

mercredi 4 octobre 2017

LE ROI


Et un et deux et trois
    Ils étaient trois petits rois
        Partis faire la guerre de Troie
            Chevauchant leurs palefrois

                    Le premier était hongrois
                        Le deuxième de l'Île de Groix
                            L'autre de la ville de Troyes
                                Chacun plein de sang-froid

                                      Arrivés dans Charleroi
                                          Ils montèrent au beffroi
                                              La vue les remplit tant d'effroi
                                                  Qu'ils firent le signe de croix

                                                           La ville était en proie
                                                               Au plus sombre désarroi
                                                                   Pas un mur, pas une paroi
                                                                       Ne se tenaient droits

                                                                                Un méchant vent de noroît
                                                                                    Leur porte un coup de froid
                                                                                        Qui sitôt les foudroie
                                                                                            Les laissant morts à l'endroit

                                                                                                   Il n'y aura pas de guerre de Troie
                                                                                                       Tous les soldats sans rois
                                                                                                           Sont partis, je crois
                                                                                                               Retrouver leurs... REINES