lundi 20 novembre 2017

ESPAGNE


Mon amour pour l'Espagne pourrait être total et indéfectible si ce pays ne se rendait pas coupable d'une inqualifiable barbarie envers certains animaux.

Au même titre que la paella et le flamenco, la tauromachie fait partie du folklore espagnol. Spectacle immonde de la mise à mort d'un animal majestueux, affaibli par une série de sévices plus cruels les uns que les autres, sous l'œil admiratif d'une populasse imbibée de sangria.

Pire encore, à la fin de chaque saison de chasse, ce sont des milliers de chiens qui sont abandonnés, mutilés, pendus, brûlés vifs. Cette maltraitance est justifiée par le déshonneur subi par un propriétaire dont le chien aurait mal chassé. Cet affront se doit d'être lavé dans le sang… celui de l'animal, bien entendu.

Je vomis sur ces traditions et ceux qui les perpétuent… et je verse une larme.

dimanche 19 novembre 2017

vendredi 17 novembre 2017

BLACK & WHITE


                                                  Un homme noir aux dents blanches
                                                  Regarde une fille blanche aux yeux noirs
                                                  Deux cœurs rouges passent au feu vert
                                                  L'ivoire et l'ébène dans un ciel safran
                                                  Se frôlent au soleil de l'hiver
                                                  Neige sur le terril, charbon sous le glacier
                                                  Le cœur noir voit la vie en rose
                                                  Le cœur blanc papillonne
                                                  Un ruisseau glisse dans la vallée
                                                  Profonde et chaude comme un baiser
                                                  Demain verra l'arc-en-ciel
                                                  Colorier le désert

                                                  Le noir et le blanc, c'est l'histoire du monde

mercredi 15 novembre 2017

L'ENFER


Je suis mort ! Vous le croyez ça ?
C'est arrivé cette nuit. 4 heures du mat. Dans mon lit.
Rupture d'anévrisme. Foudroyant. Fatal. Définitif.
Je vous écris de l'Enfer.
Qu'est-ce qui vous étonne ?
Bien sûr qu'on a internet ici-bas !
On n'est pas chez les ploucs !

Dès mon arrivée, j'ai bien compris qu'on nous avait bourré le mou avec toutes ces bondieuseries flippantes. En vérité, j'ai été accueilli par Amy Winehouse et John Bonham. Pour fêter mon arrivée, on est allé dans un troquet tenu par Bon Scott. Georges Brassens et Jim Morrison chantaient des chansons paillardes, pendant qu'Elvis et Marilyn se déhanchaient sur la piste de danse. Puis James Dean a voulu nous emmener dans sa Porsche 550 Spyder, mais nous avons préféré l'hélico de Balavoine. Direction la villa que se partagent Gainsbourg et Bashung... et je peux vous garantir qu'il y a de la meuf au mètre carré ! Ensuite, on a été rejoint par Jimi Hendrix, Phil Lynott, Keith Moon et Janis Joplin qui ont tapé un petit bœuf sympa.

Lucifer en personne s'est occupé du barbecue. Vraiment cool, le mec... pas du tout ce qu'on nous raconte au catéchisme. Et pas prétentieux avec ça. Il nous a chanté une reprise des Stones qu'il a malicieusement intitulée Sympathy for Myself. Marrant, le gars ! Par contre, je vais vous dire un secret... vous le racontez à personne : il ne tient pas l'alcool. Deux shots de vodka, il était rétamé... il s'est endormi dans les bras de Lolo Ferrari !

Bon, après, on a quand même été un peu emmerdé, parce que Mike Brant et Dalida ont essayé de se taper l'incruste. On a beau être en Enfer, c'est des trucs qui se font pas ! Merde, alors ! Heureusement, une bande de Hell's Angels qui avaient fait Altamont sont venus remettre un peu d'ordre dans la carrée. À coups de battes de baseball qu'ils les ont dégagés. Z'étaient pas beaux à voir... déjà qu'avant ils s'étaient pas beaux !

Non, franchement, je ne regrette pas d'être arrivé underground et la seule chose que je peux dire c'est que l'Enfer... c'est le Paradis ! Je vous garde une petite place au chaud ?

lundi 13 novembre 2017

CHIEN ERRANT


Putain, qu'est-ce que je fous au petit matin sur les marches de l'église San Sebastian de Ponta Delgada avec un troupeau de mammouths en rut qui me piétine l'hypothalamus ?

L'œil qui me scrute n'a rien d'humain. Il appartient à un chien pelé qui semble fort désappointé de me trouver vautré sur son territoire.

— Hola ! Como estas, amigo ? me dit-il en se grattant l'oreille.
— BLLLrrofffff, répondis-je en tentant vainement d'amadouer les mammouths.
— Madre de dios, vous n'aviez pas fière allure, hier soir, en sortant de chez la señora Rosie.
— Rosie ? La señora Rosie ? Le bordel au coin de la rue ? Je me rappelle maintenant : des filles
     à gogo, des torrents de sangria… mais après ?…
— … vous vous êtes écrasé comme une merde de goéland sur les marches de mon église !
— Nâ did'jiou ! Vous étiez là, vous avez tout vu ?
— Je vous ai même veillé toute la nuit, montrant parfois les crocs quand quelques malandrins
     lorgnaient sournoisement votre MasterCard.
— Je vous dois donc une fière chandelle !
— Disons que c'est le devoir de solidarité d'un chien errant envers un autre chien errant !

Nous nous sommes séparés dans le petit matin frisquet, reprenant chacun notre hasardeux périple. Depuis, quand je croise un chien miteux dans un port, je lui réserve toujours un petit bout de mon casse-croûte.

Je sais que personne ne va croire cette histoire, pourtant, je vous jure que sur la Terre, tous les chiens parlent la même langue.

vendredi 10 novembre 2017

Hạ LONG


                                                Allongée mouillée, après la pêche aux poissons d'or
                                                Beauté étoilée de rosée salée, Đào dort
                                                Alanguie en sari sur le pont d'un sampan
                                                Au fil de l'histoire d'eau dans la baie de Hạ Long
                                                L'ombre des embruns au pied du mât de beaupré
                                                Cheveux noirs dégoulinent sur le teck usé

mercredi 8 novembre 2017

KAWASAKI


Qui n'a jamais fait Newport-Providence (et retour) sur la Kawasaki 125 de Michelle Myers ne sait pas ce qu'est le paradis.

J'ai rencontré Michelle sur les quais de Newport (Rhode Island) en juillet 1980. Rapidement, nous avons sympathisé. Elle m'a trainé dans des salons de thé très chics et fait visiter des mansions huppées. Nous avons assisté à la victoire des Gulls sur les Red Socks et participé à un barbecue de l'U.S. Navy. Nous avons mangé des Donuts sur la pelouse de King Park et des sandwiches à Griswold's Tavern. Nous avons aussi pris un bain de minuit à Nelson Pond et visité le voilier d'Eugène Riguidel.

Et surtout, surtout, nous avons fait Newport-Providence (et retour) sur la Kawasaki 125 de Michelle Myers. Elle tient le guidon, je tiens ses hanches. C'est l'été, il fait chaud, son débardeur en coton moulant est comme une pochette-surprise qui ne demande qu'à dévoiler ses secrets. Et ces secrets-là,  monsieur,  crèvent l'écran !  Newport-Providence,  c'est une soixantaine de kilomètres, collé à une fille toute en courbes exquises. Une petite heure, amarré à un corps tiède, émouvant et mouvant. Ses cheveux bouclés me fouettent le visage. Son parfum fleuri, mêlé à l'odeur du macadam, forment le plus  charmant  des  aphrodisiaques. J'aurais fait cent fois le tour de la Terre (et retour !) sur la Kawasaki 125 de Michelle Myers.

Mais quelle est donc la raison de ce Newport-Providence (et retour) sur la Kawasaki 125 de Michelle Myers, me direz-vous ? Eh bien, nous avions entrepris cette odyssée pour aller nous recueillir sur la tombe de H.P. Lovecraft enterré au Swan Point Cemetery. Elle et moi étions amateurs de littérature fantastique et particulièrement de ce grand auteur américain.

Pour tout souvenir palpable de cette expédition merveilleuse, je garde au cœur de ma bibliothèque la version en anglais de Dagon offerte par mon amie américaine, avec le plus beau des marque-pages : un Polaroid d'elle et de sa Kawasaki 125.

lundi 6 novembre 2017

Q


Bite, couille, zob, nichon, robert, miche, chatte, craquette,  minou,  fion,  derche,  pétard,  joufflu… en dehors du français, existe-t-il d'autres langues proposant un vocabulaire aussi fourni pour désigner les différents attributs sexuels ?

Ne tournons pas autour du pot, chers amis : aujourd'hui, on va parler cul ! Je sais, c'est plus de notre âge, mais ça ne peut pas faire de mal… sauf à ceux qui sont équipés d'une sonde urinaire !

Le cul donc, qui s'affiche en pleine page et en CMJN pour vendre des yaourts au bifidus actif. Le cul qui squatte nos avenues pour vanter des canapés en véritable peau de vaches sacrifiées sur l'autel de notre confort postérieur. Le cul encore, qui dégouline de nos écrans de télévision, servi par des gourdasses botoxées et des crétins à casquette, dont les QI cumulés ne dépasseront jamais celui d'une seule des vaches sus citées .

Le cul omnipotent, le cul omniscient, le cul élevé au rang de dogme universel par les marchands de viande télévisuelle. Le cul vendu comme des mottes de saindoux à une populasse prépubère en mal de reconnaissance médiatique.

Du cul, on en bouffe à toutes les sauces ! Même sur les pochettes de disques… oui, mais  ça c'est de l'art !

vendredi 3 novembre 2017

VIVA LA MUERTE


Ah ! La mort, ça c'est autre chose ! C'est propre, c'est rapide, ça prend à peine un quart de seconde. Couic ! Tu passes du jour à la nuit. Du chaud au froid. Je ne dis pas que c'est toujours marrant... des fois, on en bave. Surtout quand les trous-du-cul de médecins te refusent l'accès à l'au-delà. Et que je te refile une dose de fortifiant, et que je t'électrochoque, et que je te masse le poitrail ! « Oooh ! Tu vas me lâcher les baskets, Ducon, mon heure est arrivée, laisse-moi me barrer peinard ! ». Et l'autre qui me remet un tuyau dans le cul !!!

Finalement, la naissance pourrait être le plus beau jour de la vie... si on pouvait mourir tout de suite après !

mercredi 1 novembre 2017

MUERA LA VIDA


J'ai toujours pensé que la naissance était le pire moment de la vie.

Avant, on est dans un état semi-végétatif confortable. On n'a pas de soucis. On nage dans un océan de douceur. Nourri, logé, blanchi. Cool Raoul, pépère Norbert ! C'est après que les problèmes commencent : d'abord l'école, puis le chômage. Les factures à payer, l'hiver qui n'en finit pas, la bagnole en panne... les autres qui ne sont nés que pour te faire regretter de l'être toi aussi. Et si par bonheur, tu trouves un bon job, alors là, c'est le FISC qui te tombe sur le râble. Et madame qui n'a jamais assez de vêtements dans sa garde-robe. Et les gosses qui n'arrêtent pas de te taper pour le MacDo, la Playstation, le cinoche. Et le chien qui a toujours envie de sortir à l'heure de Téléfoot. Sans oublier les envieux, les aigris, les bas-de-plafond qui convoitent ta femme, tes gosses... et même ton chien.

Non, franchement plutôt mourir que de naître !

lundi 30 octobre 2017

GARÇONS


                                                 Les  garcons  c'est  tous  des  çons
                                                 Qui  pensent  qu'à  nous  mater  les  nissons
                                                 C'est  aussi  des  gros  trous  du  fût
                                                 Quand  ils  nous  pincent  le  cululu
                                                 Ainsi  parlait  madame  Zarathoustra !


Aux yeux des nanas, nous, les garçons, sommes affublés des pires maux de la Terre. On fume, on boit, on pète, on fait la fête, on ne pense qu'à notre compteur-filles. On est tous persuadés d'être des pilotes de Formule 1. On mange la pizza avec les doigts et on boit les bières au goulot.

On glande comme des ramiers. On se vautre sur le canapé pour voir 22 pédales en short courir après la baballe. On a un avis sur tout... on a surtout un avis et on a toujours raison. Aux films intellos comme Pretty Woman on préfère les drames sociologiques comme Rambo. On a une bite à la place du cerveau et, bien souvent, une coquillette au fond du slip. On ne comprend pas que les filles ne comprennent pas la règle du hors-jeu (... pourtant simple, merde !). On maîtrise mieux la scie sauteuse que l'aspirateur. On râle, on pue des pieds, on pisse dans le lavabo, on laisse des poils dans la baignoire...

OK, les filles, pour une fois vous avez raison ! Oui mais, qui change la roue de secours ? Qui vous offre de jolis dessous affriolants ?  Qui  vous  réchauffe  les  pieds au lit ? Qui vous prête sa carte bleue pour aller faire les soldes ? Qui vous amène voir votre mère tous les week-ends ? Qui change la tapisserie  du  salon ? Qui  repeint  les  volets ? Qui promène le chien ? Qui nourrit le poisson rouge ? Hein ???

Donc, s'il vous plait, mesdames et mesdemoiselles, accordez-nous un peu d'indulgence et surtout arrêtez avec votre mauvaise foi permanente !

vendredi 27 octobre 2017

# BALANCE TON PORC


Je les vois d'ici, tous ces culs-bénis qui implorent le ciel à la simple évocation du Hellfest — le festival qui sent le soufre à cent lieues à la ronde. Ils vocifèrent, ils s'époumonent, ils s'égosillent avant de se précipiter vers la chapelle la plus proche pour s'humecter les tympans d'eau bénite, en priant la vierge Marie qu'elle foudroie tous ces hérétiques chevelus.

Puis ils se plongent dans la Bible afin d'y trouver un verset absolvant cette petite gaule qui les chatouille au passage d'un gamin potelé et la main aux fesses de cette allumeuse en minijupe qui n'a finalement que ce qu'elle mérite. Dieu n'a dit-il pas dit qu'il fallait s'aimer les uns les autres ?

Sombres fumiers encravatés, vous grillerez en enfer avant même que le plus humble metalleux n'y pose ses santiagues. Les succubes vous couperont les couilles pour s'en faire des colliers de perles. Puis vous serez livrés à des troupeaux de boucs priapiques qui vous feront subir les mêmes affronts que ceux que vous infligiez à cette gentille petite stagiaire pas très futée qui fondait en larmes dès que vous lui arrachiez sa culotte.

Les porcs finiront en enfer. Ainsi soit-il !

mercredi 25 octobre 2017

VENTÔSE


J'habite en Bretagne.

Cette jolie région présente deux atouts majeurs : les Bretonnes et les fruits de mer… et deux inconvénients : la pluie et le vent. La pluie me fait profondément chier.

Par contre, quand Éole est furax, j'aime aller dans un coin près de chez moi qui s'appelle le Bois de Sapins. Comme son nom l'indique, c'est un lieu piqué d'interminables résineux sur une falaise qui nargue l'océan. Quand le vent du large s'engouffre dans la rade de Brest, il balaie méchamment ce caillou vertigineux.

Je me plante alors face au précipice, les yeux rivés sur l'horizon et les naseaux braqués plein Ouest. Je suis le roi du monde.

                                Je n'm'enfuis pas,  je vole
                                Comprenez bien,  je vole
                                Sans fumée, sans alcool
                                Je vole,  je vole


Peut-être qu'un jour, je ferai un pas de plus. Juste pour voir jusqu'où le vent peut m'emporter…

lundi 23 octobre 2017

BREL


L'inspecteur Colombo entre dans la pièce.

« Ah ! M'sieur Brel, je suis content de vous rencontrer. C'est ma femme qui parle toujours de vous. Elle dit que vous êtes un grand artiste en Belgique. »

Tout en mâchonnant un bout de cigare éteint, il époussette les manches de son pardessus mastic.

« Au fait, vous êtes au courant pour la pauvre Fanette... et son amant ? C'était au mois de juillet, la plage était déserte, ils ont nagé si loin, ils ont nagé si bien qu'on ne les revit pas. Mmmh ! Triste histoire, quand même. Vous connaissiez la Fanette, n'est-ce pas ? Vous étiez amis, c'est ça ? Et vous avez dû en chanter des chansons pour elle. »

Il s'approche d'un guéridon sur lequel est alignée une série de photos.

« Mmmh ! C'est bien le portrait de Fanette ? Faut dire qu'elle était belle et vous n'êtes pas beau. C'est ma femme qui vous trouve beau. On peut dire que vous étiez amoureux d'elle, non ? Euh ! Je veux dire de la Fanette, pas de ma femme ! Hin ! Hin ! »

Maintenant, il regarde l'impressionnante collection de disques d'or accrochés au mur.

« Excusez-moi de vous poser toutes ces questions, m'sieur. Vous comprenez, c'est surtout ma femme que ça intéresse. Et oui, comment expliquer qu'un jeune couple, en pleine santé, ait pu se laisser surprendre par la marée ? C'est étrange, tout de même ? Comme dit ma femme : on ne nous apprend pas à se méfier de tout. »

Il constate alors que des valises sont prêtes.

« Mais je vois que vous partez en voyage. Les Marquises ? Ma femme me dit beaucoup de bien des Marquises. La mer est calme là-bas, on ne risque pas de se noyer. Et puis, il n'y a pas de mauvaises langues pour dire que la Fanette et son amant ont ri quand ils vous ont vu pleurer. Oui, c'est ma femme qui l'a entendu au drugstore. D'autres disent même qu'ils ont chanté quand vous les avez maudits. Mais tout ça, c'est des ragots, n'est-ce pas, m'sieur ? »

Le chauffeur emporte les bagages.

« Ne partez pas si vite, m'sieur Brel. On dirait que vous fuyez. Vous et moi savons que vous n'avez rien à voir dans ce terrible accident, n'est-ce pas ? C'est bien ce que je pensais. C'est ma femme qui va être rassurée. Je vous ai dit que ma femme vous aimait beaucoup ? Mais j'y pense : j'ai oublié de vous demander ce que vous faisiez ce fameux jour de juillet. Mmmh ! Vous étiez à Amsterdam. Mais bien sûr ! Ma femme me parle souvent d'Amsterdam.»

Désormais, la pièce est vide. L'inspecteur Colombo tente vainement d'allumer son bout de cigare. Il feuillette son carnet de notes, se gratte la tête avec perplexité. Un éclair de lucidité vient de traverser son cerveau. Il se précipite dans le couloir, dévale les escaliers et parvient à rattraper Jacques Brel avant qu'il ne monte dans un taxi.

« Au fait, m'sieur, je crois que nous sommes appelés à nous revoir très bientôt. Oui, j'ai l'intention de visiter les Marquises avec ma femme. Peut-être que nous pourrions passer vous voir, à l'occasion ? Elle serait si contente de vous rencontrer. »

vendredi 20 octobre 2017

LUCY IN THE SKY WITH DIAMONDS


Posons nos flingues, nos couteaux, nos tronçonneuses et nos nunchakus. Asseyons-nous dans un champ de fraises, à l'ombre des cerisiers en fleur.

Sortons les bouteilles de Pschitt et les Chupa Chups au caramel. Les filles porteront de longues robes légères et des corsages fleuris. Les garçons, des pantalons de flanelle et des boléros fleuris eux aussi. Laissons nos cheveux (ou ce qui l'en reste !) flotter dans le vent guilleret d'un début de printemps.

Dans le ciel, pas un nuage, mais Lucy avec des diamants. 

mercredi 18 octobre 2017

ÉTOILES


En fin de bringue, il m'arrivait parfois d'aller jeter mon corps plein d'alcool sur le sable de Mtsanga Fany. Les doigts enfoncés dans l'océan Indien, je plongeai mes yeux dans les étoiles.

Une nuit plus chaude que d'habitude, sous un ciel plus clair, une jolie Mahoraise vint se glisser au creux de ma plage. Son corps était fin comme la coque d'un prao et sa peau 100 % cacao. Des perles multicolores ornaient ses cheveux. Elle a dit « Oukou mwema ! » et a posé ses lèvres sur mon ventre. J'ai dit « Bonsoir ! » aussi et j'ai posé mes yeux sur ses petits seins pointus.

Elle m'a monté à cru. Elle était jeune, mais experte. Je l'ai laissée me prendre. Elle était l'amazone, j'étais le pur-sang... plutôt le Percheron dont elle labourait la carcasse usée à coups de griffes perfides. Le spectacle que j'avais sous les yeux était digne d'une production hollywoodienne : vision en contre-plongée d'une fille, belle comme un rouleau de réglisse, sur fond bleu-nuit d'un ciel des tropiques.

Et je vous jure que cette nuit-là, j'ai vu quelques étoiles me faire des clins d'œil...

lundi 16 octobre 2017

TRISTEZA ENEMIGO


                                                              C'est  un  chemin  que  j'ai  suivi
                                                              Bordé  de  ronces  et  d'orties
                                                              Je  l'ai  cloué  sur  mes  bras  
                                                              Je  l'ai  tatoué  dans  le  cœur

                                                              Des  fois  je  l'appelle  mélancolie
                                                              Et  encore  blues  et  spleen
                                                              Mon  âme  sœur,  ma  belle  amie
                                                              Je  suis  bien  dans  tes  draps

                                                              Je  ne  suis  heureux  que  triste
                                                              Et  triste  plutôt  que  mort
                                                              Mon  soleil  s'est  éclipsé
                                                              Depuis  l'aube,  je  suis  en  deuil

vendredi 13 octobre 2017

… ROCK 'N' ROLL


Sur scène, le groupe égrenait les standards de Johnny Cash et Kris Kristofferson.

Je l'ai regardée longtemps danser dans la fumée.

Ses lèvres écarlates étaient comme des sémaphores dans le brouillard, attirant les cœurs égarés vers de troublants écueils.

Quand elle s'est accoudée près de moi au bar, j'ai dit : « Goudeuh dand-sseur ! ».

« Thanks lil' Frenchy ! » m'a-t-elle répondu. Sacré vind'jiou, comment avait-elle deviné ?!?

Je lui ai payé une Bud. Elle m'a payé une Bud. Je lui ai payé une Bud…

On a parlé… peu. On a ri… beaucoup.

On a bu. On a pissé. On a rebu. On a repissé…

Finalement, on a dormi dans son pick-up.

Au petit matin, devant les œufs brouillés, elle m'a proposé de la suivre jusqu'à son ranch du Colorado. Impossible, on m'attendait à Memphis, Tennessee.

On s'est donc quitté comme on s'était rencontré : par hasard.

Quand le Dodge Dakota s'est évaporé dans la poussière du lointain, je me suis rendu compte que je ne lui avais même pas demandé son nom.

Bah ! Je l'appellerai simplement Miss Rock and Roll !

mercredi 11 octobre 2017

… DRUGS &…


                                                               Amphétamine, tu me mines
                                                               Et mescaline, tu me ruines
                                                               Héroïne plus cocaïne
                                                               C'est assurée une mort fine
                                
                                                               La souris déglingue
                                                               Et l'ecsta rend dingue
                                                               Le cannabis dépeuple
                                                               Comme l'opium du peuple

                                                               — Moi  ma  drogue,  c'est  l'alcool
                                                                   Je  suis  d'la  vieille  école
                                                                   Quand  j'fume  du  hasch
                                                                   Ça  m'donne  pas  d'flash
(Luc Plamondon)

lundi 9 octobre 2017

SEX &…


                                                               Ce soir, volerons vers Alex…
                                                               Andrie, ma chère Alex…
                                                               Andra, dans un duplex
                                                               Sur votre corps convexe
                                                               Corseté de latex
                                                               Glisserai sans complexe
                                                               Un inquisiteur index
                                                               Sans que cela vous vexe
                                                               Et par un prompt réflexe
                                                               Emboîter mon apex
                                                               Ferme comme un silex          
                                                               En votre doux vortex
                                                               Si nos amours annexes
                                                               Vous rendent perplexe
                                                               Demain, câline Alex
                                                               Pleurez sur un Kleenex

vendredi 6 octobre 2017

LIKE


Aujourd'hui, j'ai envie d'aimer tout le monde : les gros, les petits, les poilus, ceux qui pètent dans l'ascenseur. Ceux qui parlent pour ne rien dire à ceux qui ne disent rien quand ils parlent. Les golfeurs, les gaffeurs, les surfeurs, les sniffeurs, les hommes politiques qui trimbalent des valises de billets, les enculeurs de coccinelles. Les batteurs manchots, les bassistes culs-de-jatte, les chanteurs asthmatiques et les cantatrices chauves. Les buveurs d'eau, les mangeurs de crottes de nez, les vomisseurs de pizzas. Ceux qui ont des carottes dans les cheveux, les Flamandes, les marins qui se mouchent dans les étoiles. Ceux qui ont toujours oublié de peser leurs légumes, arrivés à la caisse, ceux qui passent devant tout le monde à la boulangerie, ceux qui sont sur Facebook, les accros du portable, les drogués de la télé-réalité, ceux qui flatulent plus haut que leur rectum... et même ceux qui écoutent du jazz !

mercredi 4 octobre 2017

LE ROI


Et un et deux et trois
    Ils étaient trois petits rois
        Partis faire la guerre de Troie
            Chevauchant leurs palefrois

                    Le premier était hongrois
                        Le deuxième de l'Île de Groix
                            L'autre de la ville de Troyes
                                Chacun plein de sang-froid

                                      Arrivés dans Charleroi
                                          Ils montèrent au beffroi
                                              La vue les remplit tant d'effroi
                                                  Qu'ils firent le signe de croix

                                                           La ville était en proie
                                                               Au plus sombre désarroi
                                                                   Pas un mur, pas une paroi
                                                                       Ne se tenaient droits

                                                                                Un méchant vent de noroît
                                                                                    Leur porte un coup de froid
                                                                                        Qui sitôt les foudroie
                                                                                            Les laissant morts à l'endroit

                                                                                                   Il n'y aura pas de guerre de Troie
                                                                                                       Tous les soldats sans rois
                                                                                                           Sont partis, je crois
                                                                                                               Retrouver leurs... REINES

lundi 2 octobre 2017

LA REINE


Ô ma reine, Ô ma souveraine
    Tu es ma gangrène
         Mon obscure migraine
            À tes pieds, je me traine

                    Pour toi je partirai de Rennes
                        En traineau à rennes
                            J'irai jusqu'en Ukraine
                                En passant par la Lorraine

                                        Je descendrai dans l'arène
                                            Avec l'âme sereine
                                                Combattre les sirènes
                                                    Et les noires murènes

                                                            Plus rien ne me freine
                                                                Je deviens schizophrène
                                                                    La folie contemporaine
                                                                        C'est sûr, je finirai à Fresnes

                                                                              Tu veux que je te prenne
                                                                                  Que je plante ma petite graine
                                                                                      Tu veux que je bourre la reine
                                                                                          Pour faire de moi ton... ROI DE CŒUR

mercredi 27 septembre 2017

CAUCHEMAR


J'ai fait un putain de cauchemar : sous la pression de puissants lobbies puritains, l'écoute du heavy metal était prohibée. Quiconque dérogeait à la loi était arrêté sans ménagement et traduit devant la Haute Cour de Justice des Culs Serrés.

En absolue maîtresse de guerre, Christine Boutin menait la chasse aux contrevenants. Sanglée dans une combinaison de cuir pur porc, elle faisait régner la terreur jusqu'au plus profond des tanières où nous avions l'habitude de nous réunir entre amis, pour claquer quelques flasques de Jack Daniel's, tout en écoutant de bons vieux riffs maousse costauds.

Comme une brêle, je me suis fait choper au sortir du bois. Sans ménagement, je fus ligoté et traîné par les cheveux jusqu'en place public où un tribunal de bourgeois pudibonds me condamna à la peine suprême : écouter la discographie complète de Mariah Carey durant une semaine entière… mon cœur n'y résisterait pas !

Alors que déjà le bourreau branchait la sono, Angus Young fendit les ténèbres et, du haut d'une muraille de Marshall à lampes, il foudroya la foule ascétique d'un riff de mammouth.

lundi 25 septembre 2017

INCH ALLAH


Franchement, ça fait même pas mal ! Disons qu'au début, ça picote un peu, mais le temps que la douleur monte au cerveau, il a été déchiqueté par des éclats de métal.

Mon score : 19 morts et 52 blessés ! J'ai pulvérisé le record de mon copain Mahmoud !

Arrivé au paradis, je suis accueilli par Allah himself. Il est très différent de ce qu'on imagine. Plutôt rondouillard, chauve avec de petites lunettes en écaille et un costard Armani… les affaires ont l'air de plutôt bien marcher en ce moment, inch Allah !

— Je suis fier de toi, dit-il en tirant sur un havane Montecristo Edmundo, tu as sacrifié ta vie au
     nom de l'Islam, inch mézigue !
— Tout le plaisir est pour moi, inch toi !
— Par contre, on va avoir un petit problème de logistique concernant les 72 vierges attribuées aux
     martyres. Ces derniers temps, vous avez été si nombreux à vous faire péter la tronche, que le
     stock a fondu comme la cote de popularité de François Hollande après 3 mois à l'Élysée. Il me
     reste bien quelques biquettes en réserve et on attend une livraison de chez Dorcel Store.

Me voilà donc, pour l'éternité, à la tête d'un cheptel de chèvres et de poupées gonflables… si c'est pas l'arnaque du siècle, ça y ressemble quand même pas mal ! Inch motherfucker !

vendredi 22 septembre 2017

SUR LES QUAIS


— Vous êtes fatigués ?

— ON N'EST PAS FATIGUÉS !

Si vous avez encore la pêche, la banane, la patate, je vous propose une balade le long des quais brumeux d'un port malfamé. Le cri des goélands nous accompagnera tout au long de ce périple aux senteurs océanes. À la sortie des bars, nous rencontrerons des cortèges houleux de marins généreusement imbibés, cheminant à grand-peine sur le pavé luisant de bruine. Au détour d'une ruelle sombre, nous croiserons sans doute quelques jolies demoiselles fort avenantes qui nous offriront un peu de chaleur au creux de leurs cuisses.

Rangez vos bonnes manières et vos préjugés poussiéreux, mettez un mouchoir sur votre dignité… ici, pas de nom, pas de grade et surtout pas de religion. Celui qui gagne n'est pas toujours le plus baraqué, mais celui qui tient debout après d'imposantes libations. Celui qui dormira près de la pulpeuse Jocelyne n'est pas forcément le plus beau, ni le plus propre, mais celui qui la fera danser jusqu'à l'aube.

La nuit risque d'être longue… alors, vous êtes fatigués ?

mercredi 20 septembre 2017

ANIMALE


                                         On  dirait  une  femme,  mais  c'est  un  animal
                                         Je  le  sens,  je  le  sais,  elle  pourrait  mourir  pour  moi

                                         Elle  allume  des  brasiers  quand  le  froid  m'étreint
                                         Elle  se  couche  à  mes  pieds  quand  mon  cœur  se noie
                                         Elle  lèche  mes  plaies  quand  mon  corps  s'abîme
                                         Elle  tient  mon  visage  dans  ses  mains  quand  il  pleure
                                         Elle  embrasse  mes  yeux  quand  le  soleil  s'endort
                                         Elle  boit  l'écume  à  ma  bouche  enragée
                                         Elle  solderait  son  âme  pour  sauver  la  mienne
                                         Elle  vendrait  son  corps  pour  racheter  le  mien

                                         Je  le  crois, je  le  crains,  elle  pourrait  tuer  pour  moi
                                         On  dirait  une  femme,  mais  c'est  un  animal

lundi 18 septembre 2017

FRANCKY


J'ai entendu dire que Franck Ribéry envisageait d'adopter la nationalité allemande. Il explique sa décision par le désamour que lui porte son pays d'origine, la France.

C'est vrai que le petit Francky de Boulogne s'en prend régulièrement plein la gueule dans les médias qui lui reprochent son caractère abrupt et une syntaxe rudimentaire. Beaucoup lui collent même sur le dos la débâcle sud-africaine de 2010. Certes, le gaillard a les épaules larges mais le costard me semble bien ample !

Franck, toi qui ne liras jamais cette chronique, je te dédie ces quelques mots. Parce que moi je t'aime bien, mon petit Francky !

Bien sûr, j'aime le joueur, et j'aime aussi le bonhomme à la gueule cabossée. Un gars sorti du rang, qui a gravi les échelons un à un, à force de travail et d'abnégation. Et je me fous de savoir s'il maîtrise ou pas le subjonctif du plus-qu'imparfait de l'indicatif de mes couilles. Francky, il est cash, il parle avec son cœur et ses tripes. Et là où il s'exprime le mieux, c'est sur la pelouse, un ballon entre les pattes.

Franck Ribéry est un peu comme l'albatros de Baudelaire, survolant avec majesté les océans de verdure, ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

vendredi 15 septembre 2017

L'AMIE BIDASSE


                                               J'aime les femmes en général… en générales aussi
                                               Oui, j'aime les femmes galonnées en costume
                                               Et talonnées, perchées, du haut de leurs stilettos
                                               J'aime les femmes bien faites… les préfètes aussi
                                               Je préfère les préfètes bien faites en talons aiguilles
                                               Les aiguilleuses du ciel et les cosmonautes aussi
                                               Nues dans leur combinaison de survie aérienne
                                               Pris en flag par une jolie fliquette rousse
                                               Me voici menotté, fouetté par ma geôlière
                                               J'avoue, je vous veux, c'est mon vœu le plus cher
                                               Je vous veux, ma chère, attachée dans mes rêves
                                               Galonnée en stilettos cloutés au bord des routes

vendredi 8 septembre 2017

JE SUIS MORT


L'avantage, quand on connait la date de sa mort, c'est qu'on peut s'y préparer en toute sérénité. Moi, par exemple, je mourrai à 73 ans. Ça ne m'effraie pas particulièrement… même  si  je  sais  que  de légitimes angoisses naîtront à l'approche de la fatale échéance.

Pour  la  cérémonie  d'adieu,  je  ne  veux  pas  de  fleurs,  pas  de  discours et surtout pas de curés. Ah ! plutôt crever que d'imaginer un corbeau penché sur ma carcasse dont l'afflux sanguin vers les organes génitaux vient à peine de se tarir ! Ensuite, pas de chichis : un cercueil en bois de cageot ou un carton des déménageurs bretons pour y déposer la viande froide. Mettre au four, thermostat 12 pendant une heure et demie. Balancer ce qui reste à la mer. Pour dédramatiser un peu l'événement, je veux bien qu'on me fourre une gousse d'ail dans le cul !

J'accepte qu'on chipote sur certains détails techniques, mais il y a un domaine sur lequel je serai intransigeant : la musique qui m'accompagnera de l'autre côté du miroir. Et comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, j'ai préparé la liste des chansons qui tourneront durant le temps de la cuisson.

Je vous invite donc aujourd'hui à ce qu'on pourrait considérer comme une répétition de ma crémation. Pas la peine de mettre les beaux habits du dimanche, on fait ça entre potes, à la bonne franquette et après on va boire un coup. Comme ça, je saurai de mon vivant ce que vous avez pensé de mes funérailles.

vendredi 7 juillet 2017

VOYELLES


                                          — Que fais-tu là, l'A ? dit l'E bileux.
                                          — C'est Lazare qui m'a mis là ! râla l'A.
                                          — Le hasard a bon dos ! pesta l'O.
                                          — Oh ! fait l'I, c'est pas un peu fini tout ce rififi ?
                                          — J'en ai plein le cul ! dit l'U à l'O, allez tous vous faire voir chez l'I grec !

mercredi 5 juillet 2017

ROBERT PLANT


Franchement, les amis, vous pouvez pas me demander ça… vous ne pouvez pas me demander qui est Robert Plant !

Et même si je répondais, vous savez bien que je ne serais pas totalement intègre. Vous savez aussi que je pourrais utiliser des tournures de phrases empanachées d'épithètes ronflants, assaisonnées d'un (énorme) soupçon de mauvaise foi.

Tiens, je me vois bien dire que Robert Plant est le plus grand chanteur de rock de tous les temps… ouaih, je me vois bien dire ça. Sans complexe, je pourrais même dire qu'il est l'archétype du frontman moderne, à la fois hautain, sauvage et effrontément sexy… même pas peur ! Au risque de titiller le cercle des pinailleurs opiniâtres, je serais aussi capable d'affirmer qu'il a inventé le heavy metal, avec ses petits copains de Led Zeppelin… fuck, les pinailleurs ! Et puis, j'ajouterais qu'après la disparition du dirigeable, il a su creuser son propre sillon, mêlant ses acquis électriques à des sonorités plus exotiques.

Vous voyez tout ce que je pourrais dire si vous me demandiez qui est Robert Plant !

lundi 3 juillet 2017

9/11


Un quart d'heure ! Ça fait un quart d'heure que je suis comme un crétin devant ma glace pour choisir une cravate. La bleue ? La rose ? La rose ou la bleue ? Bien sûr, la bleue fait plus classe, mais la rose est plus cool. Aller, ce sera la rose !

Franchement, la tenue c'est hyper important… surtout, aujourd'hui ! Parce qu'aujourd'hui je vais demander la main de Lily, ma collègue de bureau. Elle est jolie, Lily, avec son petit nez pointu et ses fossettes qui se creusent quand elle sourit. Deux ans qu'on se fréquente, il est temps de lui passer la bague au doigt. J'ai envie de vivre auprès d'elle jusqu'au dernier jour de ma vie et je sais qu'elle en rêve aussi.

Je remonte Broadway en sifflotant, il fait beau sur New York en cette fin d'été. Le ciel est si limpide qu'on distingue aisément le panache des long-courriers en partance pour des îles paradisiaques.

À 08h30, je pénètre dans la tour Nord et me faufile dans l'ascenseur le plus proche. J'appuie sur la touche du 87è étage, dans 5 minutes, je serai dans les bras de ma bien-aimée.

Je suis sûr que ce 11 septembre 2001 restera gravé dans les mémoires à tout jamais.

vendredi 23 juin 2017

D'HAWAÏ À MACQUARIE


Qui a-t-il tout au bout
Au bout de tout
Au bout du bout
Et loin de tout ?

Pas de sioux, pas de zoulous
Pas de bisons et pas de gnous
Mais des kiwis, oui, partout
Et des kangourous itou

Il n'y a pas d'igloos
Encore moins de poux
Mais des papous, surtout
Et aussi Rose Tattoo

L'Océanie est un gigantesque continent éclaté
qui ressemble à une tache d'encre sur un cahier d'écolier

mercredi 21 juin 2017

BRASSENS


Le bonhomme est satisfait. Il vient de coucher sur la partition une mélodie qui le hantait depuis des semaines. Il la tient, sa chanson… une chouette chanson, nom de nom ! Gaillarde et bien troussée, comme il les aime. De celles qui font danser les jolies demoiselles à Saint-Germain. Ne reste plus qu'à y poser des paroles.

Maintenant, il s'installe dans un vieux fauteuil en cuir craquelé, juste en face de la cheminée où frétille un feu guilleret. Il bourre sa pipe, sa vieille pipe en bois et l'allume à un tison. Un gros siamois paresseux vient se lover à ses pieds. Le musicien se lisse la moustache, le chat aussi. Le chat ronronne, le musicien aussi.

Au départ, il voulait dédier sa chanson à une vieille connaissance, mais il ne trouve pas de rime à Fernande. Il se dit qu'il va décrire les jeunes gens qu'il voit s'embrasser dans les squares. « Les jeunes gens qui s'embrassent dans les parcs publics, parcs publics… ». Il n'est pas satisfait. Il lui revient alors en mémoire l'histoire du gorille exhibé dans un zoo que rigoureusement sa mère lui a défendu de nommer ici. Et l'Auvergnat qui lui tendit la main quand d'autres l'auraient jeté aux chiens, et les sabots d'Hélène qui étaient tout crottés… il faudra bien qu'il leur trouve une place dans son répertoire. Il pourrait également chanter la plage de Sète où il voudrait reposer après sa mort. Tant de sujets qui lui tiennent à cœur.

Pour l'heure, il doit trouver des rimes pertinentes. Mille mots dansent sous son crâne, pas un ne colle à la mélodie. D'habitude, les phrases coulent comme l'eau d'une claire fontaine. Les alexandrins s'alignent sans peine, comme de petits soldats de plomb. Mais à cet endroit de l'histoire, il est sec comme un tabellion en panne d'encre bleue.

Le téléphone sonne. Le chat tend l'oreille, le musicien tend la main pour attraper le combiné.

— Allô ?

Au bout du fil, il reconnait les voix de Jean, Pierre, Paul et compagnie, les vieux amis avec lesquels il a l'habitude de faire la bringue dans un bistrot tenu par un gros dégueulasse.

— Qu'est-ce que tu fais encore chez toi ? On est tous là à t'attendre depuis des heures !

— Je sais, je sais, mais il faut absolument que je finisse ma chanson, répond-il un peu gêné.

— Ah ! Non, Georges… les copains d'abord !