samedi 19 juin 2021

NUIT DE TEMPÊTE



Les désirs sont d'ailleurs
Les délices volages
Et les dérives océanes
Sur l'esquif nocturne
D'exquises pensées 
Sont esquisses d'extase


samedi 29 mai 2021

HISTOIRE D'EAUX


Pétillante et belle, j'avais rencontré la demoiselle sur les berges du Saint-Laurent. La tempête faisait rage dans ses cheveux blonds et ses yeux aigue-marine étaient comme des sémaphores dans la brume. Elle trempait ses petons aux ongles vernis de rose dans l'eau grise du fleuve.

Enhardi par des vapeurs de Royal Crown, j'osai lui demander son nom.

— Ô ! dit-elle.
— Oh ? fis-je.

Intriguée par mon haleine maltée, elle ajouta :

— Si tu mouilles aussi tes pieds, je connaitrai tes pensées.

En aussi peu de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, je mis mes arpions à infuser près des siens.

— Oh ! fit-elle en rougissant.
— Ô ? dis-je en souriant.

dimanche 2 mai 2021

ZÿQMU SPÿKEDElÿQ


Des âmes lunaires ont trouvé refuge
Dans l'orage amer de mes pensées
Âmes bienveillantes et bienvenues
Riches d'humeurs polychromes

Émanations blondes et blanches
Souples présences versatiles
Inextinguible flot de sang rubis
Au cœur d'un brasier volcanique

Voguent sur des tapis de vapeurs
Orangées, vertes et pourpres
Profondes comme des nuages
Sur un océan d'arpèges veloutés

Puis se dissipent comme vent d'ouest
Ou comme une larme d'orgeat
Dans l'eau triste de mes nuits
Des âmes lunaires ont trouvé refuge

samedi 27 février 2021

À L'OUEST DE L'OUEST


Alors on est partis à l'ouest, toujours plus à l'ouest
À l'ouest de l'ouest, là où la terre finit dans l'eau salée
Alors on a glissé sous l'aile d'un oiseau bleu marine
On a jeté notre passé et traversé l'étendue océane
Alors on s'est posés au sud de l'Amérique du Nord
Un nouvel ouest plus à l'ouest que notre ouest
Alors on a vu des chevaux sauvages courir dans le vent
Et des prairies s'étendre jusqu'aux marges de l'horizon
Alors on a creusé des sillons face aux feux du soleil
Planté des graines. Haricots, citrouilles et coton
Puis creusé d'autres sillons depuis la rivière rouge
Pour arroser les graines. Canne à sucre et tabac
Alors on a bâti nos maisons à l'ombre des pacaniers
Et on a sorti nos guitares et nos accordéons
On a écrit des chansons qui sentent le blé mûr
Le thé au jasmin et le nougat de Montélimar
Et on a regardé nos enfants s'ébattre sur le gazon
Désormais, ce nouvel ouest est à nous
S'il le faut, nous prendrons les armes pour le défendre
 
 

lundi 21 décembre 2020

CLUB LIBERTIN


Monsieur ?
    ♣ Oui, madame !

Mademoiselle, s'il vous plaît !
    ♣ Veuillez m'excuser… mademoiselle !

Je vous signale que vous avez un doigt dans ma chatte.
    ♣ Je confirme : il est bien à moi.

Mais ! Comment êtes-vous arrivé là ?
    ♣ De la manière la plus conventionnelle : en l'insérant dans votre fente.

C'est osé !
    ♣ J'ai osé !

Je pourrais m'offusquer !
    ♣ Vous pourriez !

Franchement, quelle drôle d'idée !
    ♣ Je précise qu'au départ, je voulais vous mettre un doigt dans le cul, 
       mais il y en avait déjà un !

Je sais, c'est le mien !
    ♣ Ah ! Il me semblait bien !

Sachez, monsieur, que je fais ce que je veux de mes doigts !
    ♣ C'est votre droit le plus légitime, mademoiselle ! 
       Et que diriez-vous de venir déguster un sauternes avec moi ?

Un sauternes ? Ma foi, je ne dis pas non, mais alors… juste un doigt !

lundi 16 novembre 2020

BLUES


Du bleu, du bleu
Je veux du bleu
Du bleu comme s'il en pleuvait
Du bleu dans le ciel
Et aussi dans tes yeux
Dans tes cheveux

Du bleu, du  bleu
Encore du bleu
Du bleu comme un torrent
Des soleils bleus
Des oranges bleues
Des javas bleues

Du bleu, du bleu
Toujours du bleu
Du bleu comme une promesse
Des bleus au cœur
Et des mots bleus
Pour les amoureux

Du bleu, du bleu
Du bleu à la folie
Du bleu comme un souvenir
Et quand je serai  mort
Qu'on jette mes cendres grises
Dans l'infiniment bleu de l'océan

lundi 2 novembre 2020

ANTICORPS


Le corps humain présente l'extraordinaire faculté de produire des anticorps pour combattre les virus qui l'attaquent. Partant de ce postulat, serait-il si saugrenu d'envisager que le fameux coronavirus qui nous tient par les couilles depuis des mois, pourrait lui-même être un anticorps sécrété par notre belle planète pour se débarrasser de son plus virulent prédateur… NOUS !

Putain ! Que je suis heureux de faire partie de la grande famille humaine… entité supérieure à toute autre forme de vie sur Terre. Si supérieure qu'elle s'évertue à éradiquer machinalement tout obstacle à son expansion, qu'il soit animal, végétal, minéral, parfois même humain, si le besoin s'en fait sentir. Oui je suis fier d'appartenir à cette lumineuse confrérie qui a imaginé la bombe atomique, les religions et le McDonald's — tous trois fondés sur le principe de la destruction massive. « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » disait Nietzsche en 1888. Aujourd'hui, modestement, je lui rétorquerais : « Ce qui m'a rendu fort est en train de me tuer ». Petit à petit, l'humanité est devenue la grenouille de la fable qui gonfle, gonfle et regonfle encore jusqu'à l'inéluctable éclatement.

On a bouffé comme des gorets, posé nos pieds sales sur des plages vierges. On a mis en cage les cascades et les nuages. On a chié dans les ruisseaux, siphonné les océans, sans jamais nous soucier des vents et des marées. Est-ce qu'au jour du grand chambardement, nous oserons seulement regarder la Terre, les yeux dans les yeux ?

mardi 6 octobre 2020

L'A TOUR EIFFEL


Commençons par l'A
Par là, car l'A brunit
Et pourquoi l'A brunit-il ?
Peut-être n'a-t-il pas d'âme
Pas d'âme ! Pas d'âme ! 
Mais revenons à l'A
Et que fait l'A là
À l'orée de l'alphabet ?
Pointu l'A
Debout l'A
Hautain l'A
Ne vous rappelle-t-il pas
Une tour qui manque d'A ?
Pas d'A dans la tour
Pas plus que dans l'Eiffel
Pourtant je crois que l'A
Est la tour Eiffel de l'alphabet
Voilà… vois l'A !

dimanche 12 juillet 2020

PASSION SM


« Je ne serais pas contre une petite soirée SM avec toi ! »

Elle est comme ça, Anita : franche et directe. Quand elle veut quelque chose, elle n'hésite jamais à le demander. Je savais qu'elle était fan de SM, nous en avions déjà parlé à plusieurs occasions. Mais, qu'elle me propose de façon aussi directe de nous y adonner ensemble avait de quoi, je l'avoue, me troubler un peu.

Rendez-vous fut donc pris pour le samedi suivant. Comme à l'accoutumée, cela se passerait dans la cave que j'avais spécialement aménagée pour ce type d'activités. Tapissée de velours pourpre, la pièce baignait dans une obscurité bienveillante. Il y régnait une température douce et constante, propice à la convivialité. Avant tout, je devais vérifier le bon fonctionnement du matériel. À commencer par l'imposante chaîne qui trônait au milieu de la salle, face à un spacieux canapé en alcantara léopard.

Ce samedi arriva donc. Effrontément féminine, belle à damner un moine cistercien, Anita avait opté pour une tenue appropriée à nos activités à venir : maquillage sobre, petite robe noire cintrée en simili cuir, escarpins vernis, ceinture cloutée pour souligner sa taille fine. D'abord, je devais m'assurer qu'elle était pleinement consciente de ce que nous allions accomplir. Tout en sirotant un quarts-de-chaume frappé, nous avons évoqué ce qui allait se dérouler au cours de la soirée. Je lui demandai surtout de me laisser agir avec confiance, de ne pas contrevenir à ce que j'allais lui imposer. Je connaissais le matériel et son fonctionnement, je devais être seul maître de la cérémonie.

Elle accepta toutes mes conditions.

Nous pouvions donc commencer la séance. Lancer la machine — Matériel rustique, solide et fiable — Sony des années 90 — J'actionne la touche qui commande l'ouverture du tiroir central. Le jeu des minuscules rouages est à peine perceptible — Je dépose la rondelle argentée dans le logement qui lui est destiné — Le tiroir se referme automatiquement, lançant par la même le processus de décryptage des données numériques — Je rejoins ma partenaire qui est déjà positionnée sur l'aire de jeu.

En guise de préliminaires, Michael Kamen et son équipage se lancent à l'assaut d'un Ecstasy of Gold plein d'emphase. Il ne faut que quelques minutes pour que les quatre cavaliers de l'apocalypse ne répondent à l'Appel de Ktulu, à grand renfort de guitares électriques, de double grosse caisse et bardé de cuivres étincelants. Deux baffles B&O de 150 watts chacun, crachent à pleins poumons. Ample et puissante, la musique fuse comme une coulée de lave incandescente. Le fulgurant Maître des Poupées s'invite aux festivités. Par galanterie, je laisse l'air guitar à mon invitée, me cantonnant à l'air bass et à quelques breaks d'air drums. La fureur ne risque pas de s'estomper avec le vicieux Of Wolf and Man, encore moins le colossal The Thing That Should Not Be. Pendant plus de deux heures, le répertoire de Metallica, soutenu par l'orchestre symphonique de San Francisco, défile comme une horde de barbares assoiffés de sang et nous entraine jusqu'à la coda d'un surpuissant Battery.

Rompus par ce combat titanesque, nous nous écroulons, les muscles raides et la cervelle en fusion. Nous avons gouté au SM — Symphonic & Metallica — jusqu'à la lie. Il est temps de reprendre le cours de notre petite vie. Un dernier baiser avant de se séparer. Mutine, elle  me  glisse  à   l'oreille : « Je ne serais pas contre une petite soirée Get Yet Ya-Ya's Out avec toi ! »

mercredi 5 février 2020

PSYCHÉDÉLIQUE


Viens, je t'emmène…
Plus loin que la ville et ses cris
Au-delà du ciel et ses galaxies
Sous l'aile d'un paradisier
Vers les eaux pacifiques
D'un univers mandarine
Devenir aurore boréale
Et boire aux nuées mauves
Le nectar des fruits défendus
Se vêtir d'arc-en-ciel
Sculpter l'ocre rosée
D'un matin sucré d'épices
Inhaler des huiles arabiques
Aux senteurs charmantes
Enfin s'endormir candide
Au sein d'une sirène blonde

mercredi 25 décembre 2019

NOËL AUX TONGA


Décembre 1993, j'avais mouillé l'ancre à Lifuka dans l'archipel des Tonga.

■ Donne-moi 5 dollars et j'empêcherai les scorpions, les rats et les jolies mam'zelles de monter
   sur ton bateau.
▼ Je t'en donne 3, mais tu laisses les mam'zelles tranquilles.
■ Marché conclu, cap'taine !

Habituellement, c'est Bobby qui était chargé de cette mission, mais après 20 jours de mer, je sentais bien que mon fidèle Beauceron avait, lui aussi, besoin de se dérouiller les gambettes et de lier connaissance avec quelques beautés autochtones… qu'elles soient à deux ou quatre pattes. Je laissai donc mon navire sous la surveillance de cet adolescent sympathique et déluré, le priant de veiller tout particulièrement sur ma réserve de rhum arrangé.

Pour se rincer le gosier à Pangai, principale agglomération de l'île, le choix est plus que limité : un seul bar-tabac-hôtel-restaurant-casino-bowling-cinéma-dancing-pharmacie-bordel et, accessoi- rement, agence matrimoniale. C'est Le Plat Pays, tenu par Hugo, un ancien de la légion étrangère. Carcasse de viking, figure striée de balafres, ce Bruxellois pure souche cumule les titres de meilleur cultivateur de chanvre indien et de pire cuistot de tout le Pacifique sud. Il s'avère être également le meilleur client de son établissement. Pour le seconder, il peut compter sur madame Suzanne, sa compagne, femme de ménage, videuse, garde du corps, barmaid, couturière, gogo danseuse, jeteuse de sorts, psychanalyste, infirmière, menuisière, conductrice de poids-lourds et, accessoirement, michetonneuse. De plus, cette Réunionnaise aux contours généreux maîtrise à la perfection l'art si subtil du rougail saucisse. Manger un rougail saucisse de madame Suzanne, c'est un peu comme accéder au paradis en Harley-Davidson par la route 66.

Aux abords du centre-ville, je retrouvai donc mon vieux copain qui dorlotait son jardin d'Éden, attifé de son éternel marcel qui fut sans doute blanc au siècle dernier, d'un short beaucoup trop évasé pour endiguer la fuite de ses roustons, les pieds nus dans des rangers qui rappelaient son lointain passé de guerrier sanguinaire. Début d'après-midi, il devait déjà être bien imbibé d'eau-de-vie du Kentucky !

▼ Je pisse sur Eddy Merckx !
♦ J'encule Platini !
▼ Salaud de flamingant !
♦ Enculé de bouffeur d'escargots !
▼ Comment ça va, mon pote ?
♦ Et toi, le mataf, toujours puceau ? Mwââârfff !

En aussi peu de temps qu'il n'en faut à un travelo brésilien pour te coller la chaude-pisse, nous nous sommes retrouvés accoudés au comptoir du Plat Pays. Dans la salle, éclairée d'un maigre rayon de soleil qui peinait à se frayer un chemin à travers les persiennes, je devinai quelques poivrots bien trop saouls pour tenter la station debout, mais pas encore assez pour se vautrer dans la sciure. Alors, entre deux blagues de cul, on a refait le monde à notre manière, descendu quelques litrons de Jack Daniel's et grignoté des cacahuètes aussi molles que les couilles d'un enfant de chœur ! Je lui ai dit que l'Olympique de Marseille était champion d'Europe de foot. Ce à quoi il a répondu que ça ne risquait pas de se reproduire de si tôt… et on a reparlé de cul et on a re-refait le monde !

Quand l'horizon sur l'océan s'est paré des teintes du couchant, il m'a proposé de goûter son plat du jour. C'est là qu'il m'a fallu user de la plus grande diplomatie pour lui faire comprendre que malgré toute ma sympathie pour lui, je refusais de mettre ma vie en péril en ingérant quelque plat que ce soit, élaboré dans sa cuisine infestée de cancrelats, à partir d'ingrédients sans doute périmés depuis la sortie du premier disque des Beatles.

♦ Mouaihhh ! J'ai compris : tu préfères bouffer tes saloperies de haricots en boîte !
▼ Ben, si je peux éviter l'intoxication alimentaire !
♦ D'façon, les Français, zzz'êtes tousss des enculééés ! J't'encule et j'encule Platini 
   et j'encule l'OM… tiens, j'encule même Poulidor !
▼ Merci, Hugo, moi aussi je t'adore !

Je m'apprêtais à regagner mes pénates flottantes, quand la silhouette opulente de madame Suzanne se faufila à travers le rideau de perles multicolores de l'entrée. Un sourire jovial illuminait sa bouille ronde. Fier comme un dalmatien, Bobby se tenait à ses côtés.

♥ Oulah ! Mwen doudou joli, j'a t'ouvé ton clebs, li fé niqué tou s'qui bouj,
   li sé sacré cochon com' toi !
▼ Merci, madame Suzanne. J'allais justement rentrer.
♥ Èské rigol' toi, têt' di krab' ? Si la Nwël là ! Té pa so'ti d'isitt avan li manjé, épi boi' li fêt' bwasson.
   Joud'ui li sé ma'am Suzann' ki fè rougail sosiss ! Pos' yo cu su'l bankett, pi boi' li rom' coco
   ki fé maison !

Avait-elle besoin d'insister pour me retenir ? Oooooh, que non ! Alors j'ai exécuté les ordres de la patronne : posé mon cul sur la banquette et vidé la moitié d'une bouteille de rhum arrangé. L'autre moitié a fini dans le gosier de mon Belge préféré…  après Eddy Merckx !!!

Il ne fallut pas très longtemps, sur ce caillou de douze kilomètres carrés, pour que l'information ne se propage et qu'une centaine de convives se retrouvent à partager le fameux rougail saucisse de madame Suzanne. On a installé des tables jusque sur la rue, mis en perce une quantité industrielle de cubis de pinard. Le punch coco a coulé à flot. On a aussi sorti les guitares et les djembés, dansé la Macarena et le twist, lancé des pétards, des feux de Bengale, fumé les salades du jardin botanique d'Hugo… accompli des actes qui, en d'autres temps, nous auraient aussitôt menés au bûcher. Bref, on s'est éclaté comme des ballons dirigeables !

Ce n'est qu'au petit matin du 25 décembre que la foule ondulante s'est dispersée, non sans avoir auparavant exécuté le lakalaka — danse traditionnelle des Tonga. Alors, j'ai rejoins ma coquille de noix. À mes côtés, Bobby semblait, lui-aussi, peiner à marcher droit. Tel maître, tel chien ! À bord, j'ai retrouvé mon valeureux vigile… dans ma couchette… avec une jolie mam'zelle. Ils avaient un peu tapé dans mes boîtes de haricots, mais, Dieu soit loué, ma réserve de rhum arrangé était indemne. Je lui payai donc les 3 dollars promis, plus une prime de 2 dollars pour son zèle et sa conscience professionnelle.

jeudi 5 décembre 2019

MOURIR UN NOVEMBRE


J'aime quand novembre se pose sur mon océan
L'onde à l'étale se pare ainsi de reflets gris perle
Que les fous de Bassan caressent de leurs reflets
J'aime quand novembre nous rassemble au même lit
Ta peau satinée se pare alors des embruns de la nuit
Que je goûte avec l'appétit d'un incorrigible gourmet

J'aimerais que ma vie s'arrête un novembre
Confie alors mes cendres à l'océan nacré
Où glisse l'ombre des fous de Bassan
Et que tes larmes bruinent sur la lande


mardi 26 novembre 2019

JÉSUS MAJAX


Cabaret parisien recherche
MAGICIEN EXPÉRIMENTÉ
Envoyer C.V. à l'adresse suivante...
ou téléphoner au...

- Bonjour monsieur, quel est votre nom ?

- Christ... Jésus Christ.

- Ah bon ? Et comment s'appelle votre mère ?

- Marie.

- Et votre père ?

- Joseph, mais tout le monde l'appelle Jojo.

- Il est charpentier ?

- Non, plombier-zingueur, pourquoi ?

- Je ne sais pas, j'ai eu comme un flash. Sinon, quelles sont vos spécialités en matière de magie ?

- Bah ! Les classiques, bien sûr : les cartes, les lapins dans le chapeau, les nanas qu'on coupe en deux, apparition-disparition de mouchoirs. Mais ma spécialité c'est la transformation de l'eau en vin, ça fait un tabac dans mes tournées en province. Tiens,  le  verre  d'eau,  là  sur  votre  bureau... Cric ! Crac ! Badaboum ! Et voilà, c'est du pinard !

- Ah, la vache ! C'est du bon en plus !

- Tu m'étonnes : Petrus 82... j'suis pas un magicien de foire à la saucisse ! Je travaille aussi sur un nouveau numéro dans lequel je marche sur l'eau, qui promet d'être très spectaculaire.

- Parfait, monsieur Christ, je vous engage. Néanmoins, je dois avouer que je suis un peu gêné par votre nom. Christ, ça ne sonne pas très rock and roll. Il faudrait que vous trouviez un pseudonyme plus en rapport avec la magie.

- Justement, j'avais pensé à Mandrake.

- Mmmmh ! Non, non, trop éloigné de l'univers féerique. Voyons voir : magie... Majo... Maju... Maja... Majal... Majar... Majax... Que diriez-vous de Majax ? Ça sonne bien, Majax !

- Ah, oui ! Jésus Majax... Jésus Majax... Jésus Majax... oui, ça me plaît bien, Jésus Majax !

- Et que diriez-vous plutôt de Gérard ?

lundi 4 novembre 2019

ESTER CORDET


Ester Cordet, vous connaissez Ester Cordet ?

Avec ma première paye d'apprenti typographe, j'ai offert un bouquet de fleurs à ma mère… et tout de suite après, j'ai couru m'acheter mon tout premier Playboy. C'est ainsi qu'en octobre 1974, j'ai fait la connaissance de la sublime Panaméenne : elle éclaboussait de sa beauté vénéneuse les pages centrales du magazine. Vous me connaissez : je suis tombé aussitôt amoureux d'elle ! Amoureux de sa peau couleur miel de châtaignier, de son sourire ravageur, de ses yeux envoûtants… et de tout le reste aussi !

Si j'avais été un bel hidalgo fortuné, j'aurais aussitôt affrété un quadriréacteur pour rejoindre ma déesse à l'autre bout du monde. Mais je n'étais qu'un affreux binoclard qui trimballait sa carcasse pleine d'os sur un cyclomoteur Peugeot 101. Alors je me contentais de l'inviter tous les soirs à dormir avec moi, bien cachée sous mon oreiller. Et je rêvais qu'un jour, peut-être, elle viendrait me lire un joli conte de fée pour m'aider à m'endormir.

Je pourrais vous faire croire que je suis un homme fidèle. Malheureusement, il n'en est rien. Tout juste un mois après mon idylle idéale avec ma chérie caramel, je convolai déjà avec Bebe Buell, la blonde incendiaire qui trônait désormais dans le Playboy de novembre… elle-même remplacée par l'intrigante Janice Raymond, en décembre. 

Vous pouvez penser que je suis un garçon désinvolte, il n'empêche que dans mon cœur, la belle Ester restera à tout jamais ma première fiancée sur papier glacé.

mercredi 30 octobre 2019

LE ROI SE MEURT


Épuisé, le vieux roi s'est affalé
Sa grosse tête sur le sol aride
Il renifle le sable de sa savane
Très haut dans le ciel : le soleil

Il pense : j'ai eu dix reines, parfois douze
Des lionceaux par dizaines, vingt, quarante
Et me voilà gisant au cœur de mon royaume
Comme les mille proies que j'avais vaincues

Un plus jeune, plus robuste et plus vaillant
Règne désormais sur la tribu orpheline
Sournoise et venue des collines, s'avance
La meute des hyènes affamées

samedi 28 septembre 2019

STAIRWAY TO HEAVEN


- Salut, je peux m'asseoir là ?

- Ouaih, si tu veux.

- Ça fait longtemps que vous attendez ?

- Au point où on en est, le temps n'a plus vraiment d'importance, mais je dirais 3 ou 4 jours.

- Ah, ouaih, quand même ! Ça n'avance pas des masses !

- Pourquoi ? T'es pressé ?

- Non, pas spécialement, mais j'ai hâte de savoir à quelle sauce je vais être mangé !

- Hé ! Hé ! Si tu dis ça, c'est que t'as pas la conscience tranquille.

- Oh ! Rien de bien méchant : quelques euros non déclarés au Fisc, deux ou trois accrocs au contrat de mariage, un petit pétard de temps en temps... pas de quoi finir aux galères, et vous alors ?

- Moi je pars forcément avec un handicap : j'étais chanteur de rock ! À moi tout seul, j'ai bien dû cramer les tympans de milliers de fans. Du coup, j'ai aussi flingué le budget de la Sécu rien qu'en frais d'audioprothésiste. En plus, j'ai décapsulé autant de bouteilles de Jack Daniel's que de gonzesses... sauf que les nanas étaient consentantes ! Warf !!!

« Ding ! Dong ! Ding ! Dong !
Monsieur Kilmister... Lemmy Kilmister...
est attendu en salle d'admission au paradis !
Monsieur Kilmister !
Ding ! Dong ! Ding ! Dong ! »

- Putain de merde ! C'est maintenant que ça se joue. Croise les doigts pour moi, mec !

- Hey, monsieur Kilmister ! Si  on  se  retrouve  au  paradis, vous  me  chanterez  une  de  vos chansons ?...

jeudi 19 septembre 2019

NOIX DE COCO


Imprévisible capitaine au long cours
Loin des doutes et des chemins
Je suis le fil de l'eau, le fil des jours
À travers champs, loin des humains


Je suis d'ici, je suis d'ailleurs et de partout
Au sud, à l'ouest, à gauche, en bas
Vous me cherchez en haut, je suis dessous
Déjà longeant les côtes de Java


Inusable et franc bourlingueur
Pas une fille n'aura mon cœur
Et si la mort me prend bientôt
Jetez mes cendres dans une noix de coco

mardi 10 septembre 2019

SEPTEMBRE 69


Chaque fois que je me rendais chez ma tante Soaz, la consigne était impérieuse : interdiction absolue de s'approcher de la haie qui séparait son jardin de celui de sa voisine qu'elle qualifiait de "vieille fille naturiste". Dans ma petite tête d'enfant, je m'imaginais alors que cette maigre frontière végétale dissimulait l'antre d'une terrible sorcière aux dents moisies, tout droit débarquée d'un lointain pays appelé la Naturie.

Un dimanche après-midi de septembre 69, poussé par une curiosité malsaine et un goût certain du risque, j'avais enfin osé transgresser cette loi canonique. Et c'est ainsi qu'à l'aube de mes 11 ans, je me retrouvai pour la première fois en face d'une femme toute nue. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu'elle n'était pas du tout vieille — en tout cas, moins que tante Soaz — et que je comprenais parfaitement ce qu'elle disait... on parlait donc le français en Naturie ?

« Ponchour, cheune hôôômme ! Foulez-fous un ferre te zitronâââte ? »

Mon Dieu, elle m'avait repéré et maintenant elle me parlait. J'étais déconcerté, éberlué, pétrifié, tétanisé, raide comme un vieux hareng saur. Il me semble avoir émis un improbable « vui ! » qui l'a fait sourire. Elle s'en est donc retournée vers une table de jardin en plastique jaune sur laquelle trônait une collection de bouteilles multicolores. Comme un papillon pris dans les feux d'une voiture, je restai figé par le spectacle de ses fesses bronzées, animées d'un hallucinant mouvement ondulatoire.

Cling ! Clong ! Firent les glaçons jetés dans un verre. Fsssh ! La bouteille de limonade qu'on débouche. Puis, le murmure d'une cascade fraîche.

Quand elle revint, ce fut un véritable feu d'artifice pour les mirettes ! Si le verso de la dame était déjà éminemment troublant, son recto n'en était pas moins envoûtant. Sous un torrent de cheveux translucides, deux énormes seins tout ronds semblaient se mouvoir en totale apesanteur au-dessus d'un ventre lisse comme une plage. Une toison hirsute et tout aussi claire dissimulait à peine le délicat renflement blotti au croisement de ses cuisses. En quoi consistait donc tout cet attirail étrange qui mettait en ébullition le petit tuyau qui me servait habituellement à faire pipi ?

Elle m'a tendu le précieux élixir et je me suis noyé dans ses yeux bleu pastel... je crois que mon cœur s'est embrasé. J'ai bredouillé un « Merci, madame » qui sonnait plus comme "Help !" que comme "Rocket Man".

« Ahrrr ! Nein, matâââme ! Che m'abbelle Olga et che fiens de la Allemâââgne ! »

La preuve était donc faite que tante Soaz avait tort sur toute la ligne : non seulement ce n'était pas une vieille fille, mais en plus elle était Allemande et non pas Naturiste  !

mardi 3 septembre 2019

MISS MIRABELLE


Tu sens mon souffle s'emballer ? Tu sens mon cœur s'éteindre ?

Ne me lâche pas, humain. Pas maintenant, pas à l'instant où je vais m'en aller. Si tu m'aimes autant que je t'ai aimé,  je sais que tu me porteras jusqu'à l'ultime  seconde. Je veux que tu me serres une dernière fois dans tes bras... enfin je pourrai m'endormir pour toujours et tu pourras commencer à pleurer.


samedi 24 août 2019

INCANDESCENCE PHILHARMONIQUE


Donnez-moi le la, chère amie
Et donnez-moi le, là, dans ce lit
Dans ce lit-là, aux draps lilas
À cloche-cœur dans
ton décolleté
Tricoter de doux accords
À doigts de velours sur
ta peau
Tisser des arpèges irisés
À tire-d'aile au fil de tes courbes
Poser des barrés de si mineur
À brûle-pourpoint sur ton corps
Laisser sonner un vibrato
Et dans une tendre connivence
Entamer la
frénétique coda
À deux, nous serons orchestre

Philharmonique incandescent

samedi 10 août 2019

TOI


Mais toi
Qui que tu sois
Qui es-tu ?


Tu es mon lagon, mon cocon
Mes Seychelles, mon arc-en-ciel
Tu es ma tempête tropicale
Et mon aurore boréale
Tu es mon océan symphonique
Et mon orchestre pacifique


Tu es mon oasis, mon champ de blé
Mon cannabis, mon riz au lait
Du caramel au beurre salé
L'orage dans mon cœur fané
Le feu dans mes veines usées
Du soleil sur mon lit défait


Tu es
Tu es tout
Tu es tout pour moi
Et tu me tues
Mais toi, m'aimes-tu ?

jeudi 1 août 2019

MARILOU EN AOÛT


De vous à moi, jolie Marilou
Où, oui où irez-vous en août ?
Acheter des bijoux à Corfou ?
Planter des choux à Katmandou ?
Chasser les z'hiboux à Limoux ?
À Cayenne casser des cailloux ?
Manger des zébus chez les hindous ?
Tresser du coton à Cotonou
Chez les papas papous sans poux ?
Ou chez les mamans
à poux zouloues ?
Ôtez-moi d'un doute et dites-moi
Jolie Marilou, où serez-vous en août ?

samedi 13 juillet 2019

SAINT-MIHIEL


Flash back ! Juillet 74, on a monté nos tentes au bord de la Meuse, juste à la sortie de Saint-Mihiel. La photo n'est plus très nette, mais on reconnait Jean-Marc et sa sœur Graziela, Jean-Paul qui en pince pour la sœur de Jean-Marc, le gros Serge qui se tape l'incruste. Et puis, la belle, la magnifique, la sublime Nelly, regard clair, cheveux fous. Complètement à droite, encore plus flou que les autres, il y a le petit Mimi, tee-shirt floqué du drapeau américain, Ray-Ban miroir, les tifs en pétard. Lui, il en bave pour la belle, la magnifique, la sublime Nelly… regard fou, cheveux clairs !

Il est bourré de complexes, le pauvre Mimi. Faut dire qu'il est gaulé comme un filet de limande et qu'il se liquéfie dès qu'il est en présence d'une fille. Mais pour ce weekend entre potes, il a sorti la grosse artillerie… en l'occurrence la superbe guitare folk que pépé Jos lui a offert pour Noël. Depuis, le petit Mimi a potassé comme un malade sur la méthode à Dadi, il a ingurgité des accords à la pelle et peaufiné son brossé de cordes.

Ce soir, au coin du feu, s'il parvient à contenir ses émotions et placer ce putain de barré de si mineur, il sera le roi de la soirée… et peut-être, avec un peu de chance, il pourra embrasser la belle, la magnifique, la sublime Nelly.

lundi 8 juillet 2019

L'INVITATION


Soyons soyeux, unissons-nous
Glissés sous des draps lisses
Osons ces instants si délicats
Lions nos vies sous un dais d'organdi
À l'orée de l'extase, nos corps soudons
Mains, seins, en solennelle communion
Osmose des âmes et des souffles
Regards infiniment sensibles et sereins
En symphonie, exultons de concert
Puis endormissons-nous pour un siècle

lundi 1 juillet 2019

JUILLET


J'aurais aimé, mon aimée, vous aimer en juillet
Trop de soleil, trop de fleurs et trop d'oiseaux
Las, juillet n'est guère propice à s'aimer, mais
Plutôt à lézarder à l'ombre d'un amandier


Si le cœur vous en dit, mon aimée, venez en juillet
Vous réfugier sous les branches de mon amandier
Le soleil, les fleurs et les oiseaux pour témoins
Nous lézarderons de concert jusqu'au mois d'août

mercredi 26 juin 2019

MÂT DE MISAINE


Me ferez-vous l'honneur, monsieur
De me laisser grimper à votre mât ?
Qu'il soit de misaine ou d'artimon
Pour moi, il sera de cocagne


Ainsi perchée, je pourrai voir monter
Votre désir, votre délire, votre extase
Et goûter l'écume de votre plaisir
Me ferez-vous cet honneur, monsieur ?

mercredi 19 juin 2019

LA FALAISE


« C'est un beau roman, c'est une belle histoire
C'est une romance… »

Ils se sont trouvés sur la falaise
Face à l'océan bienveillant
« Ils avaient le ciel à portée de main »
L'écume pour unique horizon
Ils se sont raconté leur vie cabossée
Un mari violent, des enfants égarés
Une épouse volage, un patron tyran
Sans se connaitre, main dans la main
Ils ont fait le dernier voyage

Ils vivent désormais leur amour platonique
Au fond de l'océan bienveillant
Les yeux mangés par les poissons

samedi 15 juin 2019

SAINT-BERNARD


Ah, le con ! Y s'est encore chié dessus ! Va encore falloir que je le dessape pour le coller sous la douche. Et monsieur va encore gueuler parce que je fais des trous dans ses fringues avec mes dents. Putain de boulet !

Deux mois qu'il s'est fait lourder par une grognasse blonde, et tous les soirs il continue de lui jouer la sérénade, et chaque fois il se fait remballer, et tous les matins il rapplique à la maison aussi chargé qu'un supertanker ! Et  je  le  retrouve  vautré  sur  le  paillasson, baignant  dans  son  vomi. Putain ! Faut vraiment avoir foi en l'humanité pour supporter ça.

Des fois, je me dis que je mériterais une médaille ! Des fois aussi, je me dis que je devrais le laisser crever sur le trottoir, mais il se ferait bouffer par tous les clébards du quartier, et ça me ferait quand même un peu mal au cœur. Parce que, finalement, je l'aime plutôt bien, ce mec-là. Il est venu me chercher quand j'étais en galère, il a soigné mes blessures, il m'a nourri, il m'a ouvert les portes de sa piaule… et même si c'est pas Versailles, c'est quand même chauffé l'hiver et plus confortable que sous les ponts !

Ah ! Si je pouvais, je lui dirais bien que les gonzesses c'est pas important. Tiens, moi quand je veux tirer un coup, je vais voir la petite bergère allemande qui habite au coin de la rue. Crac ! Crac ! Badaboum ! Dans les fourrés, vite fait, bien fait ! Après, on se revoit… ou pas ! On n'a pas d'obligations l'un envers l'autre.

Mais vous, les humains, comme si vous n'étiez pas déjà plus handicapés que nous côté sentiments, vous avez inventé la fidélité. Et que je me colle avec une nana, et que nous vieillirons ensemble, et que nous aurons des enfants, et que je t'aime plus qu'hier et moins que demain. Et comment ça se termine systématiquement ?… En eau de boudin !!!

Ah ! Ben tiens, en parlant de boudin, faut encore que je traîne mon poivrot de maître sous la douche… après, je vais me taper une sieste dans ma niche et rêver à la belle chihuahua de la jolie voisine !

mercredi 12 juin 2019

NINI


Disons-le tout net : tante Nini était un peu neuneu
Mais, Dieu, qu'elle était belle, tante Nini
Quand elle souriait de toutes ses dents
Quand elle souriait, on aurait dit un soleil
Un soleil ou un ange
Ou un petit oiseau tombé du nid, Nini
Elle était si belle, tante Nini
Qu'elle avait un amoureux
Ils étaient si beaux tous les deux
Quand ils se promenaient le long du canal

dimanche 9 juin 2019

EL TORO


Hey ! J'l'avais dit ou j'l'avais pas dit qu'y fallait pas me faire chier ? Ah, évidemment, s'y faut parler l'andalou pour se faire comprendre, on n'est pas sortis de l'arène !

En tout cas, dès que j'l'ai vu, l'aut' guignol avec son costard de fiotte, direct j'ai visé les couilles… enfin, les couilles, j'dirais plutôt des noyaux de cerise ! Et ouaih, ça fait le mariole avec son chiffon rouge, mais y'a rien dans le calbard ! Comment il a couiné quand j'lui ai fourré bien profond dans le fion… y gueulait sa mère comme un goret qu'on étripe ! Et après que je lui ai bien déchiqueté l'anus, j'lui ai chié sur la gueule ! Pour une fois qu'on peut s'marrer, on va pas s'géner !!!

Oh, putain ! Ses copains étaient vénères, y z'ont commencé à me piquer le cul avec leurs aiguilles à tricoter. Ceux-là aussi, j'les ai fait valser. Et un, et deux, et trois zéro pour bibi ! Madre de Dios ! C'était pas beau à voir, y'avait de la barbaque éclatée partout sur la rambarde, ça sentait la merde comme c'est pas possible… j'ai failli vomir ! Heureusement, j'ai un peu de savoir-vivre, j'me suis retenu ! Le caca, ça va, mais le vomi, le public aime pas ça ! J'ai bien vu quelques chaudasses virer de l'œil. Hey ! Les filles, faut pas venir à la corrida si vous aimez pas le sang. Enfin, quand c'est celui du taureau, ça va, ça passe, mais si c'est celui du toréro, oh la la ! tout de suite, c'est pipi dans la culotte !

Rhâââ, les salauds ! Ils ont appelé du renfort ! Ça déboule de partout, vont pas me lâcher, ces cons ! J'crois bien que je sortirai pas vivant de c'trou à rat. Mais avant de crever, je vais encore en éclater quelques-uns et quand je serai vraiment trop esquinté par ce combat, j'irai me coucher au milieu de l'arène. Alors je poserai ma tête sur le sable et je fredonnerai cette chanson que j'aime tant :

« Si, si hombre, hombre
Baila, baila
Hay que bailar de nuevo
Y mataremos otros
Otras vidas, y otros toros
Y mataremos otros
Venga, venga a bailar
Y mataremos otros »