lundi 23 octobre 2017

BREL


L'inspecteur Colombo entre dans la pièce.

« Ah ! M'sieur Brel, je suis content de vous rencontrer. C'est ma femme qui parle toujours de vous. Elle dit que vous êtes un grand artiste en Belgique. »

Tout en mâchonnant un bout de cigare éteint, il époussette les manches de son pardessus mastic.

« Au fait, vous êtes au courant pour la pauvre Fanette... et son amant ? C'était au mois de juillet, la plage était déserte, ils ont nagé si loin, ils ont nagé si bien qu'on ne les revit pas. Mmmh ! Triste histoire, quand même. Vous connaissiez la Fanette, n'est-ce pas ? Vous étiez amis, c'est ça ? Et vous avez dû en chanter des chansons pour elle. »

Il s'approche d'un guéridon sur lequel est alignée une série de photos.

« Mmmh ! C'est bien le portrait de Fanette ? Faut dire qu'elle était belle et vous n'êtes pas beau. C'est ma femme qui vous trouve beau. On peut dire que vous étiez amoureux d'elle, non ? Euh ! Je veux dire de la Fanette, pas de ma femme ! Hin ! Hin ! »

Maintenant, il regarde l'impressionnante collection de disques d'or accrochés au mur.

« Excusez-moi de vous poser toutes ces questions, m'sieur. Vous comprenez, c'est surtout ma femme que ça intéresse. Et oui, comment expliquer qu'un jeune couple, en pleine santé, ait pu se laisser surprendre par la marée ? C'est étrange, tout de même ? Comme dit ma femme : on ne nous apprend pas à se méfier de tout. »

Il constate alors que des valises sont prêtes.

« Mais je vois que vous partez en voyage. Les Marquises ? Ma femme me dit beaucoup de bien des Marquises. La mer est calme là-bas, on ne risque pas de se noyer. Et puis, il n'y a pas de mauvaises langues pour dire que la Fanette et son amant ont ri quand ils vous ont vu pleurer. Oui, c'est ma femme qui l'a entendu au drugstore. D'autres disent même qu'ils ont chanté quand vous les avez maudits. Mais tout ça, c'est des ragots, n'est-ce pas, m'sieur ? »

Le chauffeur emporte les bagages.

« Ne partez pas si vite, m'sieur Brel. On dirait que vous fuyez. Vous et moi savons que vous n'avez rien à voir dans ce terrible accident, n'est-ce pas ? C'est bien ce que je pensais. C'est ma femme qui va être rassurée. Je vous ai dit que ma femme vous aimait beaucoup ? Mais j'y pense : j'ai oublié de vous demander ce que vous faisiez ce fameux jour de juillet. Mmmh ! Vous étiez à Amsterdam. Mais bien sûr ! Ma femme me parle souvent d'Amsterdam.»

Désormais, la pièce est vide. L'inspecteur Colombo tente vainement d'allumer son bout de cigare. Il feuillette son carnet de notes, se gratte la tête avec perplexité. Un éclair de lucidité vient de traverser son cerveau. Il se précipite dans le couloir, dévale les escaliers et parvient à rattraper Jacques Brel avant qu'il ne monte dans un taxi.

« Au fait, m'sieur, je crois que nous sommes appelés à nous revoir très bientôt. Oui, j'ai l'intention de visiter les Marquises avec ma femme. Peut-être que nous pourrions passer vous voir, à l'occasion ? Elle serait si contente de vous rencontrer. »

vendredi 20 octobre 2017

LUCY IN THE SKY WITH DIAMONDS


Posons nos flingues, nos couteaux, nos tronçonneuses et nos nunchakus. Asseyons-nous dans un champ de fraises, à l'ombre des cerisiers en fleur.

Sortons les bouteilles de Pschitt et les Chupa Chups au caramel. Les filles porteront de longues robes légères et des corsages fleuris. Les garçons, des pantalons de flanelle et des boléros fleuris eux aussi. Laissons nos cheveux (ou ce qui l'en reste !) flotter dans le vent guilleret d'un début de printemps.

Dans le ciel, pas un nuage, mais Lucy avec des diamants. 

mercredi 18 octobre 2017

ÉTOILES


En fin de bringue, il m'arrivait parfois d'aller jeter mon corps plein d'alcool sur le sable de Mtsanga Fany. Les doigts enfoncés dans l'océan Indien, je plongeai mes yeux dans les étoiles.

Une nuit plus chaude que d'habitude, sous un ciel plus clair, une jolie Mahoraise vint se glisser au creux de ma plage. Son corps était fin comme la coque d'un prao et sa peau 100 % cacao. Des perles multicolores ornaient ses cheveux. Elle a dit « Oukou mwema ! » et a posé ses lèvres sur mon ventre. J'ai dit « Bonsoir ! » aussi et j'ai posé mes yeux sur ses petits seins pointus.

Elle m'a monté à cru. Elle était jeune, mais experte. Je l'ai laissée me prendre. Elle était l'amazone, j'étais le pur-sang... plutôt le Percheron dont elle labourait la carcasse usée à coups de griffes perfides. Le spectacle que j'avais sous les yeux était digne d'une production hollywoodienne : vision en contre-plongée d'une fille, belle comme une barre de réglisse, sur fond bleu-nuit d'un ciel des tropiques.

Et je vous jure que cette nuit-là, j'ai vu quelques étoiles me faire des clins d'œil...

lundi 16 octobre 2017

TRISTEZA ENEMIGO


                                                              C'est  un  chemin  que  j'ai  suivi
                                                              Bordé  de  ronces  et  d'orties
                                                              Je  l'ai  cloué  sur  mes  bras  
                                                              Je  l'ai  tatoué  dans  le  cœur

                                                              Des  fois  je  l'appelle  mélancolie
                                                              Et  encore  blues  et  spleen
                                                              Mon  âme  sœur,  ma  belle  amie
                                                              Je  suis  bien  dans  tes  draps

                                                              Je  ne  suis  heureux  que  triste
                                                              Et  triste  plutôt  que  mort
                                                              Mon  soleil  s'est  éclipsé
                                                              Depuis  l'aube,  je  suis  en  deuil

vendredi 13 octobre 2017

… ROCK 'N' ROLL


Sur scène, le groupe égrenait les standards de Johnny Cash et Kris Kristofferson.

Je l'ai regardée longtemps danser dans la fumée.

Ses lèvres écarlates étaient comme des sémaphores dans le brouillard, attirant les cœurs égarés vers de troublants écueils.

Quand elle s'est accoudée près de moi au bar, j'ai dit : « Goudeuh dand-sseur ! ».

« Thanks lil' Frenchy ! » m'a-t-elle répondu. Sacré vind'jiou, comment avait-elle deviné ?!?

Je lui ai payé une Bud. Elle m'a payé une Bud. Je lui ai payé une Bud…

On a parlé… peu. On a ri… beaucoup.

On a bu. On a pissé. On a rebu. On a repissé…

Finalement, on a dormi dans son pick-up.

Au petit matin, devant les œufs brouillés, elle m'a proposé de la suivre jusqu'à son ranch du Colorado. Impossible, on m'attendait à Memphis, Tennessee.

On s'est donc quitté comme on s'était rencontré : par hasard.

Quand le Dodge Dakota s'est évaporé dans la poussière du lointain, je me suis rendu compte que je ne lui avais même pas demandé son nom.

Bah ! Je l'appellerai simplement Miss Rock and Roll !

mercredi 11 octobre 2017

… DRUGS &…


                                                               Amphétamine, tu me mines
                                                               Et mescaline, tu me ruines
                                                               Héroïne plus cocaïne
                                                               C'est assurée une mort fine
                                
                                                               La souris déglingue
                                                               Et l'ecsta rend dingue
                                                               Le cannabis dépeuple
                                                               Comme l'opium du peuple

                                                               — Moi  ma  drogue,  c'est  l'alcool
                                                                   Je  suis  d'la  vieille  école
                                                                   Quand  j'fume  du  hasch
                                                                   Ça  m'donne  pas  d'flash
(Luc Plamondon)

lundi 9 octobre 2017

SEX &…


                                                               Ce soir, volerons vers Alex…
                                                               Andrie, ma chère Alex…
                                                               Andra, dans un duplex
                                                               Sur votre corps convexe
                                                               Corseté de latex
                                                               Glisserai sans complexe
                                                               Un inquisiteur index
                                                               Sans que cela vous vexe
                                                               Et par un prompt réflexe
                                                               Emboîter mon apex
                                                               Ferme comme un silex          
                                                               En votre doux vortex
                                                               Si nos amours annexes
                                                               Vous rendent perplexe
                                                               Demain, câline Alex
                                                               Pleurez sur un Kleenex

vendredi 6 octobre 2017

LIKE


Aujourd'hui, j'ai envie d'aimer tout le monde : les gros, les petits, les poilus, ceux qui pètent dans l'ascenseur. Ceux qui parlent pour ne rien dire à ceux qui ne disent rien quand ils parlent. Les golfeurs, les gaffeurs, les surfeurs, les sniffeurs, les hommes politiques qui trimbalent des valises de billets, les enculeurs de coccinelles. Les batteurs manchots, les bassistes culs-de-jatte, les chanteurs asthmatiques et les cantatrices chauves. Les buveurs d'eau, les mangeurs de crottes de nez, les vomisseurs de pizzas. Ceux qui ont des carottes dans les cheveux, les Flamandes, les marins qui se mouchent dans les étoiles. Ceux qui ont toujours oublié de peser leurs légumes, arrivés à la caisse, ceux qui passent devant tout le monde à la boulangerie, ceux qui sont sur Facebook, les accros du portable, les drogués de la télé-réalité, ceux qui flatulent plus haut que leur rectum... et même ceux qui écoutent du jazz !

mercredi 4 octobre 2017

LE ROI


Et un et deux et trois
    Ils étaient trois petits rois
        Partis faire la guerre de Troie
            Chevauchant leurs palefrois

                    Le premier était hongrois
                        Le deuxième de l'Île de Groix
                            L'autre de la ville de Troyes
                                Chacun plein de sang-froid

                                      Arrivés dans Charleroi
                                          Ils montèrent au beffroi
                                              La vue les remplit tant d'effroi
                                                  Qu'ils firent le signe de croix

                                                           La ville était en proie
                                                               Au plus sombre désarroi
                                                                   Pas un mur, pas une paroi
                                                                       Ne se tenaient droits

                                                                                Un méchant vent de noroît
                                                                                    Leur porte un coup de froid
                                                                                        Qui sitôt les foudroie
                                                                                            Les laissant morts à l'endroit

                                                                                                   Il n'y aura pas de guerre de Troie
                                                                                                       Tous les soldats sans rois
                                                                                                           Sont partis, je crois
                                                                                                               Retrouver leurs... REINES

lundi 2 octobre 2017

LA REINE


Ô ma reine, Ô ma souveraine
    Tu es ma gangrène
         Mon obscure migraine
            À tes pieds, je me traine

                    Pour toi je partirai de Rennes
                        En traineau à rennes
                            J'irai jusqu'en Ukraine
                                En passant par la Lorraine

                                        Je descendrai dans l'arène
                                            Avec l'âme sereine
                                                Combattre les sirènes
                                                    Et les noires murènes

                                                            Plus rien ne me freine
                                                                Je deviens schizophrène
                                                                    La folie contemporaine
                                                                        C'est sûr, je finirai à Fresnes

                                                                              Tu veux que je te prenne
                                                                                  Que je plante ma petite graine
                                                                                      Tu veux que je bourre la reine
                                                                                          Pour faire de moi ton... ROI DE CŒUR

mercredi 27 septembre 2017

CAUCHEMAR


J'ai fait un putain de cauchemar : sous la pression de puissants lobbies puritains, l'écoute du heavy metal était prohibée. Quiconque dérogeait à la loi était arrêté sans ménagement et traduit devant la Haute Cour de Justice des Culs Serrés.

En absolue maîtresse de guerre, Christine Boutin menait la chasse aux contrevenants. Sanglée dans une combinaison de cuir pur porc, elle faisait régner la terreur jusqu'au plus profond des tanières où nous avions l'habitude de nous réunir entre amis, pour claquer quelques flasques de Jack Daniel's, tout en écoutant de bons vieux riffs maousse costauds.

Comme une brêle, je me suis fait choper au sortir du bois. Sans ménagement, je fus ligoté et traîné par les cheveux jusqu'en place public où un tribunal de bourgeois pudibonds me condamna à la peine suprême : écouter la discographie complète de Mariah Carey durant une semaine entière… mon cœur n'y résisterait pas !

Alors que déjà le bourreau branchait la sono, Angus Young fendit les ténèbres et, du haut d'une muraille de Marshall à lampes, il foudroya la foule ascétique d'un riff de mammouth.

lundi 25 septembre 2017

INCH ALLAH


Franchement, ça fait même pas mal ! Disons qu'au début, ça picote un peu, mais le temps que la douleur monte au cerveau, il a été déchiqueté par des éclats de métal.

Mon score : 19 morts et 52 blessés ! J'ai pulvérisé le record de mon copain Mahmoud !

Arrivé au paradis, je suis accueilli par Allah himself. Il est très différent de ce qu'on imagine. Plutôt rondouillard, chauve avec de petites lunettes en écaille et un costard Armani… les affaires ont l'air de plutôt bien marcher en ce moment, inch Allah !

— Je suis fier de toi, dit-il en tirant sur un havane Montecristo Edmundo, tu as sacrifié ta vie au
     nom de l'Islam, inch mézigue !
— Tout le plaisir est pour moi, inch toi !
— Par contre, on va avoir un petit problème de logistique concernant les 72 vierges attribuées aux
     martyres. Ces derniers temps, vous avez été si nombreux à vous faire péter la tronche, que le
     stock a fondu comme la cote de popularité de François Hollande après 3 mois à l'Élysée. Il me
     reste bien quelques biquettes en réserve et on attend une livraison de chez Dorcel Store.

Me voilà donc, pour l'éternité, à la tête d'un cheptel de chèvres et de poupées gonflables… si c'est pas l'arnaque du siècle, ça y ressemble quand même pas mal ! Inch motherfucker !

vendredi 22 septembre 2017

SUR LES QUAIS


— Vous êtes fatigués ?

— ON N'EST PAS FATIGUÉS !

Si vous avez encore la pêche, la banane, la patate, je vous propose une balade le long des quais brumeux d'un port malfamé. Le cri des goélands nous accompagnera tout au long de ce périple aux senteurs océanes. À la sortie des bars, nous rencontrerons des cortèges houleux de marins généreusement imbibés, cheminant à grand-peine sur le pavé luisant de bruine. Au détour d'une ruelle sombre, nous croiserons sans doute quelques jolies demoiselles fort avenantes qui nous offriront un peu de chaleur au creux de leurs cuisses.

Rangez vos bonnes manières et vos préjugés poussiéreux, mettez un mouchoir sur votre dignité… ici, pas de nom, pas de grade et surtout pas de religion. Celui qui gagne n'est pas toujours le plus baraqué, mais celui qui tient debout après d'imposantes libations. Celui qui dormira près de la pulpeuse Jocelyne n'est pas forcément le plus beau, ni le plus propre, mais celui qui la fera danser jusqu'à l'aube.

La nuit risque d'être longue… alors, vous êtes fatigués ?

mercredi 20 septembre 2017

ANIMALE


                                         On  dirait  une  femme,  mais  c'est  un  animal
                                         Je  le  sens,  je  le  sais,  elle  pourrait  mourir  pour  moi

                                         Elle  allume  des  brasiers  quand  le  froid  m'étreint
                                         Elle  se  couche  à  mes  pieds  quand  mon  cœur  se noie
                                         Elle  lèche  mes  plaies  quand  mon  corps  s'abîme
                                         Elle  tient  mon  visage  dans  ses  mains  quand  il  pleure
                                         Elle  embrasse  mes  yeux  quand  le  soleil  s'endort
                                         Elle  boit  l'écume  à  ma  bouche  enragée
                                         Elle  solderait  son  âme  pour  sauver  la  mienne
                                         Elle  vendrait  son  corps  pour  racheter  le  mien

                                         Je  le  crois, je  le  crains,  elle  pourrait  tuer  pour  moi
                                         On  dirait  une  femme,  mais  c'est  un  animal

lundi 18 septembre 2017

FRANCKY


J'ai entendu dire que Franck Ribéry envisageait d'adopter la nationalité allemande. Il explique sa décision par le désamour que lui porte son pays d'origine, la France.

C'est vrai que le petit Francky de Boulogne s'en prend régulièrement plein la gueule dans les médias qui lui reprochent son caractère abrupt et une syntaxe rudimentaire. Beaucoup lui collent même sur le dos la débâcle sud-africaine de 2010. Certes, le gaillard a les épaules larges mais le costard me semble bien ample !

Franck, toi qui ne liras jamais cette chronique, je te dédie ces quelques mots. Parce que moi je t'aime bien, mon petit Francky !

Bien sûr, j'aime le joueur, et j'aime aussi le bonhomme à la gueule cabossée. Un gars sorti du rang, qui a gravi les échelons un à un, à force de travail et d'abnégation. Et je me fous de savoir s'il maîtrise ou pas le subjonctif du plus-qu'imparfait de l'indicatif de mes couilles. Francky, il est cash, il parle avec son cœur et ses tripes. Et là où il s'exprime le mieux, c'est sur la pelouse, un ballon entre les pattes.

Franck Ribéry est un peu comme l'albatros de Baudelaire, survolant avec majesté les océans de verdure, ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

vendredi 15 septembre 2017

L'AMIE BIDASSE


                                               J'aime les femmes en général… en générales aussi
                                               Oui, j'aime les femmes galonnées en costume
                                               Et talonnées, perchées, du haut de leurs stilettos
                                               J'aime les femmes bien faites… les préfètes aussi
                                               Je préfère les préfètes bien faites en talons aiguilles
                                               Les aiguilleuses du ciel et les cosmonautes aussi
                                               Nues dans leur combinaison de survie aérienne
                                               Pris en flag par une jolie fliquette rousse
                                               Me voici menotté, fouetté par ma geôlière
                                               J'avoue, je vous veux, c'est mon vœu le plus cher
                                               Je vous veux, ma chère, attachée dans mes rêves
                                               Galonnée en stilettos cloutés au bord des routes

vendredi 8 septembre 2017

JE SUIS MORT


L'avantage, quand on connait la date de sa mort, c'est qu'on peut s'y préparer en toute sérénité. Moi, par exemple, je mourrai à 73 ans. Ça ne m'effraie pas particulièrement… même  si  je  sais  que  de légitimes angoisses naîtront à l'approche de la fatale échéance.

Pour  la  cérémonie  d'adieu,  je  ne  veux  pas  de  fleurs,  pas  de  discours et surtout pas de curés. Ah ! plutôt crever que d'imaginer un corbeau penché sur ma carcasse dont l'afflux sanguin vers les organes génitaux vient à peine de se tarir ! Ensuite, pas de chichis : un cercueil en bois de cageot ou un carton des déménageurs bretons pour y déposer la viande froide. Mettre au four, thermostat 12 pendant une heure et demie. Balancer ce qui reste à la mer. Pour dédramatiser un peu l'événement, je veux bien qu'on me fourre une gousse d'ail dans le cul !

J'accepte qu'on chipote sur certains détails techniques, mais il y a un domaine sur lequel je serai intransigeant : la musique qui m'accompagnera de l'autre côté du miroir. Et comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, j'ai préparé la liste des chansons qui tourneront durant le temps de la cuisson.

Je vous invite donc aujourd'hui à ce qu'on pourrait considérer comme une répétition de ma crémation. Pas la peine de mettre les beaux habits du dimanche, on fait ça entre potes, à la bonne franquette et après on va boire un coup. Comme ça, je saurai de mon vivant ce que vous avez pensé de mes funérailles.

vendredi 7 juillet 2017

VOYELLES


                                          — Que fais-tu là, l'A ? dit l'E bileux.
                                          — C'est Lazare qui m'a mis là ! râla l'A.
                                          — Le hasard a bon dos ! pesta l'O.
                                          — Oh ! fait l'I, c'est pas un peu fini tout ce rififi ?
                                          — J'en ai plein le cul ! dit l'U à l'O, allez tous vous faire voir chez l'I grec !

mercredi 5 juillet 2017

ROBERT PLANT


Franchement, les amis, vous pouvez pas me demander ça… vous ne pouvez pas me demander qui est Robert Plant !

Et même si je répondais, vous savez bien que je ne serais pas totalement intègre. Vous savez aussi que je pourrais utiliser des tournures de phrases empanachées d'épithètes ronflants, assaisonnées d'un (énorme) soupçon de mauvaise foi.

Tiens, je me vois bien dire que Robert Plant est le plus grand chanteur de rock de tous les temps… ouaih, je me vois bien dire ça. Sans complexe, je pourrais même dire qu'il est l'archétype du frontman moderne, à la fois hautain, sauvage et effrontément sexy… même pas peur ! Au risque de titiller le cercle des pinailleurs opiniâtres, je serais aussi capable d'affirmer qu'il a inventé le heavy metal, avec ses petits copains de Led Zeppelin… fuck, les pinailleurs ! Et puis, j'ajouterais qu'après la disparition du dirigeable, il a su creuser son propre sillon, mêlant ses acquis électriques à des sonorités plus exotiques.

Vous voyez tout ce que je pourrais dire si vous me demandiez qui est Robert Plant !

lundi 3 juillet 2017

9/11


Un quart d'heure ! Ça fait un quart d'heure que je suis comme un crétin devant ma glace pour choisir une cravate. La bleue ? La rose ? La rose ou la bleue ? Bien sûr, la bleue fait plus classe, mais la rose est plus cool. Aller, ce sera la rose !

Franchement, la tenue c'est hyper important… surtout, aujourd'hui ! Parce qu'aujourd'hui je vais demander la main de Lily, ma collègue de bureau. Elle est jolie, Lily, avec son petit nez pointu et ses fossettes qui se creusent quand elle sourit. Deux ans qu'on se fréquente, il est temps de lui passer la bague au doigt. J'ai envie de vivre auprès d'elle jusqu'au dernier jour de ma vie et je sais qu'elle en rêve aussi.

Je remonte Broadway en sifflotant, il fait beau sur New York en cette fin d'été. Le ciel est si limpide qu'on distingue aisément le panache des long-courriers en partance pour des îles paradisiaques.

À 08h30, je pénètre dans la tour Nord et me faufile dans l'ascenseur le plus proche. J'appuie sur la touche du 87è étage, dans 5 minutes, je serai dans les bras de ma bien-aimée.

Je suis sûr que ce 11 septembre 2001 restera gravé dans les mémoires à tout jamais.

vendredi 23 juin 2017

D'HAWAÏ À MACQUARIE


Qui a-t-il tout au bout
Au bout de tout
Au bout du bout
Et loin de tout ?

Pas de sioux, pas de zoulous
Pas de bisons et pas de gnous
Mais des kiwis, oui, partout
Et des kangourous itou

Il n'y a pas d'igloos
Encore moins de poux
Mais des papous, surtout
Et aussi Rose Tattoo

L'Océanie est un gigantesque continent éclaté
qui ressemble à une tache d'encre sur un cahier d'écolier

mercredi 21 juin 2017

BRASSENS


Le bonhomme est satisfait. Il vient de coucher sur la partition une mélodie qui le hantait depuis des semaines. Il la tient, sa chanson… une chouette chanson, nom de nom ! Gaillarde et bien troussée, comme il les aime. De celles qui font danser les jolies demoiselles à Saint-Germain. Ne reste plus qu'à y poser des paroles.

Maintenant, il s'installe dans un vieux fauteuil en cuir craquelé, juste en face de la cheminée où frétille un feu guilleret. Il bourre sa pipe, sa vieille pipe en bois et l'allume à un tison. Un gros siamois paresseux vient se lover à ses pieds. Le musicien se lisse la moustache, le chat aussi. Le chat ronronne, le musicien aussi.

Au départ, il voulait dédier sa chanson à une vieille connaissance, mais il ne trouve pas de rime à Fernande. Il se dit qu'il va décrire les jeunes gens qu'il voit s'embrasser dans les squares. « Les jeunes gens qui s'embrassent dans les parcs publics, parcs publics… ». Il n'est pas satisfait. Il lui revient alors en mémoire l'histoire du gorille exhibé dans un zoo que rigoureusement sa mère lui a défendu de nommer ici. Et l'Auvergnat qui lui tendit la main quand d'autres l'auraient jeté aux chiens, et les sabots d'Hélène qui étaient tout crottés… il faudra bien qu'il leur trouve une place dans son répertoire. Il pourrait également chanter la plage de Sète où il voudrait reposer après sa mort. Tant de sujets qui lui tiennent à cœur.

Pour l'heure, il doit trouver des rimes pertinentes. Mille mots dansent sous son crâne, pas un ne colle à la mélodie. D'habitude, les phrases coulent comme l'eau d'une claire fontaine. Les alexandrins s'alignent sans peine, comme de petits soldats de plomb. Mais à cet endroit de l'histoire, il est sec comme un tabellion en panne d'encre bleue.

Le téléphone sonne. Le chat tend l'oreille, le musicien tend la main pour attraper le combiné.

— Allô ?

Au bout du fil, il reconnait les voix de Jean, Pierre, Paul et compagnie, les vieux amis avec lesquels il a l'habitude de faire la bringue dans un bistrot tenu par un gros dégueulasse.

— Qu'est-ce que tu fais encore chez toi ? On est tous là à t'attendre depuis des heures !

— Je sais, je sais, mais il faut absolument que je finisse ma chanson, répond-il un peu gêné.

— Ah ! Non, Georges… les copains d'abord !

lundi 19 juin 2017

MIAOU !


                                               Pussy !  Pussy ! Où  est  passé,  mon  petit  Pussy ?
                                               C'est  la  mère  Michel  qui  a  perdu  son  Pussy
                                               Mais  où  est  donc  perché  le  Persan
                                               Je  l'ai  vu  hier  dans  la  gouttière
                                               Arrivée  la  nuit, il  était  tout  gris
                                               Aujourd'hui,  je  l'ai  dans  la  gorge
                                               Il  n'y  a  pas  de  quoi  le  fouetter
                                               Tu  n'es  pas  là,  je  vais  danser
                                               Pussy  ronronne  sous  mes  doigts
                                               Je  le  caresse, il  frémit

vendredi 16 juin 2017

COUPABLE


Je l'ai pas loupé, ce connard. Je l'ai chopé à la gorge et j'ai serré jusqu'à ce que mes crocs lui déchirent la carotide. Là enfin, il a fini de gueuler.

Je sais, ça ne se fait pas, mais dès que je l'ai vu empoigner sa femme, j'ai su qu'elle allait encore méchamment dérouiller. Et après, il allait aussi s'en prendre aux enfants. Ça se passe toujours comme ça quand il rentre bourré. Moi aussi, j'ai déjà pris des coups de savate dans les côtes, mais c'est pas grave :  je ne suis qu'un vieux corniaud plein de puces.

Et puis je me suis assis à côté de ce salaud. Il gisait dans une mare de sang.

Il fallait que je le fasse, je n'avais pas le choix. Mais à qui pourrais-je le dire ? Et qui voudra comprendre ? Et puis je connais le sort réservé aux chiens qui agressent leur maître : l'euthanasie… directe, sans procès, sans passer par la case prison. 

Mais qui se soucie d'un vieux corniaud plein de puces ?

mercredi 14 juin 2017

LE LANGAGE DES FLEURS


                              Qu'elles soient crucifères ou papilionacées
                              Les fleurs ont un message à faire passer
                              Quand la corolle s'affole et le calice bruisse
                              L'androcée cabriole et le gynécée s'esquisse

                              Une tulipe à la lippe d'Œdipe participe au stéréotype
                              Le muguet dansait le reggae dans les prés camarguais
                              Le jasmin tend sa main aux gamins le long du chemin
                              L'œillet grassouillet frétillait dans le vent d'été
                              Coquelicot, abricot, haricot dans des bocaux verticaux
                              La violette est à la fête sous la houlette d'Henriette
                              Le rhododendron est au moinillon, ce que le liseron est au moussaillon
                              Le bouton d'or dort au pied des sémaphores des Côtes d'Armor
                              L'arum a un arôme qui sent le rhum et le mercurochrome
                              La renoncule et la campanule sont nulles et archi-nulles
                              Une feuille de glaïeul sur le fauteuil de l'écureuil
                              À Lisbonne les anémones jouent du saxophone en carbone
                              La primevère fait des vers à Vancouver et la rose de la prose à Formose
                              Revoilà le lilas sous les pas d'Attila, le roi renégat
                              Jacinthe boit la sacrosainte absinthe dans une pinte

                              Poum ! Poum ! Poum ! Poum !
                              Les Français parlent aux Français
                              Poum ! Poum ! Poum ! Poum !
                              Les fleurs parlent aux fleurs

lundi 12 juin 2017

ROSE


Je vais voir Rose tous les ans. Le 1er août.

Je la rejoins dans le jardin d'hiver qui jouxte la grande bâtisse couleur brique. Elle est là mais elle ne m'attend pas. Menue, recroquevillée dans un fauteuil en rotin, un châle mauve sur ses épaules, elle ne change pas d'une année à l'autre. Seules quelques petites rides au coin des lèvres me disent que le temps passe. Avec ses cheveux blancs, son teint pâle et ses grands yeux clairs, elle ressemble à ces poupées qui ornaient les étagères des fillettes d'antan.

Depuis 17 ans, le rituel est immuable, nous buvons du thé avec du miel et des speculoos. Je lui parle du chat Zouzou qui est mort il y a des lustres, mais que je ressuscite à chaque visite. Je crois qu'elle sourit. Puis, nous faisons le tour du potager, à tout petits pas, comme si le film passait au ralenti. Vers 14 heures, ses mains commencent à trembler, ses jambes la soutiennent à peine. Il est temps de rentrer.

Madame Martin a pris sa retraite au mois de juin, c'est désormais Émilie qui est en charge des locataires du rez-de-chaussée. Elle est jeune, belle et gaie. Elle adore Rose. D'ailleurs, tout le monde aime Rose, elle est si calme, si fragile. Avant qu'elle ne s'endorme, je dépose un baiser sur le front tiède de Rose et je laisse sur son chevet un bouquet de roses.

Maintenant, Rose est dans ses rêves. Je remonte l'allée bordée de peupliers gigantesques jusqu'à la grille en fer forgé. Je réintègre le monde des vivants, du moins de ceux qui savent qu'ils sont vivants.

vendredi 9 juin 2017

LE MUR


Natacha Léna n'était jamais à l'heure à nos rendez-vous. Ce jour-là, elle n'avait que deux heures de retard !

J'en avais profité pour siroter quelques Penderyn Madeira en grignotant des bretzels faits maison par Hakan, un ami turc qui tenait une élégante auberge sur les hauteurs d'Istanbul. La lune était rose, la vue sur le Bosphore imprenable.

Peu après 23h00, la belle Natacha daigna enfin m'honorer de sa présence. Grande et fine, la peau claire et des cheveux sombres coupés courts, elle portait son éternel ciré rouge, sur un pantalon fuseau noir. D'un pas vif, elle traversa la salle vide, posa son écharpe à pois sur le canapé et sur mes lèvres un baiser carmin. Elle sentait bon le cuir. Dans ses yeux saphir, j'ai cru déceler une réelle angoisse.

— Tu n'as pas écouté les infos ? me reprocha-t-elle, le mur de Berlin est tombé ce soir.
— Sorry, darling, j'étais obnubilé par le bruit des glaçons dans mon single malt.
— Décidément, tu n'es qu'un sauvage comme tous tes frères capitalistes !

Je la connaissais douce et féline, la violence de l'invective me laissa pour le moins déconcerté.

— Le mur est tombé ? La belle affaire ! Admets au moins que je n'y suis pour rien.
— Tu ne comprends donc pas, l'Union Soviétique se fissure de toutes parts, elle  est  au  bord  de
     l'implosion.
— Je te jure que ça me fend le cœur, mais que puis-je y faire ?…
— Mon pays rapatrie tous ses agents, je dois rentrer… maintenant.

Je l'ai alors sentie submergée par une profonde tristesse. Je l'ai serrée très fort contre moi. De nouveau, elle frissonnait comme quand nous faisions l'amour entre deux escales. Bien sûr, j'avais envisagé mille fois cette rupture, elle était inéluctable… mais pas si vite, pas si violemment, pas sans une ultime caresse.

Je l'ai aidée à entasser quelques affaires au fond d'un grand sac de marin. À 06h00 du matin, je l'ai déposée devant la gare de Sirkeci. Elle n'a pas voulu que je l'accompagne sur le quai.

Le dernier baiser à mon espionne russe fut comme un éclair. 25 ans plus tard, il me brûle encore les lèvres.

mercredi 7 juin 2017

ORIGAMI


                                      Au creux de sa chambre blanche, elle faisait des origamis
                                      Des fleurs vénéneuses, des araignées jaune et noir
                                      Et des oiseaux aux ailes pointues
                                      Elle a vu cent chevaux blancs…
                                      Lasse au creux de sa chambre blanche, elle froissa les origamis
                                      Les grenouilles bleues, les poissons-clowns
                                      Et s'envola sur le dos d'un oiseau aux ailes pointues

lundi 5 juin 2017

L'ORIGINE DU MONDE


Quelle que soit notre foi, il faut bien admettre que nous sommes tous les descendants d'une mère originelle. Qu'elle s'appelle Brigitte, Marilyn ou Aïcha importe peu, puisque nous lui sommes redevables d'être ici aujourd'hui.

Tiens, pour l'occasion, appelons-la Ève !
Oui, Ève, comme Adam et Ève.
Oui, cette Ève qui s'était régalée d'une savoureuse pomme, condamnant par la même toutes les femmes à assumer le péché originel.

Que serait-il advenu si ce crétin d'Adam avait commis la faute ? 
Serions-nous, pauvres mâles, lapidés en place public, au moindre écart ? Serions-nous déshabillés du regard dans les rues sombres ? Verrions-nous nos salaires amputés de 20 % par rapport aux travailleurs du sexe opposé ? Nos sœurs nous auraient-elles jeté de l'acide au visage, pour avoir seulement osé porter le regard sur une autre ? Et serions-nous aussi obligés d'exposer nos poitrines nues pour manifester notre colère ?

« Ève  lève-toi  et  danse  avec  la  vie, l'écho  de  ta  voix  est  venu  jusqu'à  moi. »

vendredi 2 juin 2017

C'EST SEULEMENT…


                                                       Ce n'est qu'un matin qui renaît
                                                       Ce n'est qu'un oiseau qui s'envole
                                                       Ce n'est qu'une fleur qui s'éveille
                                                       Ce n'est que le vent dans tes cheveux

                                                       Le soleil irise la colline
                                                       Une hirondelle caresse les nuages
                                                       Une fille sourit au bord du chemin
                                                       IT ' S  ONLY  LOVE