vendredi 12 mai 2017

FEU


Il faisait sombre dans cette ruelle d'Édimbourg. Une pluie fine me cinglait le visage. Les pubs avaient fermé leurs portes depuis longtemps, me jetant sur le pavé froid, un méchant goût de stout au fond du gosier et du crachin plein les chaussettes. 

Au détour d'un sinistre porche me parvint une voix féminine  : « Give me a light, please ». 

Illico presto, je rassemblai les maigres souvenirs  qui  me  restaient  des  cours d'Anglais de monsieur Chauveau (« Chauveau est un chameau ! ». Ah ! On savait rire en ce temps-là !!!). "Give me", donne-moi... "a light", une lumière. "Donne-moi une lumière", ça me parait clair. 

Je tendis la petite lampe Maglite qui me suivait dans toutes mes virées nocturnes. 

La voix se mua alors en un rire cristallin. « Oh ! You are French, sorry : tiou donné moâ feuw por mon cigueuwette ? ». Encore une fois, je passai pour un crétin de Froggy auprès d'un sujet de sa gracieuse majesté. 

Vif comme le naja, je dégainai mon Zippo Motörhead et offris ma flamme. 

Le visage de la jeune femme s'alluma. Je découvris un minois limpide, cerné de longues boucles rousses qui dégoulinaient comme une cascade flamboyante. Je vis aussi d'immenses yeux comme des bonbons au miel dans lesquels dansait le feu du briquet. Elle tira une rapide bouffée et lâcha de longues volutes grises dans le ciel sans lune. Puis elle posa ses lèvres sur ma joue hirsute. « Thank you, mister French Lemmy ! ». 

Elle s'est éloignée dans la nuit, laissant derrière elle un délicat parfum de tabac californien et de fleurs fanées.

Encore une fois, je maudissais monsieur Chauveau (... qui est un chameau !!!) de m'avoir appris que "the dog is in the garden" et que "the cat is on the roof"... va caser ça dans une conversation en territoire hostile  !!!

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